Total La Mède, Les salariés refusent la casse de l’usine.

samedi 18 avril 2015
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Après l’annonce de la « restructuration de l’activité raffinage à La Mède » par le directeur général de Total, la première réponse des salariés lors de leur assemblée générale de ce vendredi 17 avril fut une véritable répétition des luttes à venir. La CGT a annoncé qu’elle s’opposera à ce PSE [1]. Devant l’ampleur de la catastrophe annoncée, les salariés ont refusé de baisser les bras.

Cette assemblée générale, organisée par la CFDT, FO et CFE.CGC, où la CGT n’est qu’invitée (puisqu’elle est en grève), commence par un esclandre de la DRH qui s’oppose à la présence non seulement de la presse, mais à la présence de représentants des entreprises qui seront impactées par le plan de restructuration.

Seule la CGT affirme qu’elle n’a rien à cacher et propose que l’assemblée vote. La direction reprenant la parole demande que l’assemblée vote pour savoir si on doit voter la proposition de la CGT. (On se serait cru dans une AG étudiante de 1968 ...)

Les représentants des autres syndicats affirment qu’il s’agit d’une réunion privée et souhaitent une assemblée calme et constructive.

Finalement la réunion démarre en présence des salariés des entreprises sous-traitantes, confortés par la position de la CGT.

Suite à la présentation du plan de la direction à tour de rôle par la CGC, la CFDT et FO, le premier à prendre la parole est Fabien Cros [2], le représentant de la CGT. « Pour justifier sa restructuration, Total annonce 150 millions de pertes annuelle pour notre raffinerie. D’abord il n’en apporte pas la preuve budgétaire et surtout nous savons que la branche monde du raffinage fait 1 milliard 400 000 € de bénéfices. Nous savons aussi qu’ils veulent construire de méga raffineries au Moyen-Orient et ailleurs et que pour verser du cash à leurs actionnaires, ils ont déjà vendu 3 ou 4 de leurs filiales. Ils estiment donc que maintenant c’est à notre tour... »

Fabien insistera ensuite sur le refus de la CGT d’accepter la liquidation de 180 postes. Insistant sur le fait que cette restructuration aurait des effets induits chez les 220 sociétés qui travaillent régulièrement sur la plate forme, entrainant la disparition de milliers d’emplois et de près de 50 postes sur le port de Fos.
C’est toute la région de Martigues et de Châteauneuf qui en subirait de plein fouet les conséquences : disparition de l’hôpital, exode des commerces de proximité, fermetures d’écoles, paupérisation des communes...

Il finit son intervention en émettant de sérieux doutes sur les propositions de restructuration industrielle du site. En effet la filière « biocarburant » et l’installation d’une ferme photovoltaïque proposée par Total ne semblent que bavardages et rideau de fumée d’autant que les "solutions" de reconversion proposées ressemblent étrangement à celle annoncées à l’époque à la raffinerie des Flandres et où les salariés attendent toujours les emplois promis suite à la fermeture. Comme le dit Fabien, la faiblesse des propositions de la direction laissent craindre, si ce plan n’est pas remis en cause, qu’il soit en fait le début d’une liquidation de tout le site


Crédits : La DRH de Total La Mède ayant imposé la sortie des journalistes et des photographes, Getty image est dans l’impossibilité d’octroyer une licence pour ce cliché de BERTRAND LANGLOIS / Employé, pris sans autorisation.

Ensuite, les représentants des trois autres syndicats prendront la parole, parlant de la détresse et l’inquiétude des salariés devant un plan qui leur semble quasi impossible à remettre en cause.

La salle est dubitative, elle s’interroge : accepter le diktat inhumain des patrons, comprendre l’évolution et les arcanes technologique proposée par la direction et en apprécier la pertinence, assurer son avenir et celui de sa famille ? Figée dans son inquiétude devant l’ampleur de la catastrophe annoncée, elle hésite, elle doute ...

