Une mission dans les vallées de l’Intag (III)

samedi 5 juillet 2008
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Dès qu’il trouve un accès Internet Denis nous envoie des nouvelles...Nous vous avons déjà parlé dans le premier article de la lutte de la population contre les compagnies minières. Voici quelques éléments supplémentaires en grande partie tirés d’un premier compte rendu de mission présenté le 16 juin à ESF Grenoble.

Rappel historique

La région de l’Intag, réservoir de biodiversité unique au monde est également riche en cuivre. Depuis le milieu des années 1990, pour préserver leur terre et pouvoir décider eux-mêmes de leur avenir, les habitants d’Intag font front. L’exploration minière est dans un premier temps conduite par une filiale de Mitsubishi (Bishi Metals). En 1997, la résistance de la population pousse les Japonais à abandonner leur projet, mais dès 2004 l’entreprise canadienne Ascendant Copper Corporation rachète les concessions.

Les politiques de dérégulation des années 1990 et notamment le projet de « développement minier et de contrôle environnemental », financé par un prêt de la Banque mondiale et des donations étrangères, facilitent l’installation des multinationales. La nouvelle Loi Minière met en place des conditions pour « attirer les investissements privés » et transforme les ressources naturelles en objets de spéculation.
L’étude d’impact socio-environnemental conduite par l’Agence Japonaise pour la Coopération Internationale (JICA) dévoile aux habitants d’Intag les conséquences du projet minier : des dommages irréparables pour l’environnement (pollution des eaux et des sols, déforestation, disparition d’espèces...) et le déplacement d’entre 100 et 200 familles de 4 communautés pour faire de la place à la future mine.

Les communautés agricoles de la vallée s’organisent pour résister au projet minier. En 1997, le démantèlement par les paysans du campement d’exploration de Bishi Metals aboutira au départ des Japonais.

Depuis l’achat des concessions par Ascendant (2004), la bataille est rude. L’entreprise canadienne, par le biais de ses nombreux sous-traitants, promet le « développement » mais multiplie menaces et agressions, et ne ménage pas les moyens pour casser l’opposition de la population à son projet.

En décembre 2006, une incursion de paramilitaires employés par l’entreprise tourne mal pour cette dernière : pris en otage par les militants anti-mine, les paramilitaires sont interrogés et retenus en otage. La condition de leur libération et les preuves collectées permettent aux habitants d’Intag d’obtenir du gouvernement d’Alfredo Palacio la suspension des activités de l’entreprise. La compagnie ne s’étant pas pour autant retirée de la zone, suite à de nouveaux incidents, le gouvernement socialiste de Rafael Correa réitère sa suspension en octobre 2007 et envoie des policiers pour protéger les villageois.

Malgré cette deuxième victoire, le risque de l’arrivée dans la zone d’une nouvelle entreprise est toujours présent. Tout au moins tant que la Loi Minière n’est pas modifiée et que le droit des peuples locaux de décider du type de développement qu’ils souhaitent pour leurs régions ne leur est pas garanti par le pouvoir central.

Alternatives

Peu après le départ des Japonais, le canton de Cotacachi se proclame en 2000 « Canton écologique ». Le règlement du gouvernement local officialise ainsi le choix d’un modèle de développement socialement plus juste et respectueux de l’environnement que les communautés d’Intag mettent en pratique depuis le début de la résistance. De nombreuses alternatives à la mine voient alors le jour : écotourisme solidaire, production de café biologique et commerce équitable de produits locaux, constitution de réserves forestières communautaires, protection de bassins versants, etc. D’autres projets naissent de cette dynamique, comme un journal écrit par et pour les habitants d’Intag, une bibliothèque, une radio avec aujourd’hui un projet de centre d’information qui permettrait aux jeunes de la vallée d’étudier à distance.

C’est dans ce cadre là que se situe le projet de développement local par la production d’énergie hydroélectrique proposé par HydroIntag, et porté par Energies sans frontières Grenoble. A l’origine de ce projet il y a en Juillet 2007, une visite de la CCAS en Équateur, aux "sources du commerce équitable". Au cours des visites de la région d’Intag, les membres de la mission sont interpellés au sujet des projets de grands barrages dont les concessions menacent d’être octroyées à des entreprises privées : le projet de développement local est initié.

L’Intag, par la démarche associative a déjà limité la déforestation pour conserver ses ressources en eau en engageant les paysans et les exploitants agricoles dans un processus durable, par la mise en place de cultures diversifiées et pour un commerce équitable.

L’Intag souhaite, par le développement de la production de l’électricité sur ses nombreux cours d’eau, apporter un revenu par la vente de l’électricité. Ce revenu permettra en particulier l’amélioration de l’éducation, des services de soins aux personnes et une prise en charge des frais de santé.
Les chantiers de construction et l’exploitation des centrales électriques apporteront aussi de l’emploi.
Des équipes de villageois ont défriché les sites pour permettre des reconnaissances plus précises et le piquetage de certains projets.

