Audience et parcours champêtre

mercredi 10 septembre 2008
par  Charles Hoareau
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Résumé des chapitres précédents. Suite à une passation de marché, 39 salariés du service nettoyage (en CDI avec une ancienneté moyenne de 16 ans) ont été jetés à la porte du jour au lendemain, quand ADOMA, par amour du social, les a remplacés par des rmistes contraints de travailler à leur place pour ne pas perdre leur allocation….

Le 21 août dernier se tenait la 9e audience...ou la 10e selon comme l’on compte. En cette période de jeux olympiques il y a des records dont on se passerait... Voir dans cette même rubrique les épisodes précédents de ce Dallas social : [1]

Le 19 juin dernier le conseil de prud’hommes avait à nouveau condamné les régies et ADOMA. Les entreprises se voyaient signifier l’obligation de verser aux salariés 10 000€ par personne à valoir sur les salaires dus depuis le 12 novembre. [2]. Mais entre une décision de justice et son application effective il y a du temps qui passe...et les employeurs le savent bien. Ce temps est encore plus long quand ceux-ci ont décidé de résister quitte à payer plus cher...beaucoup plus tard...

Si un des 3 employeurs condamnés, la régie Nord, a décidé de commencer à s’exécuter il n’en est pas de même des deux autres à savoir ADOMA et Régie Service 13.

- La régie Nord a décidé de reprendre les salariés à compter du 3 juillet 2008 [3], leur a fait un avenant en ce sens et a signé avec la CGT un protocole dans lequel elle s’engage à prendre des dispositions pour régler dans les meilleurs délais le retard des salaires dus depuis novembre.

- A l’inverse les deux autres ont continué à faire la sourde oreille malgré les multiples courriers et interventions des salariés. Ils ne leur ont donc pas laissé d’autre choix que de saisir à nouveau la justice pour qu’elle ordonne le versement de la deuxième astreinte prévue par le tribunal. La justice est ainsi faite en France que si vous devez une traite de remboursement du crédit de votre voiture le vendeur peut, sans autre forme de procès vous bloquer votre compte ou saisir le véhicule, pour une astreinte ou une provision sur salaire c’est beaucoup plus long. Vous devez saisir le tribunal et donc c’est ce qu’ont fait les salariés ce jeudi 21 août.

Les limites de la justice

Comment peuvent peser 39 salariés face à une entreprise nationale de plus de 2400 salariés, au chiffre d’affaires de 276 millions d’euros et qui bénéficie de tout l’appareil d’Etat pour mener à bien ses basses oeuvres même quand celles-ci sont sanctionnées par la justice [4] ? Manifester, en appeler à l’opinion publique et aller d’audience en audience en se disant à la sortie de chacune d’elles que l’état de droit est, si ce n’est une fumisterie totale, est du moins une notion en pleine perte de vitesse.
Et on ne vous parle même pas du coût des procédures qu’il faut engager à chaque fois même quand il s’agit de vouloir faire respecter un jugement inappliqué...

Donc nos salariés d’ADOMA, depuis 10 mois partagent leur temps entre actions, manifs...et audiences. Le reste du temps c’est le combat quotidien pour survivre, ne pas se faire couper le courant, calmer le bailleur ou les impôts qui au passage dans ces circonstances particulières réclament à plusieurs d’entre eux le remboursement de la prime pour l’emploi...puisque ils ne travaillent pas : logique !!

La période estivale n’a pas manqué à la règle.

Une argumentation surréaliste.

D’un côté de la barre il y avait donc ce jour là les salariés qui, par la voix de Me Julien BERNARD, expliquaient qu’ils voulaient reprendre le travail et que le jugement c’est à dire la reprise des salariés avec effet rétroactif à la date du 12 novembre soit appliqué et de l’autre l’avocat de la régie à la plaidoirie surréaliste. On résume :
« Je n’applique pas le jugement parce qu’en appel je vais gagner, le juge l’a clairement dit (sic !)... les conseillers prud’hommes ont violé la loi à 3 reprises (resic !)... de toute façon en économie libérale c’est normal quand une entreprise perd un chantier soit elle reclasse ses salariés ailleurs, soit elle les licencie »(resicsic !!).

Adieu l’annexe 7 et le code du travail, bonjour la précarité et le RSA !!
Verdict le 16 septembre.

