De Fidel à Raul : (II) vu de Washington

Un avenir démocratique peut-être, mais sans les Américains.
jeudi 31 août 2006
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Les Etats-Unis semblent penser qu’une nouvelle ère s’ouvre à la Havane pour leur pays.
Mais pendant plus de quarante ans ils ont trop ostracisé Cuba pour pouvoir y trouver un rôle.
L’opinion d’observateurs américains.

L’annonce que Fidel Castro avait « provisoirement » transféré le pouvoir à son frère Raul, pour des raisons de santé, a eu des répercussions d’un bout à l’autre du continent américain.

Dans une région habituée depuis longtemps à la présence quelque peu excentrique de Fidel Castro, l’idée qu’il puisse ne plus être là a suscité des speculations sur l’avenir de Cuba - un avenir sur lequel les Etats-Unis péseront moins qu’ils ne le souhaiteraient -.

En raison de l’embargo commercial imposé à Cuba en 1962, les gouvernements américains successifs se sont mis dans l’impossibilité d’influer sur l’avenir de l’île, même si celle-ci ne se trouve qu’a 150 km des côtes de Floride.

Ces dernières années, Fidel Castro a noué de solides relatons commerciales avec des pays comme le Venezuela, la Chine et le Canada, ce qui a dopé l’économie de l’île et l’a éloignée encore plus des Etats-Unis.

Selon certains experts de la région, ces partenariats ont rendu un rapprochement entre les Etats-Unis moins probable et moins nécessaire que jamais.

« Nous avons tout un discours sur le changement que nous voulons apporter à Cuba. Mais notre politique nous ote toute possibilité d’agir sur le pays », estime Philip Peters, vice-président du Lexington Institute, l’ institut de recherche qui travaille sur l’évolution de l’île et les relations cubano-américaines.
La politique dont parle Philip Peters, ce n’est pas seulement l’embargo mais aussi l’obstination avec laquelle le gouvernement américain cherche à apaiser la communauté d’exilés cubains farouchement anticastristes, résidant majoritairement dans le Sud de la Floride. Ses membres rejettent catégoriquement toute idée qui ne soit pas le renversement pur et simple de Fidel Castro et de ses protégés.

Cette position est devenue en 1996 la loi Helms-Burton, qui a , entre autres, renforcé les sanctions, accru les restrictions aux voyages d’Américains à Cuba et permet d’intenter des actions en justice contre des entreprises, y compris étrangères, commerçant à Cuba.

Cette loi lie les mains des Etats-Unis,l’empêchant de peser sur les réformes à Cuba, ce qui, pour Philip Peters, est d’autant plus regrettable que Raul Castro est connu pour être plus ouvert à l’économie que son fère.

« Du point de vue américain, le message de cette loi est le suivant : Raul Castro est peut-être un grand réformateur qui s’en cache, mais comme il est là-bas, pas question de parler avec lui et de changer notre politique », note Philip Peters.

Par conséquent, les Cubains vont rester sur leur position actuelle tant que leurs autres partenariats se montreront prometteurs. Les Cubains observent les Américains très attentivement mais, aujourd’hui, ils placent leur énergie diplomatique ailleurs."

A défaut des Etats-Unis, ce sont les pays d’Europe et d’Amérique latine, ainsi que la Chine - qui importe du nickel cubain-, qui sont appelés à jouer un rôle important dans l’avenir de Cuba.

Pour Wayne Smith, un ancien diplomate qui a dirigé la Section d’intérêts américains à la Havane de 1982 à 1986, le fait que les Etats-Unis n’aient aucun rôle dans la transition cubaine « a quelque chose de pathétique ».

Selon lui, Raul Castro est plutôt pragmatique et pourrait souhaiter parvenir à un arrangement avec les Etats-Unis, mais les Américains ne voudront pas discuter avec lui.

Quoi qu’il en soit, le régime cubain « ne va pas s’effondrer », même si le Gouvernement Bush - et ses partisans cubano-américains- ne souhaite que cela.

« Je suis presque désolé pour les exilés anticastristes radicaux de Miami qui tapaient sur leurs casseroles », confie Wayne Smith en faisant allusion aux bruyantes manifestations qui ont salué l’annonce faîte par Fidel Castro le 31 juillet qu’il passait le relais à son frère.

Bon nombre de ces joyeux manifestants étaient convaincus que le président cubain se trouvait sur son lit de mort ou qu’il en était proche, et voyaient son régime anéanti et le long isolement de Cuba enfin rompu.

Le transfert de pouvoir à Cuba a pourtant eu lieu sans un soupçon d’agitation, note Wayne Smith.

Toujours selon l’ancien diplomate, le gouvernement américain se retrouve sans moyen aucun de mettre en oeuvre les réformes souhaitées par George Bush, qui avait incité, le 3 août, « toutes les démoraties à s’unir pour soutenir le droit du peuple cubain à décider d’un avenir démocratique pour le pays ».

Il n’a laissé aucune ambiguïté sur le fait que la transition dont il parlait impliquait l’éviction définitive des deux frères Castro et de leur partisans idéologiques.

Art de "Nick Madigan,The Baltimore Sun, Baltimore.

Transmis par Linsay



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