Haro contre les pauvres !

lundi 27 octobre 2008
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Noailles situé en plein centre ville est un quartier populaire où l’on trouve des magasins pittoresques (coiffeurs africains, marchands d’épices et de graines venus du monde entier, et un marché où le manioc et la patate douce trônent à côté de la salade et du concombre. Un marché où les gens peuvent s’approvisionner à des prix bien plus bas qu’en grande surface. Noailles est aussi le lieu de toutes les misères et des taudis. Quartier populaire il est donc une cible privilégiée des plans de M. Gaudin et consorts qui veulent virer du centre de Marseille les pauvres et les immigrés.
Quant aux immigrés pauvres on ne vous en parle même pas ! [1] Dominique a assisté à la réunion des habitants.
Voici donc son compte rendu.
Ulcéré.

Troquant frac, redingote et jabot contre un costume de velours plus seyant, la petite foule s’était donné rendez-vous au siège du “comité d’intérêt de quartier” (CIQ) de Noailles (le 22 octobre). Il y avait là du beau linge. Outre le Président du comité, le charcutier du coin — très représentatif d’un quartier musulman à plus de 80 % —, les politiques se pressaient à la réunion : Le maire de secteur, la responsable du quartier ou la nouvelle élue du canton (liste non exhaustive). À l’ordre du jour, les questions de l’habitat, de la voirie, de la propreté et de la sécurité.

Le débat fut si courtois qu’il aurait pu faire oublier le grand écart de Philippe San Marco qui, de Président d’honneur de l’association “Un centre ville pour tous”, est devenu Président de “Marseille Aménagement”, société d’économie mixte en charge de mener à bien les programmes de réhabilitation immobilière (PRI) voulus par la mairie centrale. Cette nouvelle fonction, gratification à la trahison de Monsieur San Marco, soutien à Jean-Claude Gaudin lors des dernières municipales, après avoir été le bras droit de Gaston Deferre, ne souleva nulle critique des rangs de ceux dont il était issu.
Au contraire.

On s’adressa du “Philippe”, du “Patrick” ou du “Mireille”. L’atmosphère ouatée ne fut troublée que par l’intervention intempestive d’un habitant dénonçant pèle mêle les taudis, les marchands de sommeil et l’incurie des pouvoirs publics. Il fut écouté avec condescendance, le ton vif de ses propos n’arrachant qu’un bref commentaire du meneur des débats, se félicitant que tous puissent avoir accès à la parole. Nous étions entre gens biens, ou plutôt entre gens de biens (“qui possèdent des choses matérielles qui procurent une jouissance” Petit Robert).

Et par un étrange clin d’œil de l’histoire, il fut question du réaménagement de la rue des Feuillants. N’est-ce pas contre Robespierre et pour s’opposer aux propos trop violents des révolutionnaires envers les monarchistes que fut constitué le club des Feuillants autour de l’abbé Sieyès, le 18 juillet 1791 ? Et cela malgré la trahison de Louis XVI s’enfuyant à Varennes le 22 juin 1791 pour tenter de rejoindre les troupes ennemies massées à la frontière.

Trahison et crainte des classes dangereuses soufflèrent donc au dessus de la digne assemblée. Il fallait rétablir l’ordre ! Et c’est ainsi que le commissaire divisionnaire Jean-Louis Vincent fut le clou de la soirée. Après avoir salué l’action continue de la police ayant fait chuter les chiffres de la délinquance, il pointa du doigt les fléaux transformant le quartier Noailles en un lieu de non droit. Et le premier d’entre eux, les vendeurs à la sauvette, était une priorité. “Nous allons mettre en place une force de police permanente pour faire cesser les ventes à la sauvette. Il faut les éradiquer !”

Les pauvres hères en guenilles, vendant ce qu’ils collectent dans les poubelles, sont ainsi désignés à la vindicte et seront pourchassés jusqu’à ce qu’ils disparaissent ! Mais ils ne sont pas les seuls. Ainsi, quelques jours seulement après la liquidation judiciaire de l’association “Jeunes errants”, les “mineurs clandestins venus d’Anaba” sont montrés du doigt, accusés de tous les crimes et les vols avec violence en pleine recrudescence.

“Que peut-il faire celui qui manque du nécessaire en travaillant, s’il vient à chômer ? Il n’a qu’a se laisser mourir de faim. Alors on jettera quelques paroles de pitié sur son cadavre. C’est ce que j’ai voulu laisser à d’autres. J’ai préféré me faire contrebandier, faux monnayeur, voleur, meurtrier et assassin (…) Si tous les nécessiteux, au lieu d’attendre, prenaient où il y a et par n’importe quel moyen, les satisfaits comprendraient peut-être plus vite qu’il y a danger à vouloir consacrer l’état social actuel, où l’inquiétude est permanente et la vie menacée à chaque instant.” Ravachol, lors de son procès. Il fut guillotiné le 21 juin 1892.

La réunion s’acheva je suppose (j’avais quitté les lieux après avoir fait un esclandre) par un apéritif convivial…
Entre gens de biens.


Le dessin de Daumier en médaillon n’a rien à voir avec l’article puisqu’il est intitulé « les philanthropes du jour »


[1Voir à ce sujet dans la même rubrique Il ya un projet pour Marseille I et II et Psychogéographie dans la rubrique livres



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