Une ballade champêtre

Au pied de la Sainte Victoire, à 45 minutes de Marseille, Trets est une charmante commune de 10 000 habitants, un village au milieu des pins et de la garrigue provençale. C’est là que se situe le siège de l’entreprise SNCE, entreprise dirigée par M. TARRAZI dont nous vous avons déjà parlé, vice président du MEDEF 13, conseiller prud’hommes et un des principaux sous traitants de ADOMA Sud Est.

Trouver le siège de l’entreprise n’a pas été simple pour les ADOMA qui avaient décidé le 5 septembre de rendre visite à cet employeur à qui ils voulaient demander un certain nombre d’éclaircissements sur leur affaire. Mais bon au milieu des pins et des vignes la quête était agréable...Finalement après des détours multiples les salariés sont arrivés au but. Le siège social est situé en contrebas d’un hameau, au bout d’une piste de terre, au milieu de la forêt, dans un domaine que rien n’indique [5] et qui est en fait le domicile de la famille TARRAZI. Habituellement, quand il y est contraint, l’employeur a coutume de convoquer les salariés dans un bar : sans doute par esprit de convivialité !

Quoiqu’il en soit les voilà enfin devant le domaine où ils sont accueillis par le gardien qui est selon ses dire complètement étranger à l’affaire puisqu’il est l’employé personnel de Madame. On est revenus au temps des rois...

« M. Tarrazi n’est pas là » dit il. Ça les salariés le savent puisque au même moment il anime l’université du MEDEF 13 au titre singulier : « Travailleurs, travailleuses unissons nous ! » mais ils insistent ils veulent lui transmettre un message et lui poser quelques questions [6]. 2 secrétaires sortent :
"On n’est pas au courant, on ne peut pas vous recevoir !
-Vous transmettrez le message"

Le message est effectivement transmis et si rapidement que 5mn après le téléphone sonne : M. Tarrazi :
" J’ai lu l’article dans Rouge Midi [tiens ils ont de bonnes lectures au MEDEF], cela m’a fait de la peine...je voulais répondre....mais écrivez moi....Je suis un homme de gauche [de suite ça rassure]...Ce que font les régies c’est un scandale, c’est de la concurrence déloyale...
-Et ADOMA alors ?
-ADOMA c’est mon client, que voulez vous que je fasse ? Ils sont puissants...
-On va vous écrire
-Je vous répondrai et je suis prêt à vous rencontrer dans les meilleurs délais"

La ballade dans la campagne tretsoise aura été bonne pour les poumons et pour les salariés. Prochain rendez vous jeudi 11 septembre pour l’astreinte qui concerne ADOMA. La lutte continue.


[1_ SONACOTRA la sale attitude
ADOMA une longue histoire d’amour (I)
ADOMA de plus en plus sociale (II )
ADOMA une longue histoire d’amour (III) : ADOMA déboutée !
ADOMA une longue histoire d’amour (IV) : Y a-t-il un donneur d’ordres dans la salle ?
ADOMA une longue histoire d’amour (V) : ADOMA condamnée !
ADOMA de plus en plus sociale
ADOMA une longue histoire d’amour (VI) : Qui aime bien châtie bien
ADOMA une longue histoire d’amour (VII) : L’amour vache !.
Une longue histoire d’amour (VIII) : Les mystères de l’amour.
Les délits de l’amour ou les drôles de pratiques d’ADOMA.

[2Pour mémoire le nettoyage des locaux ADOMA de Marseille a été divisé en 5 lots et réparti entre 4 entreprises dont 3 d’entre elles refusent d’appliquer l’annexe 7 qui prévoit la reprise du personnel en cas de changement de prestataire

[3et non du 12 novembre 2007 comme stipulé dans l’ordonnance, mais bon c’est un début. Cette reprise concerne 14 salariés sur 39

[4Rappelons qu’à aucun moment ni le préfet, ni la Direction du travail n’ont voulu intervenir dans ce conflit où la légalité est ouvertement bafouée. Le conseil général...de gôche, en charge de l’insertion et à ce titre financeur des régies, non plus

[5un des voisins à qui les salariés demanderont leur chemin aura cette phrase assassine : « Ils n’indiquent rien pour que ceux à qui ils doivent de l’argent ne les trouvent pas ! »



Documents joints

Communiqué de presse <span class="caps"

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