Tunisie : police partout, justice nulle part

dimanche 18 juin 2006
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La tenue du Sommet Mondial de la Société de l’Information en novembre 2005 à Tunis n’avait pas empêché les autorités tunisiennes de fouler aux pieds les droits humains envers les responsables tunisiens d’associations mais aussi à l’égard de délégués au Sommet et de personnalités invitées. La réaction des gouvernements participants fut très faible : quelques déclarations mais aucune décision concrète.

Pour le gouvernement tunisien, la faiblesse des protestations était un encouragement à poursuivre dans la même voie en concentrant les attaques contre les intellectuels. Journalistes, avocats, magistrats se sont trouvés dans le collimateur : harcèlements, agressions verbales et physiques, mutations d’office, congrès interdits. La « censure est généralisée » dans les médias a dénoncé récemment « Amnesty International ». Pour contourner le Conseil de l’Ordre, le pouvoir a créé de toutes pièces un Institut supérieur des avocats, avec l’objectif de contrôler la sélection et la formation des futurs avocats. Pour avoir publié un article dénonçant la corruption, l’avocat Mohamed Abbou a été condamné à trois ans et demi de prison. Plus que cet article, c’était sa volonté d’indépendance vis-à-vis du pouvoir qui était condamnée. Venu assister à une réunion d’une section tunisienne d’Amnesty International, le délégué suisse Yves Steiner a été interpellé à son arrivée à l’aéroport et immédiatement expulsé.

La Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH), première ligue créée en Afrique, est devenue le symbole de la résistance au pouvoir. Elle en est donc la première cible. Son 6e congrès était prévu les 27 et 28 mai. De nombreux observateurs étrangers, responsables d’associations, parlementaires, avocats, magistrats n’ont pas pu y assister à l’instar des délégués tunisiens. Impossible d’accéder au siège de la LTDH en raison d’une présence massive des forces policières brutales et agressives. De très nombreux délégués des sections locales de la LTDH n’ont même pas pu arriver à Tunis, ils ont été empêchés de quitter leur région d’origine ou bloqués sur le chemin. Le Congrès n’a donc pas pu se tenir.

Quelques représentants d’ambassades (Belgique, Grande-Bretagne) étaient présents mais, ni la France, ni la présidence de l’Union européenne (Autriche) n’avaient daigné se déplacer. Les gouvernements des Etats membres comme la Commission et le Conseil laissent faire sans réagir ces violations de la liberté d’expression et d’association. La Tunisie n’est pas... l’Ouzbekistan avec lequel l’Union européenne a suspendu l’accord de coopération. L’Union européenne s’est même félicitée que la Tunisie ait été élue au nouveau Conseil des Droits de l’Homme des Nations - Unies.

La Tunisie bénéficie, en raison de ses liens privilégiés politiques, économiques et commerciaux avec l’Union européenne, d’une grande tolérance, voire de complaisance, pour ne pas dire de complicité. C’est ainsi que, malgré les atteintes renouvelées à l’indépendance de la justice, l’Union européenne a signé avec la Tunisie une convention de financement...pour la réforme de la justice. A cette heure, cette convention n’a pas été suspendue. Nous sommes aux côtés des démocrates tunisiens, des défenseurs des droits humains et de leurs associations pour défendre la liberté d’expression, d’association et de manifestation.



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mercredi 14 octobre 2009 à 04h21 - par  limam ameur

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