« Monsieur Guérini, la vitrine ou le service public il faut choisir ! »

dimanche 16 octobre 2011
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Les MDS [1] dans les BDR sont les 26 lieux d’accueils médico-sociaux du Conseil Général. Celle des Flamants emploie une cinquantaine de personnes, personnel médical, assistantes sociales, éducateurs, personnel administratif et d’accueil…

Depuis 2 semaines ce centre est touché par des mouvements de grève à l’appel de la CGT et de la FSU, mouvements dans lesquels se sont inscrits des personnels de tous les services et plus particulièrement celui des 2 services : « cohésion sociale » et « aide sociale à l’enfance ». Nathalie, militante CGT, nous parle de ce conflit.

RM : Comment en êtes-vous venus à ce mouvement ?

Nathalie : Depuis des mois nous manquons de personnel, personnel absent non remplacé (près d’un tiers du personnel sur les services en question). Par exemple arrêts maladie longue durée (dont un depuis plus de deux ans), mutations ou congés parental…Ce manque de personnel nous empêche d’assumer nos missions, crée une tension permanente parmi le public auquel on ne peut répondre. Cela n’est pas propre à notre MDS mais est particulièrement sensible chez nous. On ne peut rendre le service qui est dû et auquel le personnel est attaché.

RM : D’autant que l’on ne parle pas d’objets à produire mais de personnes…

Nathalie : Oui on parle de personnes qui vivent dans le 14e arrondissement de Marseille, arrondissement des quartiers nord qui est l’un des plus pauvres de la ville. Des personnes ne sont pas reçues pendant des mois sauf en situation d’urgence : coupure de courant ou expulsion locative. Par manque de personnel on dit aux gens : « revenez nous voir quand vous serez en situation d’urgence » ce qui finit par arriver faute d’une aide au bon moment. Tout se passe comme si, faute d’aide à temps, le service social contribuait à la montée des situations d’urgence ou en tous cas ne l’empêchait pas. Sur le service de l’aide sociale à l’enfance les conséquences sont toutes aussi dramatiques. On parle là d’enfants que le juge confie au service pour un suivi social et un placement. A l’heure actuelle, quoiqu’en dise la direction du CG, il y a des dizaines d’enfants qui n’ont pas de référents sociaux. Concrètement cela veut dire que des enfants restent des mois sans suivi social du CG. Par exemple récemment pour un bébé placé de façon « provisoire » en pouponnière, le juge avait ordonné en mars dernier son placement en famille d’accueil : il est toujours dans la pouponnière !

RM : C’est une négation de votre travail ?

Nathalie : Oui mais c’est surtout une non prise en compte de l’intérêt de l’enfant et des droits des parents. C’est inhumain et cela touche les populations les plus écrasées par le système actuel. Si je reprends l’exemple du bébé, cette politique a forcément des conséquences pour son avenir, lui comme tous les autres, quand on sait que les premières années de la vie sont capitales pour le développement humain. On est les premiers témoins de la souffrance de ces quartiers alors que l’on ne nous donne pas les moyens de répondre à la demande de la population. On nous contraint à mal travailler et cela fait de la souffrance parmi les personnels. Ce sont des êtres humains que l’on a en face ! Evidemment une telle dégradation du service exaspère les gens qui attendent dans la salle d’attente ou reviennent à x reprises pour avoir un rendez-vous. Pas étonnant que dans ces conditions il y ait une montée de l’agressivité à l’égard du personnel [2].

Pour pallier à ce manque de moyens on court, on emporte du travail à la maison, on vient travailler même malade mais cela ne suffit pas, alors plusieurs craquent, pleurent, se désolent de cette situation…Une secrétaire d’accueil a été récemment agressée : c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et déclencher le mouvement pour nous adresser aux responsables.

Devant le CG

RM : Justement face à cela quelle est l’attitude de votre direction ?

Nathalie : D’abord il faut savoir que la direction ne reçoit les représentant-e-s du personnel que dans le cadre d’un préavis de grève !! Là, elle nie les faits et les chiffres. Pour elle les seuls absents qu’elle compte sont ceux qu’elle estime devoir remplacer…ce qu’elle ne fait d’ailleurs pas. Ainsi la direction pense qu’un congé parental ou un congé maladie n’en font pas partie !! Une des réponses de la direction c’est de renforcer la sécurité : un 2e vigile, des caméras… on répond aux conséquences visibles mais pas aux causes. Ce type de mesure, même si elle renforce la sécurité, ne répond évidemment pas aux besoins des familles, ne soulage pas le personnel et à terme ne résout pas le problème.

