Les délits de l’amour ou les drôles de pratiques d’ADOMA

mardi 1er juillet 2008
par  Charles Hoareau
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Résumé des chapitres précédents. 39 salariés du service nettoyage (en CDI avec une ancienneté moyenne de 16 ans) ont été jetés à la porte du jour au lendemain, quand ADOMA, par amour du social, les a remplacés par des rmistes contraints de travailler à leur place pour ne pas perdre leur allocation….

Dans notre grande méconnaissance des choses de l’amour nous n’avions pas compris que parfois sous-traitance pouvait rimer avec bombance, marché avec initiés, nettoyage avec magouillage et qu’ADOMA n’était peut être qu’une contraction d’ADOMA-FIA.
Dans le feuilleton syndicalo-judiciaire [1] qui oppose les salariés d’ADOMA à la direction de cette entreprise qui se veut être un lieu « d’hospitalité, de protection et de convivialité » Et qui « est par ailleurs soumise au contrôle de l’État, principal actionnaire, et aux règles des entreprises nationales. Son Conseil d’Administration comprend les représentants des ministères de tutelle : affaires sociales, logement, finances et intérieur. » il y a eu depuis notre dernier épisode 3 nouveaux rendez vous devant la justice, 2 manifs, plusieurs actions des salariés et un rassemblement départemental de solidarité...

Mais au-delà de ce banal quotidien, les salariés dont, comme dirait Abdou, la direction a cru qu’ils avaient une serpillière à la place du cerveau, ont cherché à élucider les mystères de l’amour évoqués dans l’épisode précédent.
En un mot comment se fait il qu’une décision prononcée le 27 décembre soit inappliquée à ce jour ?
Pourquoi tant de monde s’acharne à sortir ADOMA de la procédure ?

Pour répondre à ces questions il faut sans doute s’intéresser d’un peu plus près à la gestion d’ADOMA...

ADOMA : la bombance épinglée…

Tout d’abord observons que, loin d’être au dessus de tout soupçon la gestion d’ADOMA et en particulier celle d’ADOMA Sud Est a déjà été épinglée par le passé. Ainsi en 2003 un rapport de la mission interministérielle d’inspection du logement social avait entre autre pointé que « le directeur de la région Sud Est [2] à l’origine de 8675€ de dépenses liées à des invitations, affiche une pratique moins économique [3] que ses homologues (…) l’écart relève davantage du coût par repas que du nombre d’invitations ». Autrement dit en langage clair ils s’en mettent plein la lampe sur le dos de locataires dont les plus riches ont le SMIC. Le même rapport dont la lecture complète révèle quelques perles, avait aussi pointé que, concernant les déplacements de l’encadrement, la région Sud Est consommait à elle seule 39% (sic !) de la dépense nationale totale, il dénonçait aussi pêle-mêle les frais de colloques et de séminaires (dont un au golf du gouverneur à Lyon pour 2942€ !!!)…Bref déjà ce rapport, et avant même que Sarkozy soit élu, montrait comment gagner du pouvoir d’achat.

C’est donc sans doute pour sa bonne gestion que ce même Roumagère vient, à quelques mois de la retraite, d’être nommé « conseiller du président » un poste qui n’existait pas et est créé à l’occasion exprès pour lui…
Mais les salariés ont trouvé mieux…si on peut dire !!

Un marché, des initiés ?

Si on résume l’historique de notre affaire cela tient en quelques dates et faits :

- 1988 SONACOTRA externalise le service nettoyage, soit plus de 100 salariés sur Marseille
- 1988 à 2006 les employeurs se succèdent, le nombre des salariés ne cesse de décroître au point de tomber en dessous de 40
- Mars 2006 ONET dernier employeur s’en va faute d’une rallonge budgétaire et déclare « Aucune entreprise sérieuse ne voudra travailler pour SONACOTRAADOMA »
- Avril 2006 ISOR qui a repris le marché jette à son tour l’éponge
- Juillet 2006 SONACOTRA promet une rallonge budgétaire permettant à l’entreprise qui arrive, PNS, d’augmenter les effectifs, pour la première fois depuis 20 ans
- Juillet 2007 PNS s’en va à son tour en expliquant qu’il ne s’en sort pas

Que s’est il passé ?

Comment SONACOTRA s’y est prise pour user la 3e entreprises en un an ?

En fait SONACOTRA s’était engagée à augmenter substantiellement le marché [4] composé d’une partie fixe et de bons de commandes variables pouvant s’élever à 30 000 € par mois. C’est l’assurance de cette augmentation qui avait permis les embauches nécessaires à la qualité de travail due aux résidents. Or PNS non seulement n’a jamais obtenu ces sommes là (seulement 10% en moyenne selon ses dires) mais en plus a été bombardé de pénalités...Avec un marché tournant en moyenne à guère plus de 80 000€ il a du partir.
Alors SONACOTRA a-t-elle fait des économies sur les bons de commande ?
Pas du tout !

Elle a confié ses bons de commandes à d’autres ! dont la fameuse SNCE de Tarrazi vice président du MEDEF 13 [5] qui a obtenu à elle seule plus de 73 000€ pour la seule année 2007.

