Des souvenirs inoubliables

mercredi 11 septembre 2013
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Voilà trois jours, un important dirigeant du Parti communiste vietnamien nous a rendu visite. Avant de partir, il m’a demandé d’évoquer les souvenirs de ma visite dans les territoires libérés de son pays, lorsque son peuple livrait une lutte héroïque contre les troupes yankees dans le Sud.

En fait, je n’ai guère de temps à ma disposition, alors qu’une grande partie du monde s’attache à chercher une réponse à la guerre qui, si l’on en croit les dernières informations, est sur le point d’éclater, avec force armes meurtrières, à un point chaud de notre planète globalisée.

Néanmoins, rappeler les antécédents et les crimes monstrueux commis contre les pays économiquement et scientifiquement moins développés, aidera tous les peuples à lutter pour leur propre survie.

Le 12 septembre marquera le 40e anniversaire de la visite d’une délégation officielle cubaine au Vietnam.

Dans mes Réflexions du 14 février 2008, j’avais parlé de John McCain, candidat républicain à la présidence des États-Unis largement battu par Barack Obama qui, lui, pouvait au moins parler dans des termes proches de ceux de Martin Luther King, lâchement assassiné par des racistes blancs.

Bien qu’incapable de prononcer le discours de Gettysburg, Obama s’était même proposé d’imiter le voyage en train de l’austère Abraham Lincoln. Michael Moore lui avait décoché : « Félicitations, président Obama, pour le Prix Nobel de la paix. Maintenant, s’il vous plaît, gagnez-le ! »

McCain a raté la présidence des États-Unis, mais il s’est arrangé pour retourner au Sénat, d’où il exerce de très fortes pressions sur l’administration.

Aujourd’hui, il est heureux et déplace ses pions pour qu’Obama largue le plus grand nombre possible de missiles capables de frapper avec précision les forces vives des troupes syriennes.

Neuf pays disposent d’ores et déjà d’armes nucléaires, dont les radiations sont bien plus meurtrières que le gaz sarin. Selon des données de 2012, la Russie possèderait environ 16 000 ogives nucléaires actives, et les États-Unis près de 8 000.

Les faire exploser en quelques minutes sur les objectifs de l’adversaire requiert un certain nombre de manœuvres.

Une troisième puissance, la Chine, la plus solide économiquement parlant, possède désormais la capacité dite de Destruction mutuelle assurée avec les États-Unis.

Israël, pour sa part, dépasse la France et la Grande-Bretagne en technologie nucléaire, mais n’admet pas que l’on dise un traître mot des énormes financements qu’il reçoit des États-Unis et de la coopération que ceux-ci lui prêtent sur ce terrain. Il a lancé deux missiles voilà quelques jours en mer Méditerranée afin de tester la capacité de riposte des destroyers étasuniens qui visent la Syrie.

Quel est donc le pouvoir de ce groupe de pays aussi réduit qu’en pointe ?

Pour extraire l’énorme énergie contenue dans un atome d’hydrogène, il faut chauffer un plasma de gaz à plus de deux cent millions de degrés centigrade, soit la chaleur nécessaire pour forcer les atomes de deutérium et de tritium à fusionner et à libérer de l’énergie, selon une dépêche de la BBC, généralement bien informée à cet égard. Il s’agit là d’une découverte de la science, mais combien faudra-t-il investir pour atteindre cet objectif ?

Notre humanité souffrante attend. Nous ne sommes plus « quatre pelés et un tondu », nous sommes déjà sept milliards d’êtres humains, dont l’immense majorité sont des enfants, des adolescents et des jeunes.

J’en reviens aux souvenirs de ma visite au Vietnam, point de départ de ces quelques lignes. Je n’ai pas eu le privilège de faire la connaissance d’Ho Chi Minh, le fondateur légendaire de la République socialiste du Vietnam, ce pays des Annamites dont José Marti, notre Héros national, fit l’éloge en 1889 dans sa revue infantile La Edad de Oro.

Je suis arrivé dans ce pays frère le 12 septembre 1973, à la suite de l’accord signé entre les États-Unis et le Vietnam. Pham Van Dong, le Premier ministre, me logea la première nuit dans l’ancienne résidence du gouverneur français en Indochine. Resté seul avec moi dans la vieille demeure construite par la métropole, ce rude combattant s’effondra subitement en larmes. « Excusez-moi, me dit-il, c’est que je pense aux millions de jeunes qui sont morts dans cette guerre ». Je saisis aussitôt dans toute son ampleur combien cette guerre avait été dure. Il se plaignit aussi de la fourberie des États-Unis à leur égard.

