Luttes des Intermittents : un choix de société !

samedi 21 juin 2014
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Les intermittents du spectacle (artistes et techniciens) battent le pavé pour essayer de se faire entendre d’un gouvernement autiste à la solde du MEDEF et aux ordres de l’UE. Car c’est bien de cela dont il s’agit : dans le domaine de la culture, comme ailleurs, les patrons ne veulent plus payer leur côte part. Comme pour les autres salariés, précaires ou chômeurs les employeurs veulent rogner sur les acquis. Pour en savoir davantage nous avons donné la parole à des amies de Rouge Midi : la comédienne Catherine Lecoq et la chanteuse Isabelle Desmero.

Se battre en permanence...

Isabelle  : « Depuis plus de 25 ans, que j’ai commencé à faire ce métier, j’ai toujours vu le medef vouloir remettre en cause nos acquis. J’ai déjà du mal à joindre les deux bouts, mais avec ce ce le gouvernement s’apprête à signer je ne pourrais plus vivre du tout de mon métier. Ils pratiquent le théorème de la grenouille plongée dans une casserole d’eau froide : ils augmentent petit à petit la température jusqu’à ce que cela ne soit plus supportable. Mais nous ne voulons pas attendre que l’eau soit trop chaude pour nous défendre… Ce que je dis souvent en manif ou en actions : "je ne me laisserai pas tondre sans bêler..."

Petit à petit, comme pour les retraites ou la sécu, la baisse de nos cachets est constante. Mais là ce n’est plus possible.

Actuellement, si je ne touchais pas le chômage, je gagnerais pas assez pour vivre dignement de mon métier, qui me prend tout mon temps, les soirs et les week-end compris.
Lorsque je travaille une journée (12 heures) je gagne 120 € en moyenne, il y à 25 ans je gagnais 1000 francs ( soit 152 €).

Et pourtant il faut non seulement écrire le spectacle, le mettre en scène, le répéter, en faire la promotion et le vendre ; et pendant ce temps là nous survivons grâce à nos indemnités, à part quand les répétitions sont payées, ce qui n’est pas si fréquent, et rarement plus que le smic.

L’autre attaque que nous subissons vient de la baisse des subventions allouées au spectacle vivant. Par exemple, notre dernier spectacle de 3 musiciens et 2 chanteurs comédiens qui avec le décors, les techniciens et les affiches dont la conception et l’élaboration avait été estimé à 30 000 €, a reçu la royale subvention de 6000 € ! Ensuite, débrouille-toi...
Avec si peu d’argent pour créer, il faut faire des choix, et ce sont souvent les salariés qui font les frais de ces sacrifices...

De plus, la crise et la politique d’austérité entrainent une raréfaction des subventions aux collectivités territoriales et donc mécaniquement une diminution importante de l’achat de nos spectacles. par les villes, les départements…, il arrive même que certaines villes, en cessation de paiement, nous laissent faire le travail, et ne nous le paient pas… imaginez vous faire votre travail, et vous entendre dire, quand tout est fini, et s’est bien passé : "on ne peut pas vous payer, bien qu’un contrat ait été signé... faites nous un procès" ajoutent-ils... Un procès contre le Trésor Public... Qui oserait ?... on reste donc avec ce genre de déficit sur les bras...

Le plus dur c’est d’être obligé de se battre en permanence contre de multiples ennemis, de ne jamais baisser les bras et de ne pas savoir de quoi demain sera fait. Actuellement aussi, je dois ajouter que c’est très dur d’être qualifiée de privilégiée par des gens qui ne connaissent rien de la vie que nous menons… il ne faut pas se laisser enfumer par la désinformation. Nos métiers, bien que passionnants, nous demandent énormément de sacrifices, parfois même au détriment de nos vies personnelles... »

Une remise en question de chaque jour...

Catherine : « Effectivement, c’est plus compliqué pour les artistes de spectacles vivants que pour les techniciens. Par exemple un ingénieur son peut aussi bien sonoriser un colloque, une conférence de presse, un groupe de rock ou une pièce de théâtre.

Nous c’est différent, il s’agit de notre peau, de notre âme et notre savoir faire dans un spectacle unique au monde.

Les cafés restaurant par exemple, qui font venir des musiciens font de plus en plus souvent du chantage « on vous paye au noir sinon on ne vous reprend plus ! ».

Ils en profitent lâchement, car les artistes isolés n’osent pas monter au créneau, alors un petit cachet vaux mieux que pas de cachet du tout. Mais l’artiste n’est plus déclaré, il ne fait donc plus ses heures et ne peut plus prétendre aux indemnités. Le plus souvent ils finissent au RSA.

Mais que veulent-ils qu’on fasse ? Vous connaissez un secteur qui embauche ?

Bien sûr, certains d’entre nous ont d’autres projets et se produisent dans des centres sociaux, proposent des interventions dans les écoles, etc...

