L’Or noir, matière première de nos industries

La crise de l’or noir : un danger pour nos industries
mercredi 6 février 2008
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Dans cette interview parue dans la NVO du 1er février 2008, Jean-Michel Petit, secrétaire général des industries chimiques CGT fait le point sur le dossier du pétrole en y démontrant comment écologie, emplois, pouvoir d’achat et échanges internationaux dénués de domination sont liés. Une nouvelle démonstration que salariés des pays riches ou pauvres et consommateurs d’énergie ont des intérêts communs.

Pourquoi le baril de pétrole a-t-il atteint ce prix record ? Peut-il encore grimper ?

Plusieurs facteurs en portent la responsabilité. Il y a, certes le jeu de l’offre et la demande, avec la croissance asiatique, mais l’essentiel est dû à la spéculation. Les contrats à long terme, qui concernent plus de 90 % du volume échangé, se font en dehors des conditions du marché. Un prix de transfert est négocié des mois à l’avance dans un cadre totalement opaque, qui ne correspond pas au prix du pétrole. Entre le port de départ d’un pétrolier et celui de son arrivée, la cargaison change des dizaines de fois de mains. La multiplication des intermédiaires agit sur le coût du baril.

Dans ces conditions, personne ne peut dire jusqu’où le prix du pétrole peut grimper. Ce sont les choix politiques et financiers des compagnies pétrolières qui ont conduit à cette spéculation, en leur faisant gagner d’énormes profits. Les compagnies n’ont pas investi dans l’exploration ce qui a conduit à cette situation. Il n’y a pas de critères objectifs pour démontrer qu’il existe ou non des réserves de pétrole. Les compagnies ont leurs propres mesures. Shell avait surestimé ses réserves de manière à augmenter sa capitalisation boursière. Le scandale a fait chuter ses actions. Pour redresser la situation, Shell a décidé de se séparer d’activités jugées insuffisamment rentables, pourtant inhérentes à la chaîne de production : des milliers d’emplois et des sites entiers d’activités complètes ont été touchés dans le monde. Quand on s’interroge aujourd’hui sur les réserves, il faudrait plutôt se demander combien de réserves existent à tel prix d’accès. Car quand le prix du brut augment, des réserves inaccessibles, car jugées trop coûteuses à extraire, deviennent rentables à exploiter.

Quelles conséquences en France sur le pouvoir d’achat des ménages ?

Les consommateurs doivent mettre deux fois la main à la poche : en se rendant à la pompe, puis dans leur vie de tous les jours. Car le pétrole ne se transforme pas seulement en carburant, c’est aussi une source d’énergie pour bon nombre d’industries. Enfin, le pétrole est à la base de nombreux produits consommables du quotidien (médicaments, textile, plasturgie, etc…).

L’augmentation du prix du brut impacte directement les industries chimiques qui utilisent l’un de ses dérivés, le naphta, en tant que matière première. Un prix du brut élevé peut servir à justifier des restructurations, délocalisations, voire des fermetures avec des conséquences sur l’emploi et l’économie toute entière. L’avenir de nos industries en France est un enjeu.

Concernant l’industrie du raffinage, on assiste à un désengagement massif des grandes compagnies historiques, que l’on nomme les « majors » : les 3 raffineries SHELL viennent d’être vendues, après celle de BP Lavéra (13). Esso serait vendeur de parts dans celle de Dunkerque (59). Aujourd’hui les grands pétroliers, qui font des milliards de bénéfices, trouvent qu’il est insuffisamment rentable d’investir en France dans l’industrie du raffinage, notamment au regard des normes environnementales européennes obligatoires en 2012. Elles préfèrent vendre à des groupes plus petits, moins gourmands en termes de retour sur capital. Mais demain, auront-ils les ressources suffisamment solides pour assurer des investissements et garantir le raffinage en France ?

A qui profite la hausse ?

Ni aux consommateurs (qui paient près de 70 % de taxes à la pompe en France) ni aux salariés du pétrole qui étaient encore en grève, il y a un mois, pour défendre leurs salaires. Ca ne profite pas non plus aux peuples qui sont détenteurs des réserves pétrolières. Parmi les vingt premiers pays producteurs de la planète, il suffit de regarder le revenu moyen par habitant pour s’en convaincre. Il y a une spoliation du peuple en Birmanie, au Nigeria, en Angola, en Irak (1er pays détenteur de réserves), au Gabon… La hausse profite avant tout aux compagnies pétrolières. En 2007, sur neuf mois, les 4 majors pétroliers (Exxon Mobil, BP, Shell, Total) ont gagné, en résultats cumulés, 78,51 milliards de dollars ! En France, quand on voit le taux d’imposition du carburant, on comprend qu’une forte proportion de l’argent dépensé dans les carburants arrive aussi dans les caisses de l’Etat.

Y aurait-il des solutions pour contrer cette hausse ?

Une solution pour contrer la hausse du carburant pour le consommateur serait de réinstaurer la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers) flottante. C’est-à-dire jouer sur les taux pour moduler la hausse du prix à la pompe en baissant les rentrées fiscales. Mais si beaucoup se focalisent sur le prix à la pompe, à la Fédération, on voit les choses différemment. On estime que le pétrole a mis des millions d’années à se fabriquer dans la nature. Brûler ce produit uniquement dans des moteurs, c’est un gâchis phénoménal. Le pétrole n’est pas qu’une énergie. Le pétrole est avant tout une matière première pour des branches entières de l’industrie en France qui représentent des millions d’emplois. La vraie question devrait être : à qui doit profiter le pétrole, en terme de produits comme en terme de richesses créées ? Evidemment le pétrole doit profiter aux peuples qui le détiennent, mais il doit plus globalement répondre aux besoins énergétique et industriel des citoyens. La vraie question est de savoir comment répondre aux besoins de la planète avec un prix du pétrole ajusté au mieux pour répondre aux besoins, en lien avec une redéfinition de la politique industrielle.



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