Population

Il y a dans la région de l’Intag une population d’environ 15000 personnes composée de métisses, d’afro-équatoriens et d’indigènes.

Une étude parrainée par les autorités cantonales de Cotacachi durant 1998 a fourni les statistiques suivantes sur la qualité de la vie en Intag :
19.2% de la population ne sait pas lire ni écrire dont 3.6% dans les secteurs urbains et 31.9% dans les secteurs ruraux, 88.4% de la population a accompli six années au moins d’instruction primaire et seulement 1.5% une année ou plus d’éducation universitaire.
51.2% des mères ont perdu un enfant durant sa première année de vie, 25% des accouchements sont assurés par un docteur ou une infermière, 31% par une sage femme locale, 13% par un parent, tandis que 30% du temps les femmes donnent le jour seules.
55% des personnes économiquement actives gagnent moins de US$40.00 par mois. La pauvreté de cette région est due à son isolement géographique.

L’après mission 2008.

La mission n’est pas encore terminée que de pat et d’autre de l’Atlantique on se préoccupe déjà des suites de celle-ci.

La suite donnée au projet peut se concrétiser par :

  • la recherche de fonds ou de financements,
  • la formation en chantier école à :
    • la construction des barrages ou prises d’eau,
    • la construction des centrales, des lignes HT et quelques tronçons de lignes MT,
    • l’exploitation des ouvrages,
    • la coordination et au suivi de chantier,
    • l’encadrement pour assurer les réalisations,
    • … .
  • La recherche d’autres partenaires : ONG, écoles, … , pour assurer d’autres actions du type financement de formations à l’électricité ou à l’hydraulique à réaliser en Equateur.

Tout ceci pour qu’au terme de plusieurs réalisations, le flambeau soit définitivement passé à HydroIntag qui terminera le programme de réalisation.

Les équatoriens ne s’y trompent pas qui, dans une lettre de remerciements en date du 26 juin, [1] soulignent le précieux support technique que les membres de la mission française apportent au projet d’HidroIntag. Cette aide « - très appréciée par les dirigeants d’organisations, les élus locaux et les techniciens - nous a apporté l’éclairage et l’expertise nécessaires pour cadrer et sélectionner l’ensemble des aménagements hydroélectriques. Le tout nous conduisant, une fois obtenu le consensus des acteurs engagés dans HidroIntag, à ce document de synthèse dont nous avions besoin pour faire connaître ce projet collectif au niveau national et international.

Merci aussi pour le respect et la compréhension dont a fait preuve chacun des membres de la mission, vis à vis des critères très spécifiques qui marquent le processus organisationnel de notre région et les choix stratégiques qui placent l’environnement, le territoire, la démocratie participative et l’organisation au coeur de notre conception du développement durable [ et ce] afin de soutenir notre volonté de ne pas perdre la maîtrise technique de ce projet, vía un rôle d’ingénieur conseil en complémentarité [2] avec l’équipe bénévole d’ingénieurs équatoriens. »

Toujours ce même fil conducteur des actions engagées : l’attachement à la terre nourricière, le respect de ses habitants, leur droit des peuples à la souveraineté, la nécessité de l’intervention populaire permanente, la volonté d’éducation et de progrès social partagé…

- Ceux qui dans les pays riches, se partageant le pouvoir, (à tour de rôle ou ensemble) prétendent donner des leçons de morale au monde entier sur l’économie et sur l’organisation de la "démocratie",
- ceux qui justifient les guerres par un prétendu droit d’ingérence humanitaire,
- ceux qui parlent d’écologie en la dissociant des questions liées au système capitaliste et à sa recherche effrénée du profit,
- celles et ceux qui pensent que FMI, Banque Mondiale, OMC, ALENA ou UE sont indispensables au fonctionnement mondial,
- celles et ceux qui contestent les effets sans remettre en cause le cadre général autrement que dans des slogans,

tous ceux là feraient bien d’aller à Cotacachi ou ailleurs,

- dans ces lieux où les premiers concernés par les attaques du système,
- ceux qui en souffrent le plus,

ont pris la tête de la résistance et de la créativité,

- là où des peuples et leurs gouvernants cherchent à inventer, chacun à leur manière, la meilleure façon d’aller vers un futur meilleur, ce que nous nommons ici, le socialisme du 21e siècle.

En toute logique ils devraient en retirer une leçon d’humilité...et d’humanité.

Pour voir l’album photo que Denis nous a envoyé cliquer ici


[1La mission s’est terminée le 30 juin et le retour en France des… « Missionnaires ! » est prévu pour ce week-end

[2soulignés par nous NDR



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