L’œuvre négative du colonialisme français à Mayotte : Un îlot de pauvreté dans un océan de misère

samedi 24 mars 2018
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L’idée que le colonialisme est une affaire du passé est fréquente dans le débat médiatique et politique. Des polémiques peuvent surgir sur « l’œuvre positive » ou au contraire sur le caractère de « crime contre l’humanité » de ce colonialisme mais elles concernent des séquences historiques du passé. Le mouvement social qui secoue Mayotte depuis plus de quatre semaines rappelle que le colonialisme français est encore une réalité contemporaine.

Rappelons que sur les 17 « territoires non autonomes » c’est-à-dire que les Nations-Unies considèrent comme devant être décolonisés, deux (la Kanaky et la Polynésie) sont occupés par la France. L’île de Mayotte pour sa part est considérée comme partie intégrante des Comores par la résolution 3385 du 12 novembre 1975 de l’assemblée générale des Nations Unies qui énonce : « la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores, composé des îles d’Anjouan, de la grande-Comore, de Mayotte et de Mohél ». [1]

Le contexte historique : une île comorienne

Immobilisé par une opération chirurgicale, j’ai pu au cours de ces dernières semaines suivre dans le détail la couverture médiatique de la « crise de Mayotte » par les grands médias. Le moins que l’on puisse dire c’est que nos journalistes, « spécialistes » et chroniqueurs divers ne connaissent pas la première vigilance de toute analyse objectivée : la contextualisation historique, économique et géostratégique.

De manière générale le problème de Mayotte est réduit à la question de « l’immigration clandestine » et de l’insécurité qu’elle susciterait. Une telle construction politique et médiatique du problème appelle logiquement une solution unique : renforcer le contrôle des frontières et la chasse aux sans-papiers. Une telle construction a en outre un effet de légitimation des politiques répressives contre les sans-papiers et les réfugiés dans l’hexagone.

L’association entre immigration et insécurité est, en effet, un des axes du discours du ministre de l’intérieur. La situation à Mayotte est mise en scène comme un avertissement alertant sur les dangers qui menaceraient l’hexagone si la « fermeté » contre « l’immigration clandestine » cesse d’être l’axe directeur de la politique migratoire française. Rappelons quelques éléments des contextes sans lesquels aucune compréhension de la situation n’est possible.

Sur le plan historique les quatre îles des Comores deviennent un protectorat français en 1886 puis un territoire d’outre-mer en 1946. A l’époque du colonialisme ascendant, personne ne songe à séparer Mayotte des trois autres îles de l’archipel. Comme le rappelle l’historien Alain Ruscio l’unité de l’archipel fait consensus. En témoigne la définition donnée par le « Grand dictionnaire universel du XIXe siècle » de Larousse : « Comores : groupe d’îles d’Afrique (…). Les quatre grandes îles qu’il comprend sont Mayotte, Anjouan, Mohéli et la Grande Comore ». [2]

La suite de l’article Ici.



[1Résolution n° 3385 du 12 novembre 1975, http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/3385(XXX)&Lang=F, consulté le 19 mars 2018 à 10h50.

[2Cité in Alain Ruscio, Mayotte, néo-colonialisme français : petit cours d’histoire récente, https://humanite.fr/comores-mayotte-neo-colonialisme-francais-petit-cours-dhistoire-recente-652244, consulté le 20 mars 2018 à 10 h00



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