Une affaire islamentable

samedi 7 octobre 2006
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Oui Danielle a raison, on nous prépare à la guerre. Comment ne pas mesurer qu’on est là devant une campagne orchestrée ? Le Figaro peut bien se répandre en excuses, à qui fera-t-il croire que cette tribune était une « erreur » ? Essayez de faire paraître une tribune sur tout autre sujet et vous verrez si elle ne sera pas épluchée avant publication !

Sur le même sujet outre le choc de civilisation, paru dans cette même rubrique lire aussi l’ article de Danielle Bleitrach paru sur Le Grand Soir et l’article de Leila sur Oulala.net

DEFENDONS le droit de dire des âneries ! le droit à la grosse provoc’, à l’huile sur le feu, au raisonnement fumeux !

Robert Redeker est ce professeur de philosophie qui s’est déjà illustré en attaquant ceux qui osent critiquer l’envahissement publicitaire : ces « ennemis de la gaieté » manifestent selon lui une « haine du corps » pareille à celle des « partisans du voile islamique ».

On voit la puissance conceptuelle...

Il vient de se faire remarquer avec une tribune dans « Le Figaro »(19/9) ou il s’attaque à l’Islam avec des arguments contondants.

L’interdiction du string cet été à « Paris-Plages », par exemple : eh bien « il n’est pas déplacé de penser qu’elle traduit une islamisation des esprits ».

Fortiche des neurones, on vous dit.

Dans la foulée, Redecker s’amuse à distribuer des bons points au christianisme et à bastonner l’islam : « Jésus est un maître d’amour, Mahomet est un maître de haine. »
Le christianisme est, au fond, doux comme l’agneau, alors que « haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran » ; d’ailleurs Mahomet est un « chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de Juifs et polygame ».

Agitez le chiffon rouge, et voilà le taureau qui charge : dès le lendemain, un cheikh islamiste s’indignait sur la chaîne Al-Djazira, les menaces de mort par courriels pleuvaient sur Redeker, qui, du coup, se cache quelque part en France et en appelle à la liberté d’expression.

Alors bien sûr on défend Redeker : la liberté d’expression c’est aussi la liberté de dire des âneries, de faire des provocs’ idiotes, c’est même la liberté de blesser les gens dans leurs convictions, de cracher sur les religions, les révélées ou non, les vieilles ou les jeunes, celles de nos parents ou celles qui passent dans la région, c’est aussi la liberté d’affirmer que celle de nos parents était une vraie religion d’amour, d’ailleurs l’Inquisition, la chasse aux sorcières, les croisades ou l’exécution au XVIIIe siècle du chevalier de La Barre (qui avait eu le simple tort de ne pas se découvrir au passage d’une procession) n’étaient que de regrettables bavures, pardonnez-moi mon père.

Mais une fois qu’on a dit çà, qu’on a réaffirmé nos valeurs et les grands principes, qu’on a condamné les appels au meurtre et montré du doigt les fous de Dieu, qu’on a ricané des dévots, conchié les Eglises et répété qu’on ne céderait pas à la peur, aux menaces, aux fatwas, à l’intolérance, une fois qu’on a rappelé que les guerres de Religion ont fait plus de morts que les révolutions, on est certes très content mais pas très avancé.

L’islamisme est-il soluble dans la démocratie ?

Pourquoi l’islam a-t-il des versions plus ou moins répressives ?

Pourquoi, dans certains pays musulmans, les femmes sont-elles grillagées, les femmes adultères lapidées, les voleurs sont-ils amputés, et pourquoi dans d’autres pays musulmans, aucune de ces pratiques barbares n’est-elle de mise ?

L’islam n’aurait-t-il pas des couleurs différentes selon la société dans laquelle il évolue ?

Son avenir n’est-il pas lié à la manière dont ces sociétés s’ouvrent à la modernité, se dégagent de l’autoritarisme, deviennent plus ouvertes et plus fraternelles ?

Si un islam radical se propage dans nos banlieues, n’est-ce pas aussi parce que dans celles-ci règnent discriminations et exclusions ?

Pour répondre à ces questions, passer de l’invective au dialogue, du simplisme à la complexité, il faudrait des gens qui savent penser en profondeur... comment dit-on déjà ?

Des philosophes.

Jean Luc Porquet « Le Canard enchaîné ».
Transmis par Linsay.



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