Appel à une grève générale pour éviter l’exécution de Troy Davis

mercredi 21 septembre 2011
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L’actualité nous oblige à constater qu’en l’absence de preuve, aux USA, le doute profite davantage à un blanc riche accusé de crime contre une femme de ménage noire, qu’à un homme noir pauvre accusé de crime contre un policier blanc...

L’organisation de défense des droits de l’homme ACLU (American Civil Liberties Union) a appelé mardi à « une grève générale des personnels pénitentiaires en Géorgie », Etat du Sud-Est des Etats-Unis. Un dernier recours pour tenter de contrer l’exécution de Troy Davis, un Noir condamné à mort en 1991 pour le meurtre d’un policier blanc et qui clame, depuis, son innocence. Son exécution est prévue mercredi 21 septembre, 19 heures (locale), soit 1 heure du matin pour la France.

Mardi, après vingt ans passés dans le couloir de la mort, Troy Davis s’est vu refusé la grâce par la Géorgie. Cette décision a mis un point final à tout moyen légal, ou du moins plus classique, pour « répondre à cette injustice », selon la responsable de la peine de mort dans l’association, Mme Greene. D’où cette ultime tentative plus « créative » et originale, visant à éviter ce que la militante a appelé un « meurtre légal ».

La procédure

Le comité des grâces de l’Etat de Géorgie, qui devait décider de commuer ou non en prison à vie sa condamnation à mort, avait commencé lundi soir à délibérer sans parvenir à s’entendre sur une décision. Celle-ci est finalement tombée. Troy Davis, 42 ans, dont vingt passés à clamer son innocence, sera exécuté par injection mortelle mercredi à 19 heures (jeudi, 1 heure du matin, heure française) à la prison de Jackson.

Les faits.

Dans la nuit du 19 août 1989, Mark Allen McPhail, un jeune policier blanc de 27 ans, est tué de deux balles sur le parking d’un Burger King de Savannah, une ville de l’Etat de Géorgie, dans le sud-est des Etats-Unis. L’agent, qui n’était pas en service, est venu porter secours à un SDF victime d’une agression. Son intervention provoque la fuite des trois agresseurs. L’un d’entre eux, poursuivi par le policier, tire et le tue.
Les témoins désignent alors Troy Davis, un Noir américain de 19 ans. M. Davis reconnaît s’être trouvé sur les lieux au moment des faits mais nie être l’auteur du crime. Aucune preuve matérielle ne vient établir sa culpabilité, d’autant que l’arme du crime n’a jamais été retrouvée. En 1991, pourtant, Troy Davis est condamné à la peine de mort.

Les zones d’ombre.

Sept des neuf témoins ayant accusé Troy Davis se sont rétractés sous serment depuis le premier procès. Certains ont affirmé qu’ils avaient subi des pressions de la police et qu’ils avaient peur de contredire la « version officielle ». D’autres ont expliqué qu’ils n’avaient en fait pas reconnu Troy Davis comme le tireur. Ces nouveaux témoignages ont été rassemblés par la défense en 2007. Mais ces revirements, arrivés sur le tard, n’ont pas convaincu le juge fédéral.

Dans la foulée, des jurés qui avaient condamné Troy Davis lors du premier procès sont, eux aussi, revenus sur leur décision. Ils ont assuré, dans des déclarations publiques, que, s’ils avaient eu connaissance des éléments découverts récemment, ils ne l’auraient pas condamné.
Par ailleurs, de nombreux témoins désignent un autre suspect. Il s’agit de Sylvester Coles, présent sur les lieux le soir du crime. C’est lui qui, le premier, s’est rendu à la police pour accuser Troy Davis du meurtre de Mark Allen McPhail. Selon des témoins, c’est le même homme qui a agressé le SDF puis tiré sur le policier. Or Sylvester Coles lui-même a reconnu être celui qui avait eu une altercation avec le SDF. « L’un des deux témoins à charge restants, Sylvester Coles, est accusé d’être le meurtrier par neuf nouveaux témoins, tandis que l’autre, Steven Sanders, dit se souvenir que le meurtrier était gaucher, alors que Troy est droitier », précise l’ONG Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), mobilisée sur le sujet.

