La Mésange de Belleville

mardi 27 mars 2007
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« Parce qu’à prononcer leurs noms sont difficiles », chantait l’Aragon de "L’Affiche Rouge" ...Ils s’appelaient Epstein, Manouchian ou...Henri Krasucki, dit "La Mésange" (une houppe de cheveux noirs coiffant à l’époque son jeune visage émacié d’adolescent juif au nez en forme de bec d’oiseau, venu de Pologne, résistant des premières heures, et traqué des semaines entières dans ce quartier de Belleville, Rampal et Ramponneau, les "indics" du Sarkozy de l’époque lui avaient atribué ce doux surnom d’oiseau...)

"La Rouquine", une jeune juive du quartier, dont les parents avaient été arrêtés, craqua sous la pression. Pour les sauver de la mort, et surtout, de la torture, elle "donna" "La Mésange".

Ayant enfin pu mettre un patronyme sur le profil de ce tout-jeune "chef de bande" (les Juifs venus de l’est étaient les "beurs" de l’époque...), la police de l’"Etat Français" (guillemets) du vieux Pétain, l’Etat du "déclin de la France" de la "rupture" et de la "repentance"finit par repérer sa planque, ils y découvrirent un flingue dans sa cachette, et embarquèrent "La Mésange". Il fut alors livré aux interrogateurs de la Gestapo.

Au gamin de 15 ans qui cachait sous le lit de sa chambre clandestine un énorme revolver, on amena sa mère, elle-même juive polonaise, communiste du Komintern, française de cœur, et membre du même réseau de Résistance bleu-blanc-rouge de ce même quartier de Belleville-Rampal-Ramponneau...Ils le menacèrent de la torturer sur le champ, devant lui.

Elle hurla (en yiddisch) à son jeune fils de la boucler ! Faute de quoi elle le renierait, et le maudirait jusqu’à la fin de ses jours... Une menace bien inutile. Il n’avait pas l’intention de parler, même dans cette situation atroce, il ne parla pas, et protégés tous deux de l’exécution immédiate par une menace de Staline d’exécuter aussitôt, en riposte, des fils de dignitaires nazis détenus en otages, ils ne furent que.. déportés, l’un et l’autre, à Buchenwald.

Plus tard, Henri Krasucki, libéré du camp de concentration, intégré avec le grade de lieutenant aux Francs Tireurs et Partisans de France (FTPF) de Charles Tillon (devenu ministre du général de Gaulle, et maire (PCF) d’Aubervilliers), fut désigné comme chef du service d’ordre du Parti Communiste des années houleuses du début de la guerre froide.

Trente ans après (...) il avait fait entre temps un crochet du côté de la Vistule, pour aller récupérer sa vieille Maman, à nouveau menacée : des bouffées d’antisémitisme, maquillé en "antisionisme" rendaient malsain, même pour cette héroïne, l’air de sa terre natale.

Elle mourut donc en France, sa patrie d’adoption, acquise au prix du sang, avant lui ; et nous ne fûmes, un peu plus tard, hélas, guère plus qu’un bon millier à nous rassembler, au cimetière du Père Lachaise - à distance de tir de Belleville - pour les obsèques de "La Mésange".

Sans drapeau à étoile de David bleue sur fond blanc - communiste universaliste autant que patriote français, "Krasu" avait su résister, jusqu’à la fin de sa vie, et même sous Robert Hue, aux sirènes de la régression "ethniciste" du sionisme -, sans rabbins ni prêtres d’aucune église, sous une forêt de drapeaux rouges, et au seul son d’airs de grande musique classique.

"La Mésange" avait vécu les dernières heures de l’épopée que fut sa vie dans la sérénité, toujours dans son quartier, à écouter des disques de Tchaïkovski ou des mélodies de Chopin- parfums de Pologne, parfums d’enfance...
Le service d’ordre de la CGT du Livre faisait une garde d’honneur, devant sa tombe.

Aujourd’hui, Belleville a de nouveau sa "Mésange".