Pourtant, une jeune femme finit par prendre la parole pour demander ce qui parait une évidence : « Pourquoi, devant la perte des emplois qui s’annonce n’y a t-il pas d’unité syndicale ? Nous sommes tous concernés et à côté de chacun d’entre nous il y a un futur chômeur. » Emportée par l’émotion elle finira par dire dans un sanglot « pourquoi ne pouvons nous pas être solidaire entre nous ? Nous sommes tous dans le même camp. Non ? Pourquoi accepter sans se révolter la décision de la direction ? »

Cette fois, la salle applaudit à tout rompre.

Rien n’est joué.

Dès sa naissance l’entreprise Total appartient au peuple de France. Depuis la CFP [3], en passant par ELF, l’État, c’est à dire nos impôts, ont toujours porté à bout de bras cette entreprise. Elle nous appartient.

Pour qu’elle raison laisserions nous des actionnaires apatrides, disposer librement de ce qui nous appartient ?

Pourquoi, les salariés de Total La Mède devraient-ils accepter sans broncher les décisions d’actionnaires qui vont objectivement contre l’intérêt des hommes et des femmes de notre région et de celles et ceux des pays producteurs ?

Le Conseil National de la Résistance, en son temps, avait déjà considéré que le secteur de la production d’énergie devait être de l’ordre du bien public. Plus que jamais la (re)nationalisation de l’entreprise Total est une réponse sociale, économique et politique à la volonté d’actionnaires privés qui, pour leur seul profit, veulent construire des méga raffineries polluantes dans les pays du tiers monde avec des travailleurs sous-payés.
Une nationalisation permettant aux travailleurs d’intervenir dans les choix de gestion (et non une étatisation avec des choix de rentabilité capitaliste) aurait le mérite de porter cette question au niveau du dialogue d’états à états. Il interviendra alors aux travailleurs des pays concernés de porter ensemble la question des coopérations mutuellement avantageuses en opposition à la la mise en concurrence comme veut le faire TOTAL en délocalisant là où la protection sociale et le niveau de salaire est bien plus bas qu’en France. Ces questions sont d’ailleurs au coeur du colloque international qu’organise en juin la fédération CGt de la chimie

COLLOQUE INTERNATIONAL des Travailleurs du Pétrole, de la Chimie et de la Pétrochimie

La Fédération de la chimie CGT (FNIC) organise les 24-25 et 26 juin prochain un colloque international des travailleurs du pétrole, de la chimie et la pétrochimie. Colloque où la FSM (Fédération Syndicale Mondiale) prendra une part active et où 300 représentants et de nombreuses délégations étrangères sont attendues.

- Thème n°1 : Les stratégies des Etats et des multinationales,
les guerres impérialistes, le prix du
pétrole, l’exploration-production d’hydrocarbures,
les hydrocarbures non-conventionnels
(notamment les gaz de schistes) et les énergies
alternatives dans le cadre du développement
énergétique et écologique
- Thème n°2 : Le pétrole, matière première de la
chaîne industrielle de la pétrochimie et de la
chimie.
- Thème n°3  : Les industries pétrolières, pétrochimiques
et chimiques structurant les territoires,
les risques industriels, la sous-traitance.
-  Thème n°4 : Les réponses syndicales, le bouclier
international anti-dumping social, les coopérations
internationales à développer.

De plus sur le plan technologique, d’autres solutions techniques sont possibles, comme la modernisation des installations et leur évolution afin de participer à la fameuse transition énergétique dont se gargarise notre gouvernement socialiste à longueur de journal télévisé.

Par leur grève et les prises de paroles déterminées lors de l’assemblée particulièrement fourni de ce vendredi 17 avril, les salarié-e-s du complexe de la Mède ont montré qu’ils ne sont pas prêts d’accepter le choix de l’intérêt des capitalistes plutôt que celui du monde du travail.

Ce n’est qu’un début.

Et rappelons nous que l’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été qu’une histoire de luttes de classes. [4]

JP + CH avec l’aide de Fabien Cros.

Pour en savoir plus : Le tract des Rouges Vifs 13 distribué dès lundi.


[1plan de sauvegarde de l’emploi, qui en fait est un oxymore – puisqu’il s’agit justement de suppressions d’emplois déguisées

[2secrétaire CGT du CE de TOTAL La Mède et membre du CCE (comité central d’entreprise)

[3Compagnie Française des Pétroles

[4Karl Marx



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