Enfin, une étude balistique mettant en cause Troy Davis et ayant servi à l’accusation lors de son procès en 1991 est remise en question par un rapport plus récent.

Vingt ans de procédures.

Après la décision du comité des grâces de Géorgie, Troy Davis aura épuisé tous les recours prévus par la justice américaine pour espérer éviter la peine capitale. Depuis sa première condamnation, sa date d’exécution a déjà été fixée puis reportée trois fois, le 17 juillet 2007, le 23 septembre 2008 puis le 27 octobre 2008, dont une fois à moins de deux heures de l’exécution de la sentence.

« Le problème, explique Nicolas Krameyer d’Amnesty international, c’est qu’il y a eu un renversement de la charge de la preuve. Selon les standards fixés par la Cour suprême, Troy doit prouver son innocence, ce qui, vingt-deux ans après les faits, est très difficile. Mais les enquêtes menées, notamment par ses avocats, ont continué ces derniers temps. L’année dernière, à l’occasion d’un porte-à-porte organisé par Amnesty dans la ville de Savannah, une personne qui n’avait jamais parlé a raconté qu’un soir d’ivresse Coles avait reconnu être l’auteur des coups de feu. »

Jeudi dernier, une pétition réunissant plus de 663 000 signataires a été remise au comité des grâces de Géorgie par le comité de soutien de Troy Davis.

Les réseaux sociaux ont aussi joué un rôle très important dans la mobilisation. Ce fut le cas dans l’opération #toomuchdoubt, lancée sur Twitter par Amnesty International aux Etats-Unis, ou son équivalent français, 1 million de tweets pour Troy Davis.

L’ACLU appelle aussi la société médicale privée qui supervise les exécutions en Géorgie à « ne pas se rendre » à celle de Troy Davis à la prison de Jackson. « Tous les personnels chargés des exécutions [médecins, infirmiers et gardiens] doivent rester chez eux demain », a demandé Mme Greene.

Réactions à l’injustice

Devenu le symbole de la lutte contre la peine capitale, Troy Davis est aussi présenté par ses partisans comme le prototype du Noir condamné à tort. « Le refus aujourd’hui du comité des grâces de Géorgie d’accorder sa clémence à Troy Davis souligne les larges injustices qui salissent notre système de peine de mort », a estimé Denny LeBoeuf, directeur du projet sur la peine capitale à l’ACLU, qui a avancé l’existence de « doutes significatifs » sur la culpabilité du détenu.

La possible partialité de la justice américaine envers un Noir a aussi été pointée du doigt de l’autre côté de l’Atlantique. L’ancien ministre de la justice Robert Badinter, père de l’abolition de la peine de mort il y a trente ans en France, a estimé mardi sur RTL : « Quand on regarde ce dossier, on voit qu’un jeune Noir a été condamné en Géorgie avec sa vieille tradition qui remonte au temps de l’esclavage, de racisme pour le meurtre d’un policier blanc, et qu’il n’y a aucune preuve matérielle. »

Pour le sénateur socialiste, si Troy Davis est exécuté, « ce sera une tâche sur la justice des Etats-Unis ».

Pour Pierre Laurent responsable du PCF la décision du comité des grâces est « un déni de justice »
"La mobilisation planétaire autour de Troy reflète les doutes persistants sur sa culpabilité. Troy risque d’être exécuté en l’absence de toute preuve matérielle (...).

En tuant Troy, c’est l’Humanité civilisée qui serait atteinte.

Nous en conjurons Larry Chisolm, procureur du District, les autorités georgiennes, les autorités fédérales, et le Président Barack Obama : ne laissez pas commettre pas l’irréparable."

Il n’est pas trop tard pour signer la pétition

D’après Le Monde.fr et l’AFP le 20/09/2011

Transmis par Linsay



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