"Difficile" à prononcer ou pas, son nom est Boukobza, Valérie : directrice de l’école maternelle de la rue Rampal, à la tête d’un soulèvement de résistance aux rafles à la porte des écoles, arrêtée, placée en garde à vue, puis finalement libérée au bout de plusieurs heures de tension, sous la pression d’une centaine de manifestants de toute origine et de toute couleur, enseignants et parents d’élève de ce quartier populaire, bigarré, soutenus par les derniers descendants de l’ancienne population juive ashkénaze de Belleville, et même par les sépharades venus plus récemment d’Afrique du nord, souvent moins unitaires...

Et Sarkozy, sous la pression, recule, de déclaration en déclaration, et d’heure en heure dans sa version des faits. Comme dans l’affaire des deux petits électrocutés de Clichy.

"Non, déclare, dans son communiqué officiel,le procureur Jean-Claude Marin - un gaulliste de conviction, doublé d’un magistrat indépendant et rigoureux...- "il n’est pas vrai" que la descente en force des gorilles à matraque, avec chiens policiers muselés ou démuselés, dans le petit café pépère, proche de l’école, où fut embarqué le vieux grand-père chinois "en situation irrégulière" venu chercher ses deux petits-enfants à la sortie de l’école, ait eu lieu "sur réquisition du parquet", et donc de la justice...

Il s’agit bien, souligne ainsi le haut magistrat, d’une initiative des policiers aux ordres du ministre de l’intérieur, communiquée, certes, pour la forme et pour simple "autorisation", au parquet.

"Idem", révèle l’excellent Michel Deléan, dans le Journal du Dimanche, pour la décision de piéger la directrice de la maternelle, en la convoquant au commissariat pour "témoignage", avant de la mettre sous clé, en garde-à vue. "Décision judiciaire", "prise par un procureur de la république indépendant", jurait, main sur le cœur et les yeux dans les yeux, l’impérial vendeur d’aspirateurs au porte-à-porte, candidat de la droite ultra à la Présidence de la République Française.

"C’est un OPJ" (un officier de police judiciaire, un flic, agissant sous le contrôle et sous les ordres de la hiérarchie policière, et de personne d’autre), "qui a pris la décision, et en a avisé le parquet ", rétorque sèchement le procureur Marin.

"Il n’y a pas de quoi en faire une polémique", dit aujourd’hui, marri, de la Martinique, où il est allé prendre le soleil, loin de la dalle d’Argenteuil, comme de Belleville, et de ses promesses de retour...le menteur professionnel enferré dans ses propres turpitudes, et ses propres mensonges. Ses rafles électorales lui claquent au bec comme un retour de boomerang...

Pas de polémiques inutiles, en effet...

En se couchant devant les voitures de police pour empêcher le grand-père chinois raflé de disparaître vers une geôle, puis vers l’exil, les profs, refusant, selon le juste mot de la candidate de l’ "ordre juste", de se comporter en "auxiliaires de police", les parents d’élèves, et les "jeunes à capuche", "céfrans" noirs, ou maghrebins, lointains héritiers des "bandes de jeunes" de l’époque de la (première) "Mésange", et de l’ancienne et glorieuse Résistance, ont démontré la force, la solidarité et l’unité, d’un quartier de Paris uni contre la "racaille" policière, refusant le "kärcher" des rafles racistes d’aujourd’hui, comme de celles d’hier contre les combattants de l’ombre, et fier de sa directrice d’école au nom à consonance juive, qui n’a fait que son devoir de femme, de mère, d’enseignante républicaine, de responsable, et peut-être aussi qui sait ?, de croyante, en allant, non, comme disent, encore,les menteurs assermentés du Ministre de la Flicaille, "tambouriner sur les vitres d’une voiture de police", mais en se présentant, sans peur, face aux "tonfas" coudés noirs, et aux matraques, fendant le nuage de gaz, en tant que directrice citoyenne, pour défendre ses petits élèves, leurs parents réfugiés de tous les continents, le grand-père chinois, et l’honneur de tout un peuple multicolore uni contre la Honte.

Article de Jean-Paul CRUSE paru dans « Le Monde Réel » transmis par Jacques Jurquet



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