La belle rouge

mercredi 22 août 2007
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Vous connaissez St Amand Roche Savine ? Non ?
C’est bien dommage !
C’est dans ce charmant village de la Loire, au croisement de la Haute Loire et du Puy de Dôme, entre monts et forêts, que la compagnie Jolie Môme fait son festival fin juillet auquel elle invite des saltimbanques du même acabit qu’elle et dont nous parle Aline.
A ne pas louper l’an prochain.
D’ores et déjà, comme vous y invite Aline, ne loupez pas les « Jolie Môme » s’ils passent près de chez vous un de ces jours pour un de leurs spectacles truculents et pleins d’entrain...car avec Jolie Môme faire la révolution ce n’est jamais triste !

Sur la route des festivals, j’écoute France Musique et, oh surprise, je reconnais la voix d’Alain Krivine : « La culture est un outil ». Malheureusement, si la culture peut être instrumentalisée et manipulée pour aliéner les peuples, j’attends d’un mouvement révolutionnaire qu’il la considère comme une nourriture, un élément vital aussi indispensable à l’homme que l’air ou l’eau.

Il n’y a qu’à voir avec quelle violence le capitalisme national ou mondialisé la combat, pour comprendre que les gouvernements d’aujourd’hui ont bien retenu la leçon de 1848 de Michelet « Mettez les arts dans la main du peuple, ils deviendront l’épouvantail des tyrans ».

Le capitalisme est un tyran, une hydre lorsqu’il est mondialisé, qui ne peut supporter la menace que représente l’émancipation des êtres par l’intelligence. Ses armes contre la culture et les arts sont la concentration des moyens de production et de diffusion culturelle, le détournement des images et du langage au profit de l’idéologie capitaliste, les attaques contre le droit d’auteur, contre l’exception culturelle pour la soumettre aux lois du marché (dans le cadre de l’OMC) et la réduire à une simple marchandise comme il aimerait également le faire pour les services publics. Depuis quelques années, les gouvernements se livrent à la chasse à l’artiste et au technicien du spectacle par la destruction du régime spécifique d’assurance chômage des annexes 8 et 10 de l’ASSEDIC, communément appelé « intermittence du spectacle ».

Avant de rentrer sous le chapiteau

Si je prends un détour buissonnier pour vous parler du festival « La Belle Rouge » organisé par la compagnie « Jolie Môme » à Saint-Amant-Roche-Savine les 27, 28, 29 juillet derniers, c’est bien parce que ce festival-là s’est construit sur des luttes et annonce sans complexe le sens de son existence : « Un festival d’été qui consacre les spectacles, prépare les luttes et fait vivre la fraternité ».

« Jolie Môme » est une compagnie de théâtre fondée en 1983 par Michel Roger. Sans aucune subvention, elle reçoit tout de même l’aide indirecte de la mairie de Saint-Denis qui l’héberge allée Saint-Just (ça ne s’invente pas !) et, depuis 11 ans, de la mairie de Saint-Amant-Roche-Savine qui l’accueille en résidence d’été.

Saint-Amant-Roche-Savine est un village d’Auvergne dont le député-maire communiste, André Chassaigne, a obtenu 44% des voix dès le premier tour des législatives et où la densité en intermittents du spectacle est supérieure à celle de l’Ile de France !

Depuis 1996, les « Jolie Môme » ont participé à de nombreuses luttes dans la région et on ne peut vraiment pas les mettre du côté des « squatteurs de l’été ». De mémoire, ils étaient aux côtés des cheminots pour conserver une petite ligne de chemin de fer, avec les traminots et les chômeurs de Clermont-Ferrand, dans les manifs contre la fermeture de la maternité d’Ambert, ils ont accompagné jusqu’aux Pays-Bas les salariés en grève de l’usine pharmaceutique « Reti » et, bien entendu, ils étaient avec leurs magnifiques drapeaux rouges dans la coordination des intermittents d’Auvergne.

C’est en 2003, lors de la grande grève des intermittents que je suis allée pour la première fois, d’Avignon à Saint-Amant-Roche-Savine rejoindre les « Jolie Môme » en grève pour débattre sous leur chapiteau. Trois ans plus tard, pour fêter leur dix ans de résidence estivale à Saint-Amant-Roche-Savine, je les ai encore rejoints pour le premier festival : « La Belle Rouge ». Cette année, Saint-Amant-Roche-Savine n’est plus pour moi (et tant d’autres, nous étions 600 chaque jour !) un détour sur la route des festivals ou des vacances. C’est désormais une destination indispensable pour garder l’espoir et construire les moyens de la lutte pour « un monde où l’on ne supprimerait pas l’impôt sur la fortune mais la fortune tout court, un monde où l’on ne limiterait pas le droit de grève, où l’on ne jugerait pas les mineurs comme des adultes, un monde où les individus circuleraient aussi librement que les marchandises... ».

