EADS : que faire ?

mardi 6 mars 2007
par  Charles Hoareau
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Ils se désolent tous pour les salariés !

Gouvernement, presse, MEDEF, tous, à quelques exceptions cyniques près [1], "regrettent" ce plan "douloureux" adopté - faut il le souligner au passage ? - à l’unanimité des actionnaires privés et... publics.

A gauche on fait remarquer à juste titre que les salariés paient les pots cassés d’une politique dont ils ne sont en rien responsables. A droite on a beau jeu de rétorquer que c’est le gouvernement Jospin qui a modifié les statuts de l’entreprise et permis la création d’EADS.

Reste au delà du débat sur les causes à se poser la question : et maintenant que faire ?

Pour les salariés évidemment il n’y a pas d’alternative : lutter et nous partageons le point de vue de Bernard Thibault quand il déclare : « La bataille syndicale ne peut pas se cantonner à rendre le scandale socialement supportable. Elle ne peut pas non plus se contenter d’opposer les salariés allemands, français, anglais et espagnols. »
Lutter pour sauver les emplois, pour contraindre les politiques à trouver des solutions et au besoin les aider à les trouver...

Un plan "social" pour quoi faire ?


Les prémisses de ce plan avaient été annoncés par La Tribune qui titrait en septembre dernier « Les comptes d’EADS virent au rouge, son action s’envole »

Et de rajouter :

« C’est à n’y rien comprendre. EADS a publié hier une perte nette de 195 millions d’euros au titre du troisième trimestre, contre un bénéfice de 279 millions un an auparavant, mais l’action du groupe européen d’aéronautique et de défense s’est envolée de 3,24 %, à 21,33 euros ! Et ce, alors que les analystes sondés par l’agence Bloomberg tablaient sur un bénéfice de 142 millions »

C’est au moins la preuve que l’annonce de déficits ne fait pas que des malheureux en particulier chez celles et ceux qui ne vivent pas de leur travail mais de leurs actions...

On voit mal un artisan forgeron ou menuisier se réjouir de l’annonce d’un déficit de son entreprise...mais EADS n’est pas l’artisan du coin...

Avec un chiffre d’affaires estimé pour 2007 « bien supérieur à 37 milliards d’euros » il faut dire qu’un déficit de 195 millions soit au maximum 0,5% du total ce n’est pas une catastrophe... et 10 000 suppressions d’emplois [2], quelques fermetures de sites, plus quelques réorganisations font que ce plan « générera 2,1 milliards d’euros de contribution annuelle » (résultat d’exploitation) à partir de 2010, et en outre 5 milliards d’euros de trésorerie cumulée de 2007 à 2010 ».

Les 195 millions à côté c’est de la peccadille et il n’y a donc pas de quoi effrayer les actionnaires la preuve...ils se se sont rués sur les actions au moment où le déficit était annoncé. Ils auront donc anticipé sur le plan et ses « bienfaits ».

Anticiper ? Comment les actionnaires ont ils pu le faire ? En voilà une autre de question...

Mais revenons aux raisons de ce plan nommé power 8 qui fait d’autant plus sérieux qu’il est annoncé en anglais et que Thierry Breton, l’a jugé « équilibré et équitable » (sic !)

Il doit selon la direction permettre « à Airbus de faire face au défi de la faiblesse du dollar, de supporter les coûts financiers relatifs aux retards de l’A380 et les futurs besoins de financement ».
Equitable ce plan alors que la CGT souligne « que le carnet de commandes est rempli pour plus de six années [et que le groupe] fait des bénéfices dans un domaine de haute technologie » ?

A l’appui de ce plan EADS envisage de faire appel à d’autres investisseurs ce qui fait craindre aux salariés qu’à terme leur activité soit délocalisée.

Plus ou moins d’Etat ?

Toujours en suivant la presse le débat opposerait à la gauche partisane « du plus d’Etat »,la droite partisane du moins d’Etat et partant en guerre contre « l’Etat providence »

A droite les plus clairs en la matière sont Laurence Parisot, présidente du Medef : "C’est un problème de stratégie industrielle et seule l’entreprise, sous l’égide de son président Louis Gallois, est en mesure de définir la bonne stratégie pour Airbus. Il n’appartient pas aux politiques de se mêler de stratégie. En revanche, il appartient aux politiques et notamment au prochain gouvernement qui sortira des élections de donner à la France les moyens de sa compétitivité qu’elle est en train de perdre."

et Nicolas Sarkozy qui affirme : "Le problème d’EADS, ce n’est pas d’abord un problème franco-allemand, c’est un problème d’actionnariat. Je ne considère pas, même si je reconnais l’importance de l’actionnariat de l’Etat français comme de l’actionnariat de l’Etat allemand, que les Etats soient les actionnaires industriels les plus avisés. [3] J’ai l’impression, de l’extérieur, que tout ceci souffre d’un manque de leadership d’un opérateur industriel qui serait actionnaire de l’ensemble. Il y aura des décisions à prendre de ce point de vue là, pour donner à cette entreprise les moyens de son développement"

Autrement dit place au privé ! A lui de faire les bénéfices et de prendre les décisions. L’industrie cela ne relève pas du rôle de l’Etat.

