Yann Arthus-Bertrand : Personnage rotor.

lundi 22 juin 2009
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Depuis le triomphe de son film, le photographe héliporté se prend pour un « home » providentiel...

« Au point de copinage ou ils en sont tous les deux, confie un bon ami d’Arthus-Bertrand, et après le phénoménal succès du film »Home« (diffusion dans 81 pays, plus de 8 millions de téléspectateurs en France), Sarko (qu’il tutoie et réciproquement) est bien fichu de proposer un ministère à Yann, et Yann est bien fichu de l’accepter. »

Pourquoi se restreindre ?

Même s’il salue hautement « le bon ministre de l’Environnement » du Président (Chantal Jouanno), le photographe à moustache et académicien des Beaux-Arts, 63 ans, se tient désormais pour un faiseur d’élection.

« Home », a-t-il confié sur France Info, a « certainement favorisé » le succès des listes Europe Ecologie (qu’il a, d’autre part, soutenu de son bulletin).

Et donc contribué à l’affaiblissement du PS.

On ne mesure pas assez l’impact électoral d’une belle image d’ours polaire.

Ou de pachyderme dans la savane.

Gaffe, cependant !.

Même s’il assure voter écolo depuis la candidature du regretté René Dumont à la présidentielle de 1974, YAB (appellation contrôlée par son entourage) est loin de tenir au frais un programme politique dans le chargeur de sa caméra.

Ou alors un programme si peu orthodoxe qu’il pourrait bien comprendre un volet nucléaire, ce qui n’est pas tout à fait dans la ligne Verte européenne.

"Il le répète tout le temps, précise un proche, l’écologie n’est pas un parti.

C’est bien pourquoi certains l’accusent de ménager la chèvre et le chou."

Est-ce possible ?

De fait, il n’y a pas plus consensuel, ou moins ennemi des conflits écolos que ce fils d’orfèvres renommés qu’on n’a jamais surpris à dénoncer des Etats pollueurs-voyous, des industriels naturicides ou des agriculteurs j’men-foutistes.

Il l’expliquait encore délicieusement à un journal suisse fin mars :

« Il n’y a pas d’un côté les méchants qui mentent et qui polluent, et de l’autre les gentils qui font tout juste. Ce n’est pas comme ça qu’on avance ! »

Admettons, mais est-on bien sûr d’aller très loin en mettant dans le même éco-sac les Dogons et Monsanto, les productivistes à tout crin et les derniers bergers des Cévennes ?

Sans compter qu’il s’annonce tout de même assez coton d’aller parler de réductions d’énergie à des milliards d’Indiens, de Chinois et de Brésiliens qui viennent à peine d’atteindre la croissance...

Il faut s’y faire. Une intense frâicheur imprègne souvent les discours de notre petit Gandhi héliporté.

Dans « Match », en mars toujours : « Quand je vais à Gaza,je n’y comprends plus rien. L’homme a besoin de beaucoup d’amour, besoin d’aimer l’autre ».

Douloureux constat, qui amènerait presque des larmes aux yeux si l’on ne savait que notre agneau à moustache est dans le même temps un patron particulièrement colérique et brutal.

Et surtout un homme d’affaires efficient (3 millions de livres, 240 000 DVD, des tonnes d’images, de cartes postales, de posters vendus) capable, à en croire ses amis, de « convaincre en un quart d’heure » BNP Paribas de financer son expo titanesque du Grand Palais, « 6 milliards d’autres ».

A force de s’agiter entre show et business, Yann est même devenu le consultant des maisons Phénix pour leurs habitations « Vertes ».

Boulot qu’il assure effectuer gracieusement.

Le total de ses revenus lui permet, semble-t-il, cette fantaisie un rien valorisante...

"Vous savez, poursuit l’ami déjà cité, Yann, et il le reconnaît aussi, n’est pas un artiste. C’est un imaginatif ; techniquement, c’est un très bon cadreur, mais c’est surtout un homme de marketing encombré de quelques paradoxes
O combien !

Et à commencer par les plus évidents.

Eveillé, selon la légende, à la défense de la nature par l’observation des lions du Kenya, il a « shooté » pendant dix ans le si économique, si « décroissant » Paris-Dakar.

Angoissé par les déperditions d’énergie, il ne se déplace quasiment qu’en hélico, y compris de sa très décente résidence des environs de Rambouillet à ses bureaux voisins de l’hippodrome de Longchamp à Paris.

Histoired’expier ou d’être un rien cohérent, il a cependant équipé son domicile de panneaux solaires et acheté un scooter électrique...

YAB a fait grincer quelques dents lorsqu’il a estimé que tout un chacun devait désormais et à sa modeste place accomplir pour l’environnement ce que vient de réaliser le groupe Pinault (Redoute, Fnac, Conforama, « Le Point », etc) en finançant à 80% son « Home ».

Sûr, PPR, qui conduit actuellement un plan de dégraissage social, est la référence humanitaire et écolo obligée des petits budgets qui se pressaient le 5 juin au soir de la projection publique sur les pelouses du Champ-de-Mars.

Et auxquels YAB demandait ce qu’ils allaient faire pour sauver le monde.

Yann, pour sa part, va tout d’abord animer sa jeune fondation.

Ensuite, il se murmure autour de lui qu’il n’est pas trop mécontent d’avoir grillé le grand concurrent Nicolas Hulot (dont le film-catastrophe ne sort qu’en octobre).

Et surtout de l’avoir supplanté dans le rôle de la grande conscience écolo nationale et non encartée.

Ce n’est pas parce que la planète va disparaître (sauf si) qu’il faut s’interdire quelques petites satisfactions d’amour-propre...

Par Patrice Lestrohan dans Le Canard enchaîné du 17/06/2009

Transmis par Linsay



Commentaires

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mercredi 23 septembre 2009 à 12h53 - par  Charles Hoareau
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mardi 22 septembre 2009 à 21h06 - par  Guydegif(91)

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