Diego NAVARRO

vendredi 27 janvier 2012
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Diego Navarro, militant connu et apprécié des Bouches du Rhône s’est éteint. Celui qui fut aussi l’un des « professeurs politiques » de Guédiguian enfant alors compagnon de jeu de Gérard Meylan son neveu, s’en est allé comme il a vécu discrètement. Bernard Gleize, militant de l’agroalimentaire du département ami de Diego auquel il a succédé dans sa responsabilité, lui rend un hommage mérité.

Mesdames, Messieurs, chers Amis, chers Camarades

J’ai la responsabilité, au nom de l’Union départementale CGT et de la Fédération Nationale Agroalimentaire, de rendre l’hommage qu’il mérite à mon Ami, à mon Camarade Diego.

Je crois que nous le savons tous ici, Diego ne recherchait pas les Honneurs, en aucun instant ni en aucun lieu.
Je vais donc essayer de lui rendre un hommage qui correspond à l’homme humble, discret, chaleureux et fraternel qu’il a été partout et dans presque toutes les circonstances.

- Cela ne se voyait pas obligatoirement au premier abord, mais sous sa casquette légèrement décentrée, claire ou foncée selon la saison, au fond de ses yeux presque fermés quand il riait, Diego était un homme jovial, dynamique qui portait l’espoir et la bonne humeur.

À la rencontre de camarades, en évoquant son décès, en préparant cet hommage j’ai encore pu vérifier qu’à l’évocation de son nom, malgré la tristesse de son départ, les visages mettaient peu de temps à s’illuminer, les voix s’éclaircir.

On est nombreux ici à avoir partagé avec lui, un moment de Fraternité, une anecdote, un évènement qui nous donne du bonheur, nous fait esquisser un sourire au coin des lèvres en se les remémorant. Mener la lutte à ses côtés n’était pas triste.

- Cela ne se voyait pas obligatoirement au premier abord, mais sous sa casquette légèrement décentrée, claire ou foncée selon la saison, au fond de ses yeux presque fermés quand il riait, Diégo était un camarade cultivé qui inspirait le respect.
Le petit garçon qui a quitté l’école à 14 ans, au beau milieu de la guerre, pour rejoindre son père en Corrèze, a gardé un goût prononcé pour la lecture.
Dans les années cinquante, un grave accident dans la réparation navale qui l’a arrêté pendant quinze mois, l’a fait se remettre à lire et a transformé ce plaisir en véritable besoin.

Diégo a ingurgité des quantités impressionnantes de lectures. En plus de nombre d’autres livres, il y a peu de livres édités par le Parti où la CGT qu’il n’a pas lus. Nul ne sait, même pas lui, combien de fois il a lu et relu le Capital de Marx.

Journaux, hebdomadaires, de La Marseillaise à l’Humanité, en passant par Le Monde, puis le Monde Diplomatique. De la vie ouvrière au Peuple Diego lisait.

Pour satisfaire ce besoin de lecture, rendu difficile avec l’outrage du temps, Diégo n’hésitera pas, avec l’aide des siens à investir dans du matériel moderne lui autorisant à parcourir chaque jour, jusqu’aux derniers, quelques lignes de son journal l’Humanité.

- Cela ne se voyait pas obligatoirement au premier abord, mais sous sa casquette légèrement décentrée, claire ou foncée selon la saison, au fond de ses yeux presque fermés quand il riait, Diego, avait des convictions fortes acquises dans la vie et confortées par la lecture.

Sa vie, cette personnalité, il la construira tout au long de son parcours. Certains grands événements de l’histoire de notre pays ont contribué à le rendre toujours plus Communiste, un éternel optimiste :

Diego a 11 ans, quand le Front populaire fera souffler un formidable vent de solidarité, donnera au peuple, des acquis majeurs, une amélioration des salaires, les premiers congés payés... d’immenses espoirs en l’avenir que Diego gardera en lui.

Il en a dix-neuf lors du débarquement du 6 juin 1944 quand il rejoint alors les maquisards pour participer à la libération de notre pays du fascisme.

Il a 43 ans et acquis déjà beaucoup d’expérience lorsque éclate en Mai 68 la plus grande grève du vingtième siècle.

Il a 56 ans en 1981 quand MITTERRAND est élu et il sait que les conditions de voir se concrétiser le formidable espoir en l’avenir qu’il s’est forgé depuis le Front Populaire, ne seront pas faciles à gagner.

Diego n’ignorait pas grand-chose des débats du CCN de la CGT, des débats dans la CGT. C’est exactement la même chose s’agissant du Comité Central, puis du Conseil national PCF. Il connaissait souvent les positionnements de chacun. Pas dans un esprit inquisiteur mais pour en débattre si l’occasion lui en était donnée.

S’il avait un grand respect des organisations révolutionnaires dans lesquelles il militait, un grand respect pour les militants qui les composaient, pour ses dirigeants, Diego n’était pas un béni-oui-oui. Il savait défendre, avec courage ses convictions, face à n’importe qui, quoiqu’il arrive.
Il est resté profondément attaché toute sa vie à son parti et à l’existence d’un parti révolutionnaire.