Je vais reprendre des extraits textuels de ces Réflexions du 14 février 2008 :

Tous les ponts sans exception, visibles pour l’aviation entre Hanoi et le Sud, étaient effectivement détruits ; les hameaux, rasés ; tous les jours les grenades à fragmentation lancées explosaient dans les rizières où des enfants, des femmes, voire des personnes âgées, travaillaient pour produire des aliments.

On observait de nombreux cratères à l’entrée de chaque pont. Les bombes à guidage laser, bien plus précises, n’existaient pas encore. Je dus insister pour faire ce trajet. Les Vietnamiens craignaient que je ne sois victime d’une équipée des Yankees s’ils apprenaient ma présence dans cette zone. Pham Van Dong m’accompagna pendant tout ce temps.

Nous survolâmes Nghe-An, la province natale d’Ho Chi Minh. Dans cette province, et dans celle d’Ha Tinh, deux millions de Vietnamiens moururent de faim en 1945, la dernière année de la Deuxième Guerre mondiale. Nous atterrîmes à Dong Hoi. Un million de bombes avaient été larguées sur cette province, où se trouvait cette ville détruite. Nous traversâmes le Nhat Le en radeau. Nous visitâmes un poste d’aide aux blessés de Quang Tri. Nous vîmes de nombreux chars M-48 capturés à l’ennemi. Nous empruntâmes des chemins de bois sur ce qui avait été un jour la Route nationale, détruite par les bombes. Nous rencontrâmes des jeunes soldats vietnamiens qui s’étaient couverts de gloire à la bataille de Quang Tri. Sereins, résolus, tannés par le soleil et la guerre, un léger tic réflexe sur la paupière du capitaine du bataillon. Nul ne sait comment ils avaient pu résister à tant de bombes. Ils étaient dignes d’admiration. Ce 15 septembre, dans l’après-midi, revenant par un itinéraire différent, nous avons recueilli trois enfants blessés, deux très grièvement : une fillette de quatorze ans était en état de choc, un éclat de métal dans le ventre. Les enfants travaillaient la terre lorsqu’une une houe a heurté par hasard une grenade. Les médecins cubains qui accompagnaient notre délégation les ont directement soignés pendant des heures, et leur ont sauvé la vie. J’ai été témoin, monsieur McCain, des exploits des bombardiers, dont vous êtes si fier, sur le Vietnam du Nord…

En ces jours de septembre, Allende avait été renversé ; le Palais de la Monnaie avait été attaqué, et de nombreux Chiliens avaient été torturés et assassinés. Le coup d’État fut soutenu et organisé depuis Washington.

Lino Luben Pérez, journaliste de l’Agence de presse nationale (AIN), a rappelé dans un article du 1er décembre 2010 une phrase que j’avais prononcée le 2 janvier 1966, lors du meeting pour le 7e anniversaire de la Révolution : « Au peuple vietnamien, nous sommes prêts à donner désormais non seulement notre sucre, mais aussi notre sang qui vaut bien plus que le sucre ! »

Le journaliste de l’AIN écrivait ailleurs dans cet article :

Pendant des années, des milliers de jeunes Vietnamiens ont fait des études à Cuba dans différentes spécialités, dont l’espagnol et l’anglais, tandis qu’une quantité considérable de Cubains a appris là-bas la langue de ce pays.

Des cargos cubains chargés de sucre ont mouillé dans le port d’Haïphong, dans le Nord bombardé par les Yankees, et des centaines de techniciens cubains ont participé aux travaux de reconstruction dans ce pays durant la guerre.

D’autres compatriotes ont créé des fermes avicoles pour produire de la viande et des œufs.

L’arrivée dans un port cubain du premier cargo de cette nation a constitué un fait saillant. De nos jours, la coopération économique entre les gouvernements et les entreprises, et l’entente politique entre les deux partis et les relations d’amitié se maintiennent et se multiplient.

Qu’on me pardonne ce modeste effort pour écrire ces quelques paragraphes au nom de notre amitié traditionnelle avec le Vietnam.

Ce matin, le risque d’éclatement d’un conflit aux conséquences funestes semble se dissiper grâce à l’initiative intelligente de la Russie, qui n’a pas bronché devant la menace insolite de l’administration étasunienne de lancer des frappes dévastatrices contre les défenses syriennes, ce qui pouvait coûter des milliers de vies à ce peuple et déclencher un conflit aux retombées imprévisibles.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, parlant au nom du gouvernement de ce pays courageux, a peut-être contribué à éviter dans l’immédiat une catastrophe mondiale.

De son côté, le peuple étasunien s’oppose fortement à une aventure politique qui toucherait non seulement son pays, mais toute l’humanité.

Fidel Castro Ruz

Le 10 septembre 2013

15 h 20

Transmis par Linsay




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