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SONACOTRA : LA SALE ATTITUDE
lundi 15 mai 2006
par Charles Hoareau
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Il y a quelques années la SONACOTRA, « outil de l’Etat destiné à loger les personnes les plus en difficulté », employait sur Marseille près d’une centaine de salariés pour divers travaux de nettoyage : halls, bureaux, cuisines, chambres des entrants, vidage des ordures, changement hebdomadaire des draps...etc.

Dans les années 80 elle décide de privatiser cette tâche et de la confier à une société de nettoyage. Cette activité devient un marché - et non plus un service - que des sociétés privées vont se disputer au gré des appels d’offre que la SONACOTRA lance tous les trois ans.

En principe il existe un ensemble de dispositions légales et conventionnelles qui devraient protéger les salariés à chaque changement d’employeur et garantir le maintien de leurs droits. Dans la réalité, la SONACOTRA pratiquant une politique systématique de réduction des coûts, les entreprises cherchent tous les moyens pour se placer au prix le plus bas possible au besoin en contournant la loi.

Ainsi un départ non remplacé dans les 3 ans ne sera pas compté par l’entreprise qui reprend le « marché ». De même un nouveau lieu d’hébergement - et sur Marseille il s’en est ouvert 8 depuis 20 ans - ne sera pas pris en compte dans le calcul de l’effectif nécessaire. Avec cette logique là on est passé en 20 ans de 100 salariés à 54 il y a 2 ans !

Avec cette même logique, depuis des années, des salariés aux conditions travail sans cesse dégradées mais apparemment plus soucieux des résidents et du service qui leur est dû que la SONACOTRA elle même, en sont réduits à faire du travail gratuit. Ainsi alors qu’ils sont censés finir leur horaire en fin de matinée il n’est pas rare que certains d’entre eux viennent l’après midi faire le changement de draps et ce au vu et au su de tout le monde puisque les plannings sont organisés en conséquence ! Pour un « outil de l’Etat » cela fait désordre...

Autre exemple de cette logique de gestion rigoureuse tel salarié affecté de 6h à 9h sur un foyer et de 9h 30 à 12h 30 sur un autre dans un autre quartier de la ville se verra proposer 2 vacations de 3h et la demi heure de déplacement entre les 2 lieux de travail sera compté comme du temps libre non payé !

Evidemment la SONACOTRA sous le prétexte qu’elle n’est pas l’employeur direct ne sait rien, ne voit rien, n’entend rien.

Le 31 mars de cette année une nouvelle entreprise, ISOR, emporte le « marché » et propose royalement...46 emplois dont 22 temps partiels ! Comme les miracles ne sont pas de ce monde, pour tenir ses engagements envers la SONACOTRA, ISOR en vient à proposer des contrats de travail illégaux (possibilité de modifier à tout moment et sans préavis les horaires et les lieux de travail...).

Evidemment les salariés refusent, se mettent en grève et... ISOR voit son contrat rompu par la SONACOTRA..

Dans pareil cas il est prévu par la loi que, dans l’attente d’un nouvel appel d’offre (ici il aura lieu le 17 juillet) on fasse appel à une entreprise de transition étape que la SONACOTRA aurait pu anticiper ce que visiblement elle n’a pas fait et la situation devient chaque jour plus ubuesque :

Quelques jours après le départ d’ ISOR une première entreprise, STARTER, puis une deuxième HEXANET, se présentent et renoncent devant les conditions faites par SONACOTRA. Une troisième entreprise se propose alors et se déclare prête à répondre aux demandes des salariés à la seule condition que la transition dure un minimum d’un an (ce qui est légalement possible) : SONACOTRA refuse.

Le 3 mai SONACOTRA arguant de l’extrême urgence de la situation fait désigner par référé au TGI de Marseille une nouvelle entreprise, TRADI TECH, inconnue dans le département et pour cause, elle emploie en tout et pour tout 3 salariés dans le Var.

Quoiqu’il en soit, dès le jugement connu les salariés par l’intermédiaire de leur syndicat font connaître au nouveau patron et à la Direction du Travail leur désir de signer enfin leur contrat de travail. Le 4 au matin personne en vue, ce n’est qu’en fin de journée que l‘employeur se présente en disant qu’il ne peut rien signer. Curieusement alors qu’il est sur place la SONACOTRA lui a envoyé le bon de commande par courrier dans le Var...

Cela renvoie au 9 mai, toujours pas de contrat en vue. Nouveau fax du syndicat aux différents protagonistes de cette affaire (préfet, Direction du Travail, TRADI TECH, SONACOTRA).

Le 10, l’employeur se présente avec des contrats illégaux (encore !) et part en promettant de revenir le jour même avec des contrats conformes. Le soir coup de fil à la déléguée : « Je viens demain. ».

Le 11 mai personne.

Le 12 mai message sur le portable de la déléguée : « je viens la semaine prochaine » (sic) !! Message que cette dernière sera bien inspirée de faire écouter à l’inspection du travail.

Finalement contrairement à son message l’employeur vient quand même et déclare aux salariés qu’il est obligé de se retirer pour 2 raisons :

- la SONACOTRA lui applique des pénalités depuis le 3 mai qui représentent 60.000 euros soit 50% du marché,

- il n’est pas sûr de disposer au 31 mai de la somme nécessaire pour payer les salaires de 50 salariés vu que son entreprise n’a que 4 salariés (depuis 1 semaine).

Le 13 mai les salariés reçoivent un recommandé de TRADI TECH expliquant qu’il n’a pas pu leur faire signer le contrat de travail à cause de leur absence injustifiée !!!

Evidemment la justice a été saisie, elle l’a même été plusieurs fois par les salariés mais les délais sont tels que s’il n’y a pas une intervention des pouvoirs publics il y a fort à parier que les salariés ne toucheront rien avant plusieurs mois.

Le préfet qui avait été alerté dès le début du conflit en particulier au vu du statut de la SONACOTRA s’était engagé fin avril à réunir une table ronde dans les plus brefs délais : pour l’instant on ne voit rien venir.

On pourrait parler aussi dans cette affaire de cette entreprise venue en toute illégalité tenter de travailler à la place des grévistes et dont le concubin de la gérante par ailleurs salarié de la SONACOTRA (tiens, tiens !) a menacé téléphoniquement le dirigeant syndical du nettoyage sans que cela n’émeuve grand monde, pourtant informé preuve à l’appui.

On pourrait parler aussi de ce travail dissimulé (en particulier l’évacuation des ordures) que l’on fait faire à des résidents moyennant des ristournes sur le loyer ou autres avantages occultes.

En attendant les salariés qui n’ont rien touché depuis le 31 mars ne sont plus en grève mais ne peuvent travailler ni être payés faute d’employeur et les résidents continuent de vivre dans des locaux aux conditions d’hygiène de plus en plus déplorables .

Tous les locaux ? Non rassurez-vous les bureaux de la direction régionale, au 6 rue Pierre Lecat, sont eux bien propres grâce à une judicieuse découpe du marché qui a fort opportunément attribué leur nettoyage à une autre entreprise ETANEUF qui emploie à mi temps une salariée qui jusqu’à présent nettoyait l’ensemble du RDC de la rue Pierre Lecat, direction et foyer adjacent compris.
Ainsi Sithy, pour faire les mêmes tâches que par le passé, a depuis cette année, deux employeurs qui se partagent l’espace tantôt séparé par une ligne imaginaire, tantôt par une porte battante ...

 

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