- Cela ne se voyait pas obligatoirement au premier abord, mais sous sa casquette légèrement décentrée, claire ou foncée selon la saison, au fond de ses yeux presque fermés quand il riait, Diégo, a assumé de grandes responsabilités dans toutes les organisations où il a milité.

Communiste, à une époque où la CGT était considérée comme la courroie de transmission du Parti Communiste et les salariés respectés, le parcours professionnel de Diego, sans que son militantisme ne se modifie réellement, alternera des responsabilités au PCF, à la Vie Ouvrière et à la CGT.
Pour être communiste, se plaisait-il à dire encore récemment il faut se battre contre les patrons.

Il l’a fait, dans la CGT, de 1968 à 1983. Il a été, à la fois, membre du bureau de la Fédération Nationale Agroalimentaire et forestière CGT et de l’Union départementale CGT des Bouches du Rhône.

Il a participé à la création de la fédération agroalimentaire et forestière, issue de la fusion des fédérations de l’alimentation et de l’agriculture jusqu’en 1983.

Dans le département, il prendra la responsabilité de l’Union Syndicale agroalimentaire.

C’est là qu’il côtoiera durant de longues années Marcelle GOUIRAND et qu’il partagera, avec le Commerce et son dirigeant de l’époque Marcel CARBASSE les qualités de secrétariat de Jackie DEL MARRO.
Fortement ancré dans la mémoire de grand nombre de camarades de l’Agroalimentaire du département, l’extraordinaire TANDEM Diego/ Marcelle se formera là, après la grève des triperies de l’abattoir de Saint Louis.
Ils ont, ensemble, sillonné le département pour rencontrer les syndicats de l’Agroalimentaire, ils ont conjugué leurs qualités et aussi leurs défauts, pour faire vivre, organiser, animer, aider dans leurs luttes les syndicats de l’agroalimentaire.
Sillonner le département leur a quelquefois pris plus de temps que l’entendement. Diego n’avait pas vraiment le sens de l’orientation particulièrement développé ! Lucide il savait en tenir compte.

Les similitudes sont grandes entre ces années passées à l’Union départementale et à la FD Agroalimentaire. Dans les deux instances reviennent les mêmes qualificatifs s’agissant de Diégo, de ses interventions. Humilité, lucidité, clairvoyance, liberté d’esprit.

Il a souvent narré, sourire en coin, avec fierté, sa rencontre insolite en mai 68 avec le président des producteurs de volailles, venu à l’UD pour plaider la cause des poules affamées qui se mangeaient la queue.
Malgré la pression de tous ceux (de Cohn-Bendit à la CFDT) qui, à l’époque se targuaient d’être plus révolutionnaire que la CGT et le Parti Communiste, Diego convaincra pour que soit livré l’aliment aux poules.
Il considérait que cela était en partie la démonstration de la capacité de la classe ouvrière à se passer des patrons.

Toute sa vie, il a aimé débattre. Soucieux de l’efficacité, il rappelait que les révolutionnaires ne passent pas leur temps à discuter, qu’ils appliquent après les décisions prises.
Il était un « débatteur » disent certain.
Qui ne l’a pas vu, jusqu’après sa retraite, déambuler dans les couloirs de la Bourse du Travail à la recherche d’un interlocuteur.
Combien de fois, venu me voir à la Bourse, après un long débat il m’a posé la question de savoir qui il y a au 4e, se lever et puis disparaitre.
À la Bourse du Travail, à l’Estaque, en Ariège pendant les vacances puis à la retraite, à Briançon pendant ses cures contre l’asthme, partout, toujours Diego a été un militant.

- Cela ne se voyait pas obligatoirement au premier abord, mais sous sa casquette claire légèrement décentrée, du haut de son petit mètre soixante, Diego était un bon joueur pétanque et de jeu provençal. Un tireur efficace d’une incroyable élégance, d’une incroyable adresse que j’ai souvent fait perdre.

Il était un redoutable joueur d’échecs.

En famille ou ailleurs Diego était le même, égal à lui même discret, humble, chaleureux, optimiste.

Mais sa famille a toujours joué un rôle important. Elle a, c’est certain, contribué façonner le militant révolutionnaire.
ROSE sa femme qui l’a suivi et soutenu tant qu’elle a pu, sa sœur ROSETTE qui l’a choyé jusqu’au bout avec l’aide de ses neveux, nièces, petits neveux et petites nièces dans le cocon de leurs logements mitoyens de ce quartier de l’Estaque où les générations continuent de se réunir.

Tu croyais Diégo que l’on ne verrait pas tout cela sous ta casquette légèrement décentrée, claire ou foncée selon la saison, au fond de tes yeux presque fermés quand tu riais, mais on l’a vu.

Je veux au nom :

- de la Fédération Nationale Agroalimentaire représentée ici par Jean Luc BINDEL son secrétaire Général ;

- au nom de l’Union Départementale CGT représentées par Mireille CHESSA sa Secrétaire Général ;

assurer toute sa famille du soutien et de la Solidarité de tous les militants de ces organisations, dire que nous continuons le combat pour en finir avec le Capitalisme.


En pièce jointe une contribution de Diego datant de 2008 et qui garde toute son actualité.



Documents joints

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