Philippines : la sale guerre d’ Arroyo contre les militants de gauche

lundi 4 décembre 2006
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Depuis 2001, près de 800 personnes - paysans, étudiants, journalistes, religieux - ont été exécutées. Une campagne qui vise à détruire les réseaux supposés proches de la rébellion communiste.

Ce matin-là, un soleil éclatant brille à Santa Clara, un village situé près de Cuyapo, à environ 150 kilomètres au nord-est de Manille, dans la province de Luçon-Centre. Jocelyn Javier ne pense pas à la récolte en cours alors qu’elle s’approche d’une petite maison sombre située à l’écart d’un sentier. Elle enlève le cadenas de fortune et scrute l’obscurité avant de pénétrer dans ce qui fut sa maison. Quand elle aperçoit le calendrier suspendu à l’endroit où elle l’a laissé il y a un an, elle pointe du doigt la date du 2 octobre 2005.

Ce jour-là, elle et son mari, Armando, regardaient la télévision pendant que leur jeune fils dormait à proximité. “Il était 9 heures moins le quart”, dit-elle calmement en s’asseyant sur ce qui reste d’un banc en bois qui servait de sofa. “J’étais assise là et Armando était allongé.” C’est alors qu’il y a eu une explosion. La pièce s’est remplie d’une fumée âcre et du crépitement d’une arme automatique. Selon un rapport de police, Armando Javier, un agriculteur militant pour les droits des paysans, a été tué sur le coup par neuf balles de M16. L’une d’elles a effleuré l’épaule de sa femme. Quelques jours plus tard, Jocelyn s’est enfuie avec son fils, de crainte que les soldats qu’elle accuse d’avoir tué son mari ne viennent lui régler son compte.

Un général à la retraite mis en cause

C’est la première fois que cette femme revient dans la pièce qu’elle partageait avec son mari. Cet ancien sympathisant de la Nouvelle Armée du peuple [NAP, branche armée du Parti communiste philippin] avait quitté le maquis en 1994 pour l’épouser.

Ces dernières années, un certain nombre de sièges au Congrès sont allés à des partis regroupant des candidats plus ou moins ouvertement liés au mouvement communiste. C’est dans des formations comme l’Anak Pawis, dont Armando Javier était le coordinateur local, que des dirigeants locaux ont été assassinés. Mais la corruption, la pauvreté et l’incurie qui ont continué à sévir dans les campagnes ont engendré un retour en force du mouvement insurrectionnel.

Les pourparlers de paix avec le gouvernement ont été rompus, et le nombre de rebelles armés, tombé à 5 000 il y a une dizaine d’années, a progressivement augmenté. Cependant, pour un militaire d’extrême droite comme le général Palparan, le véritable problème ne vient pas des rebelles armés, mais de l’appareil de soutien formé par les sympathisants communistes, qui agissent pour la plupart en toute légalité et fragilisent les autorités locales en fournissant des renseignements à la guérilla et en extorquant l’“impôt révolutionnaire” pour la maintenir à flot.

La stratégie du général consiste à “purger” les villages de toute influence communiste, par n’importe quel moyen. “J’étais commandant de division, dit-il, et j’ai expliqué à mes officiers que je m’étais donné pour mission de débarrasser les barangays [villages] de toute trace d’insurrection.” Lorsqu’on lui demande si cela comprend l’exécution de militants de gauche, le général admet qu’il y a eu quelques assassinats mais qu’il n’a pu que forger des “hypothèses” à leur sujet. Les instructions à ses subalternes étaient pourtant claires. “J’ai dit à mes officiers que je ne voulais plus les voir [les communistes].”

La famille d’Armando Javier pense qu’il avait compris ce qui allait lui arriver le jour où les soldats du général Palparan ont réuni les habitants de son village pour les informer que leur région allait être purgée. Ils ont cité son nom, qui figurait sur une liste de sympathisants de la NAP. Le rapport de la police sur sa mort émettait l’hypothèse qu’il avait été tué par la NAP. Sa veuve juge cette idée ridicule, convaincue qu’il a été exécuté pour ses activités au sein de l’Anak Pawis. Depuis l’assassinat, il n’y a eu ni interpellation de suspects, ni arrestations. Jocelyn a refusé de collaborer avec la police. “Je leur ai dit : Qu’est-ce que je peux faire ? Il est déjà mort et, de toute façon, les assassins sont des gens du gouvernement.”

La colère et le désespoir de Jocelyn Javier se retrouvent chez beaucoup de ses concitoyens qui, parce qu’ils n’avaient pas pris les armes contre le gouvernement, croyaient qu’ils étaient libres de défendre des idées radicales pour changer la société. La diversité des victimes, qui n’ont en commun que leur implication dans des mouvements de gauche, ou perçus comme tels, est stupéfiante.

La liste comprend des religieux militants, comme l’évêque de l’Eglise indépendante des Philippines, qui a été assassiné à son domicile au mois d’octobre, mais aussi des étudiants, des dirigeants syndicaux, des journalistes, des élus locaux et d’anciens rebelles.

La situation est devenue si préoccupante que Mme Arroyo [1] a chargé la police de mettre en place un groupe spécial pour enquêter sur les assassinats. “Je continue à condamner avec la plus grande fermeté les meurtres de journalistes et de militants de gauche, a-t-elle déclaré. J’ai ordonné que la loi soit appliquée pour découvrir les motifs de ces actes.”

Mais, malgré la création de la Task Force Usig, les investigations n’ont guère progressé et le délai qui avait été accordé à la police pour éclaircir un certain nombre d’affaires est dépassé. Au mois d’août, Mme Arroyo a confié l’enquête à une commission placée sous la houlette du juge Jose Melo, un ancien membre de la Cour suprême. On attend son rapport.

*(web.amnesty.org/library/index/fraASA350082006).

Source : The Standard

Transmis par : Linsay


[1Mme Arroyo a été élue présidente des Philippines en 2OO4, actuellement de graves souçons de fraude pèsent sur son élection



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