On peut logiquement penser que si PNS avait bénéficié de ces bons qu’il réclamait à cor et à cri, il serait resté. Le tribunal de commerce qui est d’ailleurs saisi du litige (encore un !!) qui oppose ADOMA à PNS sera sans doute intéressé par les documents comptables qui prouvent cela et bien d’autres choses fort intéressantes… Mais laissons ces plaisirs aux juges...

Un autre point a intrigué les salariés : Qui a repris le marché de la LOGIREM [6] que l’une des régies, aux tarifs défiant pourtant toute concurrence, a perdu ce qui l’a contrainte à chercher d’autres marchés ?
La SNCE bien sûr !

Et qui a conseillé aux régies de se positionner sur le marché ADOMA une fois cette perte constatée ?
La LOGIREM bien sûr !
Un conseil éclairé n’est ce pas ? Tellement éclairé et sûr qu’alors que le dépouillement de l’appel d’offres n’a eu lieu qu’à la fin octobre, dès le 10 septembre les régies faisaient à la Direction du travail la demande des emplois d’insertion nécessaires à l’exécution des travaux…et au remplacement des salariés en place.

Toutes ces pratiques expliquent-elles que certains ne voudraient pas tuer la poule aux œufs d’or ? Les salariés, qui attendent impatiemment la réponse du procureur à la demande de rendez vous que la CGT lui a faite en sont convaincus et en viennent à être d’un soupçonneux…
Ils en arrivent même à mettre en doute le fonctionnement de la justice !
Ainsi ils se demandent si lors de l’audience de conciliation du 20 mai qui a vu repoussée en novembre toute demande de provision, les conseillers étaient bien ceux prévus initialement au rôle, si le programme des audiences n’a pas été adapté à leur dépens, si le conseiller employeur ne faisait pas lui aussi des affaires avec Tarrazi …etc.
Mais soyons en surs le procureur, dès qu’il aura le temps de recevoir la CGT, dissipera leurs inquiétudes.

Des pratiques qui posent question

A force de se poser des questions les salariés découvrent d’autres choses qui devraient intéresser la Justice…et pas seulement les prud’hommes.
Pour ne donner que quelques aperçus de celles-ci :

- Pourquoi une propriété de Nice, en l’espace de quelques semaines a d’abord été évaluée par les Domaines à 1,130million d’euros puis 1,6million d’euros pour finalement être achetée par la SONACOTRA à 2 millions d’euros donc près du double de la valeur initiale alors que, sous tutelle de l’Etat, SONACOTRA n’aurait pas du pouvoir l’acheter plus de 10% du prix des domaines [7] ?

- Pourquoi ADOMA a-t-elle versé, pour l’achat d’une résidence à Avignon, une rallonge de 90 000€ non prévue dans l’acte de vente la réponse à cette question, donnée par le fameux Roumagère laissant pantois : « On pouvait faire un effort » ?

- Pourquoi ADOMA a-t-elle acheté un hôtel à Orange destiné uniquement à l’accueil des touristes…et qui ne semble pas prêt de changer de vocation ? C’est pour favoriser le tourisme social ?

- Pourquoi ici toujours telle entreprise malgré des tarifs peu compétitifs (c’est le moins que l’on puisse dire !) et une qualité médiocre ? Pourquoi ailleurs tel prix pour tels travaux ? Qui nettoie les bureaux de la direction régionale ? Pourquoi ? Pourquoi ?

En l’absence de réponses les employés ont peur – on se demande bien pourquoi – que les salariés et les résidents fassent les frais de ces choix de gestion du lieu « d’hospitalité, de protection et de convivialité »
A défaut de voir appliquée enfin la décision de leur réintégration [8] ils ont du temps pour se poser des questions…ou les faire poser par d’autres dont c’est le métier car c’est bien connu ADOMA en amour est extrêmement pudique…


En médaillon, la photo d’un dessous de table à Marseille foyer Pierre Lecat, mitoyen de la direction régionale d’ADOMA


[1Voir dans cette même rubrique les épisodes précédents de ce Dallas social :
SONACOTRA la sale attitude
ADOMA une longue histoire d’amour (I)
ADOMA de plus en plus sociale (II )
ADOMA une longue histoire d’amour (III) : ADOMA déboutée !
ADOMA une longue histoire d’amour (IV) : Y a-t-il un donneur d’ordres dans la salle ?
ADOMA une longue histoire d’amour (V) : ADOMA condamnée !
ADOMA de plus en plus sociale
ADOMA une longue histoire d’amour (VI) : Qui aime bien châtie bien
ADOMA une longue histoire d’amour (VII) : L’amour vache !.
Une longue histoire d’amour (VIII) : Les mystères de l’amour.

[2Notre bon M. Roumagère dont on vous a parlé à plusieurs reprises

[3il s’agit là d’un terme gentil quand on sait qu’ailleurs les dépenses sur ce poste oscillaient entre 2200€ et 4900€,

[4de 76 000€ / mois pour ISOR à 116 000€ pour PNS

[5voir dernier épisode

[6Pour mémoire, il n’y a pas si longtemps que ça, cette entreprise ne faisait qu’un avec la SONACOTRA et nombre de cadres de ces deux entreprises sont en fait des ex-collègues de travail

[7le calendrier et la teneur des différents échanges de courriers et actes officiels étant en lui même très instructif

[8une réunion – enfin – est prévue ce lundi à la Direction du Travail



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