C’est une remise en question de chaque jour, une absence de possibilité d’envisager sereinement l’avenir. C’est tellement vrai que lorsque ma fille a voulu louer un appartement, ni son père ni moi (nous sommes tous les deux des intermittents) n’avons pu nous porter garant pour elle. Nous avons été obligés de faire appel à son ... grand-père.

C’est un métier usant. La preuve : notre caisse de retraite est excédentaire car c’est un métier où l’on meurt jeune ! »

Vous avez dit intermittents-du-spectacle !


Un intermittent est un salarié qui au cours d’une même année alterne des périodes de travail déterminées pour le compte d’un ou de plusieurs employeurs et des périodes d’inactivité ou de création. Le régime de salarié intermittent à employeurs multiples a été institué en 1936 pour les techniciens et les cadres du spectacle et est devenu un modèle de flexibilité du travail et de l’emploi.

Ce régime permet aussi aux structures culturelles de bénéficier d’un vivier de talents très divers et aisément mobilisables. Il constitue un atout artistique mais également économique dans la mesure où le recours à des salariés recrutés sur des contrats à durée indéterminée constituerait pour les structures culturelles un alourdissement de leurs charges de fonctionnement qui, dans la plupart des cas, notamment dans le domaine du spectacle vivant, serait susceptible de compromettre leur survie.



La manifestation des Intermittents à Marseille.

254 394 salariés ont cotisé au régime des intermittents en 2011, mais seuls 43 % d’entre eux, soit 108 658, ont bénéficié d’au moins une journée d’indemnisation (58 102 artistes et 50 556 techniciens).

En effet, le “droit d’entrée” est assez élevé : il faut justifier de 507 heures de travail sur dix mois pour les techniciens (dix mois et demi pour les artistes) avant d’obtenir une allocation de retour à l’emploi, contre 610 heures sur 28 mois pour les salariés du régime général.

Les secteurs marchands culturels regroupent 160 000 entreprises et emploient 2,3 % des actifs de notre pays, soit autant que l’agriculture.

Les difficultés actuelles du système mutualisé des intermittents auquel veut s’attaquer le grand patronat en tentant de dresser une partie de la société contre eux, concerne l’ouverture des droits dits « au chômage » pour désigner des périodes « d’inactivité visible » qui serait considérablement retardée pour plus de la moitié des intermittents, plaçant une partie encore plus grande d’entre eux dans une précarité encore plus profonde.

Dans cette situation, le mouvement des intermittents pose la grande question de la protection de tous les salariés qui comme eux subissent l’emploi précaire ou discontinu.

Il ne s’agit pas ici d’une problématique marginale à un moment où plus de 85 % des embauches s’effectuent en contrat à durée déterminée. Ainsi, en s’attaquant au régime des intermittents, le MEDEF combat l’instauration de nouveaux droits sociaux pour les travailleurs précaires et entend grignoter ceux acquis au fil d’années de luttes.

Bref, il refuse la solidarité sociale. Et l’argumentation comptable développée depuis des mois sur un prétendu coût trop élevé est spécieuse, au regard de l’apport de la culture à la société en son entier qui, prise au sens large, représente 670 000 emplois et plus de 100 milliards d’euros de contribution directe à l’économie nationale.
 

La culture ça peut rapporter gros !


Les festivals d’été peuvent en effet être de véritables moteurs économiques pour certaines villes et leur région.



Manifestation des Intermittents à Marseille (photo VD)

C’est le cas du festival de Jazz In Marciac qui rapporte près de 9 millions d’euros à la commune de Marciac et ses 1300 habitants, selon Jean-Louis Guilhaumon, président du festival et maire de la ville. Jazz In Marciac dispose d’un budget de 3,5 millions d’euros financé à hauteur de 75% par la billetterie.

Jean-Marie Songy, directeur du festival d’Aurillac indique lui que « chaque euro investi dans le festival rapporte quatre euros à l’économie locale ». Or le budget du festival s’élève à 1,7 million.

Le festival des Vieilles Charrues a lui rapporté près de 5 millions d’euros, avec près de 300 entreprises différentes sollicitées, dont la majorité basée en Bretagne.

Et le célèbre festival d’Avignon génère des retombées économiques sur la ville estimées à 23 millions d’euros, sans compter la contribution du festival off.

 
« Parce qu’elles mobilisent des créateurs et des publics, parce qu’elles sont sources et ressources, tout en suscitant des envies de savoirs, de connaître, bref de se cultiver pour que chacune et chacun accède aux humanités, les activités culturelles sont partie intégrante d’un nouveau modèle de développement social et humain.

Comme l’école, la santé, l’habitat et les transports de qualité, elles doivent être pensées comme un investissement collectif pour le développement de biens communs humains, participant à une société du bien vivre, une société d’individus solidaires, responsables, faisant société ensemble. Tout le contraire de l’excitation imbécile aux divisions qui a cours aujourd’hui. » [1]

Entretiens la_peniche


[1Patrick Le Hyaric l’Humanité Dimanche – 20 juin 2014



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