Au bout de plusieurs jours de conflit les choses commencent quand même à bouger. Des remplaçants, encore en nombre insuffisant, sont maintenant annoncés pour les mois prochains (novembre à janvier 2012). Ce ne sont pas des emplois pérennes il s’agit soit de personnel volant, soit d’auxiliaires c’est-à-dire des précaires. Cela ne peut suffire parce que même si tous les postes étaient remplacés (les 11 vacants) il faudrait créer des postes pour faire face à la montée de la misère dans ces quartiers. Mais c’est déjà un premier bougé que nous mettons sur le compte de notre mobilisation.

RM : C’est donc vraiment l’intérêt de la population qui est en jeu ?

Nathalie : Oui bien sûr. Si pour le personnel des créations de postes permettront de mieux travailler, pour la population, ce qui se joue c’est le droit à un service social de qualité. Elle l’a d’ailleurs bien compris et nombre de personnes des quartiers environnants, usagers de nos services, ont signé la pétition de soutien ou se sont exprimées dans la presse en ce sens. Nous personnel, on a vraiment le sentiment que pour le CG il y a population et population, celle qui compte et celle que l’on délaisse.

Ainsi, l’an passé un conflit avait opposé l’ensemble des personnels des MDS au CG. Ce dernier voulait rattraper le retard [3] pris sur les enquêtes adoptions. Le CG a donc fait de cette question une priorité, mais sans moyens, sans formation, sans cohérence. Dans la pratique cela revenait, en faisant fi des usagers, à rajouter du travail supplémentaire à certains d’entre nous qui ignoraient tout des problématiques. Cette volonté de rattraper le retard à tous prix était bien sûr pour répondre à une demande légitime d’un public, mais la fébrilité à y répondre venait du fait que ce public était constitué en majorité de couches sociales qui constituent une part importante de leur électorat.

Là on réclame des moyens pour une population exclue de tout y compris très souvent de la citoyenneté…donc le CG ne semble pas très préoccupé…

RM : Le conseil général est géré par une majorité PS/PCF dont Rouge Vif dénonçait encore dernièrement les choix de gestion et pas seulement les affaires auxquelles la justice s’intéresse. Nous avons aussi maintes fois déploré des silences complices. Que vous disent les élus de la majorité ?

Nathalie : Nous nous savons que le CG a les moyens d’une autre politique sociale. Nous avons rencontré les élus de la majorité. Les élus PCF nous ont dit qu’il fallait reprendre le dialogue social et ceux du PS nous ont déclaré découvrir une situation qu’ils disent déplorer…tout en nous disant ne pas avoir les moyens d’embaucher. Quand nous leur parlons des 30 millions dépensés pour la couverture du stade vélodrome ou des 50 pour les bureaux luxueux du CG au siège de la CMA/CGM [4], on nous répond que ce n’est pas le même budget. A croire que dans ce département il y a un budget pour la vitrine et un autre pour le social et qu’ils sont séparés par une cloison étanche. A croire que, pour paraphraser Coluche, pour le CG les publics sont tous égaux mais il y en a qui le sont plus que d’autres…

Rouge Midi : la suite vous la voyez comment ?

Nathalie : le personnel est déterminé et de toute façon on n’a pas le choix. Il faut savoir que pendant cette grève on ne peut pas laisser tomber les gens en particulier celles et ceux qui sont le plus en situation d’urgence. On fait grève à temps partiel, on mobilise la population, on fait signer nos pétitions et en même temps on essaie de gérer les situations, de faire l’administratif impératif le soir chez nous s’il le faut. Le personnel est uni vers le même but et cela c’est important. La population nous soutient. On continuera pour que le CG mette un peu plus ses actes en accord avec ses propos. Au fond notre demande peut se résumer en une formule que les élus emploient souvent dans leurs prises de parole et que nous leur avons rappelée : nous voulons que l’humain soit au centre des choix.


[1Maisons De la Solidarité

[2Le même phénomène a été observé à la CAF 13 et à Pôle Emploi NDR

[3Ce retard était dû à la fermeture du service adoption et à la privatisation des postes de psychologues, fermeture et privatisation : des choix de progrès donc !! NDR

[4L’industriel Saadé, patron de CMA/CGM qui était en difficulté financière pour construire face au port une tour gigantesque et controversée, a pu compter sur les 50 millions du CG pour boucler son budget NDR



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