Les Galeries Lafayette récidivent

vendredi 25 septembre 2009
par  Charles Hoareau
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On savait déjà que les Galeries Lafayette rue St Ferréol à Marseille avaient été capables de tenter en vain le licenciement de Danielle déléguée CGT pour un soi disant vol de 4€, on sait maintenant que leur voisin, le magasin Galeries Lafayette du Centre Bourse près du Vieux Port est capable de faire aussi bien : tentative de licenciement d’une vendeuse, (elle aussi déléguée CGT un hasard sans doute !) pour vol de lunettes (à 30€) qui n’ont jamais quitté le magasin !

Francine est vendeuse au rayon des foulards depuis 20 ans pour un salaire guère plus élevé que le SMIC ce qui prouve déjà la considération dans laquelle tient ses employés un groupe qui a fait 413,4 millions de profits en 2008 ! Remarquons au passage que le résultat du groupe a doublé en 3 ans ! : ce n’est donc pas la crise pour tout le monde !

Francine fait partie des anciennes, celles qui ont un emploi CDI à temps plein, moins malléables que les nouvelles qui ont des contrats précaires à temps partiel et que l’on peut donc utiliser au gré des besoins du magasin et au détriment de leur vie privée.
Francine n’a rien à se reprocher sur le plan professionnel mais aux yeux de la direction elle a un gros défaut : elle ne supporte pas l’injustice – c’est ce qui l’a amenée à être déléguée CGT – et le dit à chaque fois qu’elle défend un ou une collègue de travail.

Alors la direction depuis des années lui cherche des poux dans la tête (ce qui avait déjà amené la CGT à saisir l’inspection du travail à ce sujet il y a deux ans). Mais là c’est pire : procédure de licenciement avec mise à pied conservatoire (comme cela avait été le cas pour Danielle) ce qui la prive de tout revenu en attendant la décision de l’inspection du travail.

Que reproche-t-on à Francine ?

On est à la veille des congés. Francine est contente, presque euphorique de quitter ce magasin pour quelques jours et voilà qu’elle casse ses lunettes de vue sans lesquelles elle ne peut ticker aucun produit. Cela n’entame pas son moral. Plutôt que de s’absenter le temps que celles-ci soient réparées, n’y voyant pas malice, elle emprunte au grand jour [1] à la vendeuse du rayon d’à côté une paire de ces lunettes loupe que vend le magasin, et reprend tranquillement son travail, ses lunettes d’emprunt sur le nez, en pensant aux congés qui l’attendent.
A la fin de la journée c’est la douche froide.
Elle est convoquée et, malgré ses explications pourtant simples, malgré le témoignage écrit et formel de sa collègue, convoquée elle aussi, malgré le certificat de l’opticien, contre toute vraisemblance, elle se retrouve accusée du vol de lunettes… qui n’ont jamais quitté le magasin ! Elle est effondrée.

« Voleuse, ils m’ont traitée de voleuse et ils vont me licencier ! », c’est avec ces pensées obsédantes que Francine passe ses congés durant lesquels elle reçoit successivement sa mise à pied puis sa convocation à entretien préalable pour licenciement : les Galeries Lafayette ne sont pas du style à faire traîner leurs affaires.

S’il n’y avait pas la volonté de nuire, la direction, informée dès la première minute, aurait pu intervenir et dire à Francine son désaccord avec cet emprunt. Au lieu de cela elle l’a laissée vendre les foulards toute la journée (Ah ! le sacro saint chiffre d’affaires !) et a attendu la fermeture pour la convoquer : une parfaite preuve de cynisme.

Evidemment l’entretien n’est qu’une farce, à l’issue de laquelle la mise à pied est confirmée. Le CE exceptionnel qui suit, (là encore la direction ne perd pas de temps) verra les élus CFTC, comme l’avaient fait leurs collègues du magasin voisin pour Danielle deux ans plus tôt, voter pour le licenciement. Dans ce syndicat on a vraiment une haute idée de la solidarité…avec les licencieurs !

Francine qui a passé des congés d’insomniaque, tourne en rond chez elle. Au début elle n’arrêtait pas de se dire « je suis con, je savais qu’ils me guettaient, je n’aurais jamais dû emprunter ces lunettes. J’aurais du prendre un jour de maladie, tant pis si ça marquait mal la veille des congés…Et moi qui dis tout le temps aux collègues faites gaffe tout est filmé dans ce magasin. Mais comment j’ai pu faire une connerie pareille ? » Et puis, aidée par ses camarades de la CGT du centre ville elle s’est mise à réagir avec eux. D’abord comprendre exactement ce qui se passe.

Depuis deux ans, date de sa nomination comme déléguée syndicale, la CGT distribue tous les mois des tracts au personnel. Ceux-ci, les militants le voient bien, ont un écho grandissant à l’intérieur du magasin où la CGT était très faible jusqu’il y a peu. Cela la direction ne le supporte pas et fait des histoires à chaque distribution comme si le trottoir lui appartenait. Elle redoute que le syndicat ne se renforce et vienne demander, dans un magasin où les temps partiels imposés et les bas salaires sont légion, qu’une part substantielle des 413 millions de profit - ce qui pourrait représenter à peu près une augmentation mensuelle de 600€ par mois pour les 45000 salariés du groupe !! - soit redistribuée au personnel.

Elle a donc décidé de passer à l’attaque à la première occasion venue. Sauf que la CGT du centre ville ne laisse pas faire et ne manque pas une occasion d’alerter salarié-e-s et client-e-s du magasin, population des alentours en faisant signer à tours de bras une lettre de protestation adressée à la direction. Déjà des centaines de gens du secteur et familiers du centre bourse ont signé et ont fait connaître leur indignation de différentes manières. Ainsi une cliente du magasin nous a raconté comment elle a rendu sa carte de fidélité et les explications qu’elle a données au service clients.

Le jour de l’entretien préalable FR3 est venue devant le magasin. Pendant que ses collègues faisaient signer les passants, Francine, des larmes dans la voix, a raconté son histoire à la caméra. La Direction bien sûr a refusé de parler.

Le 30 septembre la CGT reviendra en nombre et le 3 octobre, un des bureaux de votation pour La Poste sera installé devant les licencieurs. Au centre ville nul ne doute que les Galeries devront reculer. Francine sera réintégrée et la CGT aura droit de cité dans une entreprise où, comme le dit le tract de l’union locale : « Derrière les dessous chics, se cachent des méthodes choc ! »


[1tellement au grand jour que la scène a été filmée par une des multiples caméras dont le magasin regorge afin de mieux nous voir sourire…



Documents joints

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