Les mouvements sociaux (# Yo Soy 132) et la politique

samedi 23 juin 2012
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L’irruption sur l’échiquier politique du mouvement # Yo Soy 132 [1] pose une série de nouvelles questions sur le « sujet » de la révolution et quant à la prise du pouvoir de l’Etat comme condition indispensable des transformations sociales. Pour discuter, quand bien même ne serait ce que brièvement, certains de ces points nous faisons une référence initiale au livre de John Holloway Changer le monde sans prendre le pouvoir (2002), qui soutient que les mouvements sociaux (au Mexique aujourd’hui, éminemment #YoSoy132) « peuvent signifier des changements fondamentaux dans la structure sociale et politique d’une société, et conditionner définitivement l’usage et la direction du pouvoir, en marge des représentations et médiations traditionnelles ».

La jeune Camila Vallejo, dirigeante du mouvement étudiant chilien, nous dit à juste titre que, néanmoins, pour transformer une nation les mobilisations ne suffisent pas, mais qu’il « est nécessaire d’additionner tous les secteurs et ne pas se limiter à exiger de ceux de toujours des transformations que jamais ils ne vont vouloir faire ». Cela signifie que les mouvements sociaux doivent être suffisamment « transversaux » et « mobilisateurs » de la société entière, de telle sorte que les structures du pouvoir actuel ne peuvent résister plus et se voient obligées de réaliser les transformations sociales exigées. La révolution, ou les changements réellement profonds, doivent surgir de l’intérieur de la société totale, et non d’une seule de ses parties.

Dans son livre, Holloway examine les caractéristiques et les effets hors pair des mouvements sociaux dans les années 90 et dans les premières du nouveau millénaire, considérant la rébellion zapatiste de 1994 et la mobilisation de Seattle de 1999 comme des référents indispensables. Il commence par reconnaître que ces mouvements luttèrent pour un changement radical, mais dans des termes et par des voies différentes à ceux des luttes révolutionnaires antérieures qui se proposaient immédiatement la prise du pouvoir.

Probablement un des plus grands mérites de Holloway est qu’il pose ouvertement, dès le début, quelques unes des questions essentielles du marxisme dans la tradition libertaire, invoquant des auteurs non orthodoxes (comme les auteurs de l’école de Francfort, Georg Lukacs et Ernst Bloch), et soutient que la transformation du monde est question de toutes les heures de tous les jours, sans limite de temps, et que cette tâche transformatrice est à la portée de chacun d’entre nous, y inclus dans notre vie ordinaire, et qu’il n’est pas nécessaire d’attendre de « grandes » secousses pour la rendre possible.

La transformation du monde est une tâche permanente, et non seulement dans les moments exceptionnels. Holloway cite les zapatistes : la grande question pour les révolutionnaires est la transformation continue du monde qui les entourent, en ayant perdu la certitude que le chemin est prédéterminé ; par exemple, les zapatistes ont dit que pour les révolutionnaires il est décisif d’abandonner toute certitude préfixée, et que « nous ne connaissons pas le chemin et mettre en question le chemin ou les chemins qui s’offrent à nous est partie du processus révolutionnaire lui-même ».

Ce qui signifie, en d’autres termes, que la révolution est une remise en question sans fin et non une réponse. « Repenser la révolution signifie questionner durant la marche même, durant le processus, la signification et la pertinence de nos actes, sans prétendre compter d’avance sur des réponses achevées » (Holloway).

Jamais il n’a été aussi évident que le capitalisme est un désastre et qu’il n’est pas absurde de penser que de continuer ainsi pourrait nous conduire à l’anéantissement humain. D’un autre côté, les tentatives de changer la société à travers l’Etat ou la prise du pouvoir ont échoué, tant dans leurs formes révolutionnaires que dans leurs voies réformistes. Par conséquent on pense que l’unique option pour poser à nouveau le changement social d’une autre manière est à travers une forme qui ne lie pas la révolution comme la prise de l’appareil étatique, mais qui se pose, précisément, par le changement du monde sans prendre le pouvoir. Et cela implique poser à nouveau la signification du pouvoir, la signification de la théorie et de la praxis de la pensée révolutionnaire et de la tradition marxiste.

Les mouvements sociaux sont des actions collectives dans lesquelles la population est éduquée et mobilisée, parfois durant des années, pour défier les habituels leaders sociaux et les propriétaires des moyens productifs, les oligarchies, faisant pression sur eux et les obligeant à résoudre des problèmes sociaux déterminés ou des dommages, et à restaurer les plus importantes valeurs sociales. En fin de compte, il s’agit de l’affrontement des mouvements sociaux avec le pouvoir pour gagner la volonté des majorités, et de la lutte politique pour changer le statut quo.

Dans un temps de terrible centralisation du pouvoir il est toujours important et utile de rappeler le « pouvoir du peuple », bien qu’il ait été éliminé dans une bonne mesure ou tout au moins rendu vulnérable par les moyens de communication, qui ont contribué à éliminer ou limiter la participation citoyenne dans les processus de prise de décision. Les pouvoirs hautement centralisés agissent en faveur des minorités, en même temps qu’ils sous-estiment le bien commun et aggravent les problèmes collectifs. Ils sont par définition antidémocratiques, alors que les mouvements sociaux postulent la démocratie participative et radicale.

En définitive, cela explique les lignes centrales du dernier des mouvements sociaux importants qui a surgi au Mexique (#YoSoy132) qui pour conclure sollicite énergiquement que tous les jeunes et citoyens du pays votent le 1er juillet, évidemment pour le candidat des gauches Andrés Manuel Lopez Obrador. Les mouvements sociaux comme Morena ou #YoSoy132 ont à marquer la fin de leur militance imparable par un vote dans les urnes qui reflète clairement leur signification et leur intention.

Victor Flores Olea

Source : La Jornada

Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant


[1Le mouvement d’étudiants #YoSoy132 pourrait jouer les troubles fêtes à l’élection présidentielle mexicaine du 1er juillet 2012 (Ndt).



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