Gex : ses immigrés chéris du pouvoir...

et ses salariés qui voudraient bien gagner plus...
lundi 20 août 2007
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Gex ce n’est pas Lille et ici les immigrés sont accuillis à bras ouverts...enfin pas tous, ceux que le pouvoir choisit et du coup, le taux de chômage est négligeable... parce que les chômeurs fuient la région.

Début juillet, Gérard Coudert, un enseignant gessien de la Fédération syndicale unitaire, est “monté” à Bourg-en-Bresse pour assister à la traditionnelle distribution des postes d’instituteurs de la rentrée 2007 : 115 postes à pourvoir sur le département de l’Ain, dont 45 dans le pays de Gex. “C’est tous les ans le même scénario, témoigne-t-il. Parmi les plus jeunes, les moins bien classés passent en dernier, et quel choix leur reste-t-il ? Le pays de Gex... ça finit dans les larmes. Une affectation dans cette région est vécue comme une punition.”

Enclave de 50 kilomètres de long adossée au Jura et barrée par la frontière suisse, le pays de Gex (66 000 habitants) est un territoire honni par les fonctionnaires français. De loin, ses monts et sa douceur de vivre plaident en sa faveur. Effet trompeur. Cette bande de terre s’est muée au fil des ans en une banlieue cossue de Genève. Suisses et personnels de la Genève internationale sont venus s’y installer, poussés par le déficit chronique de logements côté helvétique et par une expatriation rendue plus facile par des accords entre la Confédération et l’Union européenne.

Le pouvoir d’achat suisse est trois ou quatre fois supérieur à celui des “autochtones”. Conséquence : les coûts tant d’acquisition que de location d’appartements ont connu une augmentation vertigineuse, au point que le logement en France voisine est en passe de devenir aussi onéreux qu’en Suisse. A moins de toucher au moins un salaire suisse (10 000 Français travaillent du côté helvétique), un couple ne s’en sort pas, un jeune prof ou une infirmière en début de carrière encore moins. Un instituteur qui débute gagne 1 400 euros net par mois, tandis qu’un studio ne se loue pas à moins de 500 euros.

“On voit des choses plutôt tristes, raconte Gérard Coudert, des enseignants dorment en début d’année dans leurs classes, d’autres dans leurs voitures ou à l’hôtel. Les plus débrouillards louent à trois ou quatre un appartement en tirant un trait sur leur vie privée. Ils restent dans la région au maximum deux ans et n’ont en tête qu’un souhait : leur mutation. Du coup, ça tourne beaucoup, et les parents ont l’impression que leurs enfants ne reçoivent pas un enseignement suivi.”

Hôpital de Gex, 220 lits, essentiellement en gériatrie. Pas de quoi attirer une jeune infirmière qui rêve plutôt des urgences ou de la “réa”. Celles qui viennent veulent vite “passer de l’autre côté”. Elles tâtent le terrain, avec un peu de chance dénichent un logement social et, sitôt après avoir emménagé, vont postuler à Genève. Tout bénéfice. Salaire suisse pour appartement gessien. Emilie, une jeune aide-soignante venue du sud-ouest de la France, fait pour l’heure du camping.

“Ici, les gens démissionnent sans crainte”

“J’ai loué un mobil-home, c’est ce qu’il y a de moins cher, explique-t-elle. Je gagne 1 150 euros net par mois. Chez moi, un tel salaire permet de se loger convenablement. Mais ici c’est mission impossible.” Les syndicats pensent que la mesure la plus efficace à prendre est l’octroi d’une prime de 350 euros pour tous les fonctionnaires. Le conseil général de l’Ain a déjà consenti à accorder une rallonge de 93 euros sur les salaires de la fonction publique. “Nous sommes classés en zone rurale, alors que le coût de la vie est aussi élevé que dans la région parisienne, voilà l’ineptie”, observe Denis Linglin, vice-président délégué au développement économique de la communauté de communes du pays de Gex.

Paradoxalement, plusieurs indices économiques de la région sont dans le vert. Le taux de chômage est parmi les plus bas de France. Les employeurs rencontrent maintes difficultés à embaucher. Thomas Louichon, responsable d’ADAEPRO, une société de recrutement : “On réclame en permanence des commerciaux, des travailleurs du bâtiment, des cuisiniers, mais, quand les candidats se sont un peu renseignés sur le pays de Gex, ils disent : non merci !”

Chez Carrefour, on cherche désespérément des bouchers, des boulangers, des pâtissiers. Roberto Preite, le patron de l’enseigne, en poste depuis quatre mois, n’a jamais vu cela : “Je viens du Nord, là-bas on se bat pour travailler dans nos rayons.” Un caissier qui avoue gagner 900 euros mensuels pour vingt-neuf heures de travail hebdomadaire peste : “Quand on compare nos salaires aux prix affichés par la grande distribution, qui sont aussi élevés qu’à Lyon ou à Annecy, on comprend pourquoi les gens s’en vont. Si le taux de chômage est bas, c’est que les chômeurs, eux aussi, partent. Ils crèvent, ici !”

A l’Agence nationale pour l’emploi de Saint-Genis-Pouilly, on chiffre à 3 600 les offres d’emploi annuelles, ce qui est très supérieur aux moyennes nationales. “Ici les gens démissionnent sans crainte, ils trouvent un nouveau job très vite, 400 personnes sortent de nos fiches tous les mois, ce qui représente un flux très important”, confie Sébastien Tubau, le chef de l’agence. “Fait nouveau, les entreprises suisses consultent de plus en plus nos fichiers et elles n’éprouvent aucun mal à recruter”, ajoute-t-il. Lui-même est sur le point de plier bagage, direction... Genève. Plein emploi et pauvreté, voilà un autre contraste.

Les enseignes de hard discount se sont multipliées, signe de précarisation. Etienne Blanc, le député et maire UMP de Divonne-les-Bains, observe que la région a vécu “une mutation gigantesque en un temps record” et que “le développement s’est déroulé en trompe-l’Å“il”.

Article de Christian Lecomte dans Le Temps du 02/08/2007

Transmis par Linsay



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