Mais au fond qu’est ce que c’est cet Etat Providence dont on nous rebat les oreilles ? Existe-t-il une puissance étrangère à chacun de nous, une sorte de Dieu à qui nous demanderions assistance à chaque coup dur au lieu de nous comporter comme des adultes assumant le risque du chômage inhérent à toute société ?

Qu’est ce que c’est que l’Etat si ce n’est que l’appareil, l’outil d’une nation, financé par elle, donc par chacun de nous, par nos contributions et dont nous devrions avoir la maitrise ? Il n’y a pas d’Etat providence mais des peuples qui décident ou non de se donner des moyens de maitriser la possesion et la production de leurs richesses.

Fustiger un pseudo Etat providence qui n’existe pas comme le fait à chaque occasion la droite c’est tout simplement revendiquer le droit à la loi de la jungle, à l’exploitation sans contraintes (entendez par là sans droits des salariés et sans droit de regard des populations) pour les propriétaires des entreprises.

A qui appartient EADS ?

Parce qu’à partir de là une question se pose : à qui appartient EADS ? Si on considère que l’entreprise appartient aux actionnaires, qu’ils ont un pouvoir monarchique issu de leurs possession en bourse il peut y avoir tous les plans power 8, 9 ou 10 qu’ils veulent c’est à eux de décider, ceux que l’on nomme les capitaines d’industrie.

On peut toutefois dans un souci d’humanité essayer de réguler cette possession au travers de lois qui essaieront de résister à la seule loi du profit mais cela sans jamais remettre en question la notion de la propriété. Dans ce schéma l’Etat selon qu’il est dirigé par des forces plus ou moins sensibles à la condition humaine sera au mieux la voiture balai des ravages du capitalisme. On parlera reconversion, aide aux salariés en difficulté voire, dernière trouvaille à la mode, cellule d’aide psychologique !

Si on considère qu’EADS appartient à la nation, c’est à dire aux salariés et à la population il en va tout autrement.

Celle-ci à travers son outil qui est l’Etat décide alors des orientations de l’entreprise. Dans ce cas là il n’y a guère de chances que les salariés prennent des décisions contraires à leurs intérêts.

C’est la réponse à cette question qui détermine la nature de la réponse à apporter au plan de licenciements de l’entreprise.

Si l’entreprise appartient aux actionnaires écoutons Sarkozy et Parisot ! Sinon il faut faire autrement car les solutions existent, non seulement pour éviter les licenciements mais pour créer des emplois.

Au passage observons que les 2 milliards annuels attendus de la réorganisation présentée comme indispensable sont, dans ce cas là, à rapprocher des 12 milliards de profits annoncés par TOTAL. Profits reversés à des actionnaires pour leurs gains personnels et non à la nation pour le bien de celle-ci. La seule nationalisation de ces deux entreprises résoudrait donc le problème.

Et c’est là qu’on attend la gauche.
Que propose-t-elle de crédible ?

Une gauche crédible ?

A y regarder de plus près à gauche les positions ne sont pas identiques.

Le PS

Ainsi le PS, par la voix de tous ses dirigeants réclame une recapitalisation de l’entreprise par l’Etat. Ce qui ne veut pas dire nationalisation mais apport d’argent frais par le contribuable sans que les garanties suivent. Ce ne serait pas la première fois que notre argent est utilisé contre nous...

En plus venant d’un parti qui outre EADS a plus privatisé que la droite cela ne manque pas d’air ! Si on y ajoute que les mêmes qui ont dit oui à toutes les étapes de construction de l’UE se plaigenent maintenant de la parité euro/dollar et du rôle de la banque européenne cela serait cocasse s’il ne s’agissait de milliers d’emplois.

Comment Ségolène Royal peut elle être crédible quand elle dit que si elle est élue elle empêchera les licenciements, elle qui appartenait au gouvernement Jospin, celui-là même qui avait déclaré au soir de l’annonce des 7000 licenciements chez Michelin : "Je ne peux rien faire"...et qui n’avait effectivement rien fait...