Il n’est pas tout à fait inutile de vous mettre l’eau à la bouche pour que vous ne tombiez pas sur eux par hasard.
Le programme est gourmand mais jamais écoeurant : on prend le temps d’écouter, de regarder, de débattre, de penser. On s’autorise même à présenter l’ébauche d’une nouvelle création [1] pour recueillir les impressions du public !

Les artistes invités ont partagé les luttes passées et leur art ne se plie devant les modes, ni ne se vend au plus offrant.

Le spectateur se sent accueilli, respecté sous le ciel étoilé du chapiteau des « Arrosés », cabaret-cirque inventif où acrobatie et humour se mêlent à un rythme d’enfer qui vous laisse essoufflé et joyeux.
Partout dans le village, résonnent les cuivres et les chants des « Fils de Teuhpu » et des musiciens de « DroitDansL’mur » pour nous rappeler que la musique populaire donne l’envie d’être ensemble et de partager le sens de la vie ; toutes les révolutions ont leurs chants et leurs poèmes. En sortant du ciné-concert ( création en direct sur le film One Week de Buster Keaton), nous nous demandions si rire ensemble ne serait pas bientôt un acte subversif.

Frank Lepage a rappelé que ce sont les mots qui permettent de penser et qu’il faut se réapproprier les mots que l’on nous vole ou réhabiliter ceux dont on nous dit qu’ils sont devenus « archaïques » : « Ceux d’entre vous qui ont connu la guerre de 1968 savent, qu’à cette époque-là, les pauvres on les appelait des exploités...

Vous comprenez bien que c’est un mot très, très embêtant pour le pouvoir. Parce que c’est un mot qui vous permet de penser la situation de la personne, non pas comme un état, mais comme le résultat d’un processus qui s’appelle « l’exploitation » ; Si ce type-là est exploité, c’est qu’il y a un exploiteur quelque part ! ...Le pouvoir nous fait comprendre que ça serait bien dorénavant d’appeler ces gens-là des défavorisés. Et regardez bien, c’est très amusant : c’est le même type, dans la même situation...mais dans un cas, il a été exploité par quelqu’un, dans l’autre, « il-n’a-pas-eu-de-chance ! » »
Son spectacle démasque les contrevérités, nous pousse à nous remettre en question et réhabilite l’éducation populaire née sur le constat « Qu’avec Auschwitz, avec le nazisme, on sait désormais que ce n’est pas parce qu’on est instruit qu’on préfère nécessairement la démocratie au fascisme ! Et qu’on peut être parfaitement instruit et être nazi...Si vous voulez fabriquer une république et une démocratie, il vous faut dons un autre volet. Il vous faut faire de l’éducation politique des adultes ! » [2]

C’est un peu cette « mission » que remplissaient les divers ateliers incongrus et insoumis comme « L’atelier de désintoxication citoyenne » de Franck Lepage et ceux animés par Pierre Rimbert (« Le Plan B »), Aline Pailler, Xavier Renou, les musiciens de « Droit DansL’mur »...
Sur les tables de la librairie libertaire et du stand de la CGT, on pouvait trouver des pétitions, des publications ou des tracts comme le « Pense bête juridique pour les manifs et tout autre action militante » [3] qui donne une véritable boîte à outil pour les avant, pendant manifs, les contrôles d’identité ou autre garde-à-vue !

Une partie de la bande des dieux

Pas de révolution sans la cantine brillamment assurée par les camarades de Sud Rail et autres stands de « Rouge fumé », « Rouge Sucré » ou « Truffade révolutionnaire » !
C’est en chantant avec les « Jolie Môme » [4] que « la Belle Rouge » s’est terminé pour laisser la place aux chorales révolutionnaires de toute l’Europe accueillies à Saint-Amant-Roche-Savine depuis 7 ans.

Pour celles et ceux qui auraient aimé rejoindre ces fous du verbe, ces combattants de l’utopie, vous pouvez encore les rencontrer dans les rues d’Aurillac du 25 au 30 août dans leur spectacle de rue « Légitime colère » ou les retrouver sur leur site www.cie-joliemome.org.


[1« Gaïa et Prométhée », une pièce de mythologie d’anticipation... façon Jolie Môme.

[2« L’Education populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu... »Franck Lepage (Cerisier)

[3SRA(Solidarité résistance antifasciste : http://solidarite.samizdat.net/

[4Légitime Colère, le spectacle intègre les nouvelles chansons de l’album « Basta Ya ».



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