La nasse

mercredi 13 juin 2007
par  Charles Hoareau
popularité : 2%

Quand le président Chirac et le gouvernement Jospin en 2000 ont proposé la mise en place du quinquennat pour les élections présidentielles, Rouge Vif a été l’une des rares forces politiques en France à appeler à voter NON, « franchement NON » à cette proposition.

Il y a même eu à gauche, outre ceux qui la proposaient et l’assumaient, ceux qui ont cru judicieux d’inventer ce concept bizarre « d’abstention active ».

Nous avions dénoncé à l’époque la présidentialisation accrue du système que cette réforme ne manquerait pas de produire. Nous avions rappelé notre opposition résolue à la constitution de 58, monarchie élective, dépossédant année après année, le peuple de sa souveraineté.

Quelques années et deux présidentielles plus tard, force est de constater que nous ne nous étions pas trompés...et le piège institutionnel s’est refermé sur le peuple de France.

Celles et ceux qui se sont réjouis un peu vite du record de participation à une élection présidentielle - signe infaillible selon eux que les français auraient retrouvé le goût de la politique et le chemin des urnes - que vont-ils dire après ce record d’abstention pour une législative ?

Les français seraient ils devenus l’espace d’un mois inciviques ?

Non bien sûr. La vérité c’est que faute d’une force crédible porteuse d’un projet alternatif à celui des gouvernements successifs qui ont adopté le même système économique à savoir le capitalisme - avec des nuances certes, mais c’est le même - faute d’issue, les français ont fini par faire de cette élection ce que l’on voulait qu’ils en fassent en haut lieu : une question de personne.

Ils ont donc voté pour l’individu qu’il considérait comme leur sauveur suprême de l’instant et qui de sucroit était le seul à leur parler emploi (pas de délocalisations) et pouvoir d’achat (travaillez plus et vous vous enrichirez). On commence à peine à voir ce qu’il y a derrière ces promesses : des cadeaux pour le grand patronat, des taxes, des surcroîts d’impôts pour les salariés.

En face rien... ou si peu, le programme, la force organisée, l’éthique collective, la philosophie, ce ne sont que des questions secondaires...Alors à quoi bon voter quand le sauveur est en place et voter en plus pour des gens qui se sont globalement disqualifiés à maintes reprises tant ils sont loin du peuple et sourds à ses attentes ? A ce rythme autant supprimer le parlement...

Plus qu’un élan démocratique qu’aurait signifié une adhésion massive à un choix de société, la présidentielle a été un vote de peur et d’autodéfense, la sécurité bien sûr mais aussi l’idée d’une compétition généralisée dans laquelle il fallait un homme fort. Dans ces conditions les législatives ne pouvaient pas être un vote de construction ou d’opposition à un programme de rupture (sic !) dont on remarquera au passage que toute la presse en parle non pas comme le programme de l’UMP mais comme celui du chef, Nicolas Ier .

Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes. Le vainqueur de ce que l’on nous présente comme un tsunami, recueille les voix de 27% des inscrits et aura probablement, grâce à ce mode de scrutin particulièrement injuste, une chambre introuvable d’une très large majorité de godillots présidentiels. Plus que lors de la vague rose de 1981, puisque c’est désormais le Sénat, le Conseil Constitutionnel, l’Assemblée Nationale et bien sur la quasi-totalité des médias qui sont contrôlés par les représentants du patronat.

Le divorce constaté, lors du référendum du 29 mai, entre le peuple et son assemblée nationale, sera encore accentué.

La proportionnelle dont nous sommes des partisans résolus pourrait atténuer le phénomène. Elle ne suffirait pas à combler le vide laissé par le manque d’expression et de projet révolutionnaire.

Il y a plus d’un an nous écrivions : « Dans un pays où la représentation politique est délégitimée il n’y a rien de plus urgent, si l’on veut éviter les catastrophes politiques possibles, à reconstruire une force révolutionnaire qui ait l’adhésion du peuple. Un parti, une union, un front peu importe la forme, mais une force qui agisse, soit visible et pèse... »

C’est encore plus vrai et plus urgent aujourd’hui parce que le fond est que Sarkozy a gagné par défaut, et qu’il accélère des mesures qui vont être très rapidement impopulaires. Il va falloir :

Rassembler les communistes,
Faire un front avec celles et ceux qui ne veulent plus du capitalisme sans nommer forcément ce par quoi il faut le remplacer,
S’unir avec les progressistes.

Incroyable ! Alors que nous sommes dans un pays riche, donc forcément cultivés, intelligents et en plus on est blancs (enfin presque tous)...

...on a du mal à y arriver.

Au Venezuela ils sont pauvres donc forcément ignares et en plus même leur président est un indigène !

...Et ils y arrivent !

A lire ce qu’écrit le PC Vénézuélien sur les questions du rassemblement qui là bas est en train de se construire, la profondeur des questions posées, leur volonté d’inventer le socialisme du 21e en prenant appui sur une analyse historique poussée, on se demande qui c’est les civilisés ....n’en déplaise à Benoît XVI !!!



Commentaires

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jeudi 14 juin 2007 à 22h05 - par  Jean CALVARY
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mercredi 13 juin 2007 à 21h45 - par  Pascal

Excellent, merci !