La Gauche du NON

Avant d’aborder l’expression de deux organisations, la réaction de José Bové : il a estimé qu’il ne devait pas y avoir "de discussion tant qu’il n’y a pas de gel du plan social de l’entreprise". "On assiste aujourd’hui à ce que nous avons toujours dénoncé : amener dans le champ de la Bourse et des actionnaires un pan de l’industrie française. Cette situation n’est pas de la faute des salariés, c’est pourquoi nous demandons que les salariés des entreprises aient un droit dans ce type de restructuration industrielle." Là aussi la question du statut et de la propriété de l’entreprise n’est pas posée. Si la question de l’extension des droits des salariés est un préalable cela ne peut suffire.

Le PCF

Il dénonce [4] « l’irresponsabilité sociale des donneurs d’ordre industriels, l’obsession de rentabilité financière des banques, le refus des pouvoirs publics de suspendre les décisions de restructuration pour(...) protéger les salariés »

Il pose aussi « la question de l’utilisation de l’argent des profits, du crédit et des fonds publics (535 milliards d’euros en 2002) par les entreprises » et propose par la voix de Marie Georges Buffet la création d’un groupe public européen.

Le PCF pose aussi la question des luttes et face aux risques de délocalisation propose de « sécuriser et promouvoir les emplois avec une formation tout au long de la vie de chacun-e. »

Dans l’immédiat il appelle à « exiger des préfets des moratoires suspensifs, le remboursement par l’employeur de toutes les aides publiques, la création de Fonds régionaux pour l’emploi et la formation [5].et celle d’un Fonds européen de développement impliquant une profonde réorientation de la BCE et une tout autre utilisation de l’euro. »

La LCR

Celle-ci, par la voix d’Olivier Besancenot, après avoir souligné « une productivité en hausse », déclare : « L’Etat doit prendre ses responsabilités » appelant à « renationaliser l’entreprise sous le contrôle des salariés, sans indemnisation pour les gros actionnaires, et relancer la coopération entre plusieurs pays dans la perspective d’un service public européen de la construction aéronautique ».

Hors de l’UE point de salut...

C’est donc au niveau européen que ces deux dernières organisations, les seules à poser, même en termes différents, la perspective de la réppropriation de l’entreprise, voient la solution. Si l’idée d’un service public européen peut séduire quand on voit les positions des gouvernements des pays concernés elle semble peu réaliste pour l’instant et donc difficilement mobilisatrice.

De même il est difficle de croire qu’il est possible d’inverser les choix d’une BCE - qui, faut-il le rappeler ? est indépendante du pouvoir politique - et ce d’autant plus qu’en France le politique fait depuis des années la démonstration de sa démission face à l’économique. Nous avons aussi plus que des doutes que nous avons déjà exprimés sur Rouge Midi sur cette question de la sécurité emploi formation qui rejoint celle de la sécurité sociale professionnelle.

En attendant que pouvons nous faire ici ?

Si nous voulons être crédibles nous devons poser avec force cette question de la bataille de la propriété. Non pas sur une base souverainiste à la Dupont Aignan (la France d’abord les autres ensuite) mais sur la base de la reconquête d’un outil industriel national que la gauche au pouvoir a cassé au nom d’une construction européenne toute entière dévouée aux intérêts des multinationales.

Poser la question de la nationalisation c’est poser, là comme ailleurs, la question de la souveraineté populaire sur un outil national qui pourra oeuvrer à un internationalisme de coopérations et de développement partagés.

Au delà des déclarations il nous faut passer à l’action. Ce 6 mars est une première étape à l’initiative des syndicats du groupe. Mais la question de la casse industrielle ne se pose pas que pour Airbus. Dans la chimie, l’agroalimentaire, le textile, les télécommunications... les mêmes questions reviennent avec force mettant parfois en danger l’avenir de départements entiers. C’est à un véritable séisme industriel que nous assistons [6].

Face à celui-ci ne devrait on pas trvailler à une action nationale rassemblant les salariés et populations concernés ? La gauche du NON pourrait en prendre l’initiative et imposer ainsi le social dans la campagne.

Elle démontrerait qu’elle est utile quand elle ne se déchire pas sur la question des candidatures et qu’elle consacre ses forces au combat pour une autre société. Pour notre modeste part nous allons nous attacher à faire grandir cette idée.


[1Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères : « Je vois avec plaisir que la décision d’assembler l’Airbus A350 a été prise pour Toulouse, »,

[2sans compter les 75000 emplois induits par cette industrie : une paille !

[3Depuis, sans doute rendu inquiet par l’effet produit par cette déclaration, il vient de dire exactement le contraire en se prononçant lui aussi pour une recapitalisation par l’Etat.

[4Sur son site www.pcf.fr

[5FO - syndicat majoritaire - a aussi délaré qu’elle allait »se tourner vers les régions françaises concernées pour voir si elles ne peuvent pas combler les carences de l’Etat« 

[6En 70 la producrion industrielle représentait 25% du PIB national alors qu’elle ne représente plus aujourd’hui que 7%



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