La France entre déclin et modèle social (VII)

DE LA VALEUR TRAVAIL (Sarko le dur) A L’ORDRE JUSTE (Ségo la douce)
jeudi 14 juin 2007
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1] La valeur travail : Quand l’expression est utilisée, celui qui travaille doit se sentir renforcé comme si sont travail était vraiment pris en compte et valorisé. Pourtant dans la réalité, c’est le contraire qui se passe. Derrière la valorisation de la « valeur travail », se cache la dévalorisation salariale.

Le graphique visualise bien qu’à partir de 1983, la part des salaires dans la valeur ajoutée n’a cessé de diminuer (- 8 points). Le graphique en regard montre l’évolution du taux de syndicalisation montrant bien que la baisse syndicale a plus que favorisé la baisse de la valeur du travail. Le graphique suivant montre l’évolution de la part des salaires dans la valeur ajoutée en distinguant les secteurs marchands (privés) et non marchands (publics). On observe que tout en allant dans le sens d’une perte de valorisation (où est la valeur travail ?), le secteur public dévalorise moins rapidement les salaires que le secteur privé, révélant ainsi les vrais objectifs des privatisations : baisser encore plus la valeur du travail.

2] L’ordre juste ? A priori pourquoi pas... Qui peut être contre le désordre ? Ou un ordre injuste ? La question n’est pas dans l’expression en tant que tel, mais bien dans la traduction historique que ce concept « d’ordre juste » a donné. Hors « l’ordre juste » a toujours été l’ordre des possédants (des propriétaires) contre les « esclaves » de Rome qui ont massacré dans le sang la révolte des esclaves menée par Spartacus. C’est aussi au nom de « l’ordre juste » et contre les désordres des éventuelles manifestations ouvrières que les patrons appellent l’armée, il y aura fusillade et 8 Morts. [1]
« L’ordre juste », c’est celui, qui après l’assassinat de Jaurès, envoya des millions d’ouvriers et de paysans mourir pour Krups ou autre Wendel. « L’ordre juste », c’est aussi celui des colonies de l’Algérie au Vietnam. « L’ordre juste » a toujours été « l’ordre du profit et du capital ». Peut-on s’étonner alors de cette déclaration : « la candidate socialiste veut sortir de « l’idéologie punitive du profit » » [2]. L’ordre juste est donc bien celui du profit.

Autre chose aurait été de donner comme sens politique le besoin d’une nouvelle « justice sociale ». Le concept de « justice sociale » s’oppose à celui de profit, le concept « d’ordre juste », au contraire optimise le profit.

A la place de la « valeur travail » les progressistes parlent de : « la valeur du travail », car il s’agit là d’insister sur le fait que le travail a une valeur qu’il s’agit de reconnaître à la fois sur un plan social, culturel et monétaire (salaire). Quand le capital dans son rapport d’aliénation ne lui reconnaît qu’une valeur monétaire marginale (productivité relative).

2] la place du profit ? S’il faut réhabiliter le profit, c’est que celui-ci se porte mal. Déjà dans les années 70 il fallait développer le théorème suivant : « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après demain ». Observons donc la réalité de ce qui s’est passé en Europe, depuis les années 60. Le taux de marge (rouge) augmente, ce qui selon la théorie du théorème appliqué aurait du entraîner une augmentation de l’investissement, or celui-ci (en bleu) baisse. Le reste est facile à deviner, comme les investissements qui sont la condition du développement de l’emploi, ne progressent pas, le chômage augmente, et il augmente au même rythme que la part du profit non investi. Dit autrement, c’est la distribution des dividendes aux actionnaires qui fait augmenter le chômage. En d’autres termes encore plus clairs, le chômage de masse est la conséquence des licenciements boursiers.

3] Les profits explosent : Comme le montre ces graphiques, le profit n’a besoin de personne pour être réhabilité. Plus, « la France compte plus de groupes mondialisés, que les Etats-Unis ». Notre « modèle social » n’a semble t-il pas trop gêné.

Enfin, entre 2000 et 2006 le profit par salarié a augmenté en France de 60 %. Qui dit mieux ?

2] Qui prend des risques ? Dans l’imagerie et l’idéologie libérale, ces profits supérieurs aux salaires, se justifient, par le fait qu’en définitive, ce sont les entreprises qui prennent des risques, les salariés percevant en permanence leurs salaires sans avoir à prendre des risques. On voit tout d’abord qu’en Europe, qui pour certains est présenté comme modèle social, sur la période 2002-2005, l’augmentation des dividendes versés aux actionnaires a augmenté de 7,8 milliards tandis que pour les salariés de ces mêmes entreprises la part consacré aux salaires a baissé de 2 milliards d’euros. Mais il y plus que les chiffres bruts, il y a l’interprétation de ces évolutions qui se formalise par le titre : « Les fruits de la croissance tombent dans le panier des actionnaires ». Précisons, ce graphique est paru dans l’Expansion.

Pour le lecteur fâché avec les chiffres, lisons : « « Les chocs économiques affectent de moins en moins la profitabilité des entreprises et de plus en plus les salaires », écrit son auteur, Patrick Artus. Depuis quinze ans en France, les profits semblent en effet tomber dans la poche des actionnaires avec une régularité métronomique. Le taux de bénéfice évolue dans une fourchette située entre +6,4% (en 1990) et + 8,8% (en 1998). Les comptes traversent finalement sans trop de mal la récession de 1993, les fluctuations des taux d’intérêt au milieu des années 90, la chute du dollar et, dernièrement, l’envolée du prix des matières premières.

Ces caprices de la conjoncture affectent en revanche la masse salariale, soumise à des écarts de croissance plus nets (de -1% en 1993 à +4,8% en 1999). « Au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en France, la profitabilité des entreprises n’est plus affectée par les chocs défavorables. Les aléas d’activité ont été transférés aux salariés », conclut l’auteur. [3]


[1Fusillade de Fourmies.

[2Les Echos, 29 Mars 2007

[3Cité par L’Expansion N° 711 / Septembre 2006



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