Le Liban dans l’impasse (II)

Les nouveaux scénarios et leur visée
samedi 14 avril 2007
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Le Liban se trouve toujours dans l’impasse et il n’est pas près de s’en sortir. Certains vont, même, jusqu’à prédire que la crise politique, créée par la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations Unies (votée en 2004) et exacerbée, à la suite de l’assassinat de l’ex Premier ministre Rafic Hariri, par l’agression israélienne de l’été 2006, ne pourra voir le début de la fin avant les élections présidentielles étasuniennes en 2008... Et ils n’ont pas tort ou, plutôt, ils ont toutes les raisons plausibles (et convaincantes) pour étayer ce point de vue.

En effet, la dernière phase de cette crise, située trois mois plus tôt, connaît une nouvelle escalade durant les deux semaines qui viennent de faire suite à la tenue du Sommet arabe, le 28 mars, à Riad.

Cette escalade a soulevé de nouveaux points de litige et divulgué le secret de nouveaux scénarios mis, de part et d’autre, dans le but de réaliser une « victoire » totale et écrasante sur le vis-à-vis, sans que les parties en présence prennent, pour autant, en considération la situation du pays et sans qu’aucun souci ne vienne les effleurer quant aux risques qu’ils font encourir à tous en se faisant les porte-parole de projets radicaux, internationaux et régionaux, qui continuent à utiliser la « carte libanaise » comme un atout essentiel sur la voie de leur réalisation.

Le nouveau scénario et la pétition parlementaire

Le premier scénario se base sur le dernier projet mis au point, au début de l’an 2006, par le vice président étasunien, Dick Chenney. Ce projet, comme nous le savons maintenant, prévoyait une intégration totale du Liban au « Grand Moyen Orient », qui aurait dû faire suite à une agression israélienne de grande envergure ayant pour but de balayer, en plus du Hezbollah, toutes les résistances intérieures afin de continuer son chemin pour rejoindre Bagdad, après être passée par Damas.

Et bien que cette nouvelle formule du projet étasunien ait été mise en échec, grâce à la résistance du peuple libanais, et bien que les conséquences politiques de cet échec continuent à avoir des répercussions très négatives en Israël, on continue à penser, tant à Washington qu’à Tel Aviv, qu’il est nécessaire de récidiver dans les plus proches délais (des dates ont été émises entre juin et juillet 2007), soutenus en cela par certaines formations politiques libanaises qui pensent pouvoir, ainsi, en finir avec le Hezbollah et faire main basse sur le pouvoir politique libanais.

Sur la base de ce scénario, certaines parties du « Rassemblement du 14 mars » ont exigé l’arrêt des pourparlers entre Saad Hariri (dirigeant de la majorité parlementaire) et Nabih Berri (président du parlement). Elles ont fait de la création du tribunal international leur slogan de base, afin de pouvoir demander au Conseil de sécurité de s’immiscer, plus encore, dans les affaires intérieures du pays et d’aller au-delà de la résolution 1701, préparée par John Bolton et votée à la suite de l’échec des objectifs de l’agression israélienne de juillet-août 2006. C’est ainsi qu’elles ont envoyé récemment aux Nations unies une pétition signée par 70 députés et demandant l’intervention du Conseil de sécurité dans la formation, sous le chapitre 7, du tribunal international sur les crimes commis au Liban depuis février 2005 ; la même pétition accusait Nabih Berri d’avoir kidnappé le parlement.

Le Conseil des évêques maronites

En plus de la pétition, et dans les mêmes objectifs, le « Conseil des évêques maronites » du Liban a déclaré, il y a trois jours, qu’il appuie le point de vue de la majorité stipulant qu’en cas de désaccord entre cette dernière et l’opposition sur les élections présidentielles (prévues en novembre), il est possible de passer outre la clause concernant le quorum nécessaire (85 députés). A cela, nous devrions ajouter d’autres positions et déclarations concernant la possibilité de remplacer bientôt les ministres chiites démissionnaires, l’ingérence de l’Iran dans les affaires libanaises à travers le Hezbollah, la nécessité d’avoir des soldats de la FINUL sur les frontières avec la Syrie, afin de mettre fin à « la contrebande d’armes »...etc.

Tout cela rend encore plus réelles les menaces proférées, dernièrement, par l’administration de Georges W. Bush contre le Hezbollah et ses deux appuis, l’Iran et la Syrie, et éclaire d’un jour nouveau le « pessimisme » exprimé par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amro Moussa, mais, surtout, le retrait de la médiation de l’Arabie Saoudite dans la crise libanaise, puisque son ambassadeur à Beyrouth vient de déclarer que son pays ne recevra les Libanais que s’ils se mettent d’accord entre eux sur toutes les questions litigieuses, de manière à ce que leur présence à Riad ait pour seul but de permettre à l’Arabie saoudite de superviser un accord déjà conclu.

Que veut « l’opposition » ?

Face à ce scénario visant à remettre en marche le projet de l’administration des Etats-Unis pour la région, et nonobstant les échecs que ce projet connaît de puis quatre ans, en Irak notamment, il n’y a, de la part de l’opposition, ni un projet unique ni une vision nouvelle qui rassemblerait les opposants sur des bases de libération nationale et de changements radicaux et démocratiques dans la manière de gérer les affaires de la région et les richesses qu’elle recèle, à commencer par l’or noir mis, actuellement et dans sa presque totalité, sous la coupe des compagnies pétrolières étasuniennes.

La situation n’est pas différente par rapport à l’opposition libanaise, puisque cette dernière ne sait pas ce qu’elle veut.

N’a-t-elle pas commencé par demander à ce qu’elle soit mieux intégrée au régime, en revendiquant une « participation » plus efficace au gouvernement qu’elle avait taxé d’être à la solde des Etats-Unis... pour aboutir, aujourd’hui, à trois ou quatre alternatives ou scénarios, dont : soit la démission de ses 58 députés, soit des élections législatives anticipées sur la base du retour à la petite circonscription (afin d’attirer les bonnes grâces du patriarche maronite) ou bien la poursuite de la même politique actuelle (boycotter le gouvernement) pendant les deux années qui restent du mandat du parlement.

Il n’y a, donc, pas d’ouverture, même minime, dans l’horizon de la crise. Bien au contraire ! L’attentisme est roi. Jusqu’aux présidentielles étasuniennes. Surtout que les Etats-Unis connaissent des nuances dans les positions entre « Républicains » et « Démocrates » sur les questions essentielles de la région et ne sont pas près de formuler une solution prochaine à ces problèmes.

Quant à l’Union européenne, elle continue à adopter une politique très dépendante de celle préconisée par Bush. Ainsi nous comprenons les propos émis à Beyrouth par Angela Merckel, à la suite de ceux de Nancy Pelosi.

N’a-t-elle pas déclaré un appui inconditionnel à Fouad Sanioura et son gouvernement (ou ce qui en reste) qui n’a pas l’aval de la moitié de la population libanaise ? Et, n’a-t-elle pas proclamé une adhésion européenne totale au point de vue israélien quant aux « violations » syriennes de la résolution 1701 à propos des armes « envoyés » au Hezbollah...

Cependant, pas un mot sur les violations israéliennes de la souveraineté du Liban et des autres clauses de cette résolution onusienne concernant les fermes de Chebaa et les prisonniers libanais toujours détenus en Israël. Pas un mot, non plus, sur les armes qui arrivent de son pays aux milices de certains partis de la majorité ni des entraînements que ces milices font en territoire allemand.

Beyrouth, le 9 avril 2007




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