Manuel Valls : Tout ce qui nombril n’est pas or.

jeudi 17 septembre 2009
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Obsédé de « modernité » et de com’, le frétillant député-maire socialo d’Evry se voit quasiment à l’Elysée. D’autres l’y voient aussi, mais comme ministre de Sarkozy.

A CROIRE que c’est l’un de ses rivaux du PS – notre héros n’en manque pas – qui a monté le coup : en plein débat sur l’introuvable « rénovation » socialiste, le mensuel « Technikart » s’est offert des dos de kiosque pour nous présenter l’icône de « la gauche Prada » :

Manuel Valls, 47 ans, député-maire PS d’Evry (Essonne), candidat autoproclamé à l’éventuelle primaire de la gauche, et, au-delà bien sûr, à la présidentielle de 2012, ou de 2017, ou d’avant ou d’après ou de quand on voudra.

Valls fait savoir que ce titre est de la responsabilité du magazine, et qu’il ne s’en est pas offusqué. Il vaut toujours mieux faire parler de soi que s’exposer à l’anonymat de la rue

Le plus souvent porteur en effet de costards qu’il veut branchés, le froid ténébreux Manuel s’est attiré dans les rangs de son parti le surnom de « Monsieur Moi-Même », ce qui peut laisser entendre que la modestie n’est pas sa vertu cardinale.

Depuis deux ans et demi, c’est-à-dire depuis que la défaite de Ségolène lui a donné de sérieux
appétits, peu d’événements l’ont laissé sans réaction.

Quitte à aligner de patentes banalités.

Opposé à « l’abandon » du terrain militaire afghan, il a tenu à signaler, sur France2 , que les plus récents décès de nos militaires nous « rappellent que nous avons des soldats dans des territoires dangereux, qu’ils font un métier dangereux et qu’on peut [en mourir] ».

Pas faux par temps de guerre.

Activisme analogue à l’Assemblée, où, entre autres et multiples activités, Valls s’est récemment propulsé président d’un groupe socialo informel sur « l’éthique et la fin de vie ».

Lui qui se tient pourtant à l’orée d’une existence si palpitante !.

Monté en graine sous le Premier ministre Rocard, son mentor pour toujours peut-être, dircom ombrageux, sinon « odieux » (le mot est de lui) de Jospin à Matignon, Manuel n’adore rien tant que communiquer.

Un penchant que n’ont pas contrarié ses vieux copains de la fac et de l’UNEF Stéphane Fouks, patron de la maison de pub Euro RSCG, une influente filiale d’Havas, et le journaliste Claude Askolovitch, aujourd’hui au « JDD » et sur Europe 1.

Avouez qu’on serait bien bête de la boucler quand vos amis disposent de tels porte-voix !

Enfin, déjà auteur de cinq livres politiques, Manuel nous en annonce un sixième pour la fin
novembre.

C’est que c’est d’un formidable projet de société « moderne » que Valls entend nous entretenir : une société où la principale formation de gauche, à rebaptiser d’urgence (« le mot »socialiste » est une prison »), « lutterait, (bien sur) en permanence contre les inégalités », « mais serait aussi le parti de l’entreprise et de l’investissement », « refuserait la compassion » au profit de « l’autorité », s’attacherait à « restaurer le lien social » et, pour entrer dans le détail des choses, une fois parvenu au pouvoir, imposerait par exemple « des quotas d’immigration professionnels ».

Pour ce genre de dispositions, Valls s’est également vu qualifier de « Sarko du PS ».

C’est sûrement infondé.

La preuve : en 2007, le vrai Sarko lui a offert de rejoindre le gouvernement « d’ouverture ».

Un gag.

Manuel vise tellement plus haut : « Il ne serait pas illogique que le maire d’Evry succède au maire de Neuilly. »

Et qu’on n’aille pas à son sujet parler de syndrome Obama.

Toujours plus haut, toujours plus fort encore : si un livre l’a inspiré, confiait Valls en mars dernier aux étudiants de l’Essec, c’est une biographie de Lincoln, le libérateur des esclaves noirs.

Un ouvrage à reparcourir peut-être après ses errances verbales, captées à son insu par une équipe de Direct 8, sur l’absence de « whites » ou de « blancos » sur le marché de sa bonne ville.

Du coup, signale « Marianne » (5/9), à Montpellier, des supporters de Georges Frêche réclament le retour en grâce socialiste de ce dernier au motif qu’il n’a pas « dit pire que Valls » !.

Simple péripétie du parcours tourmenté d’un grand politique.

Sommé, à la mi-juillet, par Martine Aubry de se taire ou de quitter le PS, Valls, pour l’heure, a choisi de ne pas choisir, ce qui laisse le problème entier : sur quelles forces s’appuyer pour décrocher l’investiture, puis l’Elysée ?
Délicat.

Défenseur du « non » au référendum de 2005 avant de prôner le « oui », ferme supporter de Sego pour la conquête du premier secrétariat avant de la juger aujourd’hui « exaltée » et « solitaire », Manuel a par surcroît réussi le prodige de se brouiller avec tous les entreprenants quadras ou jeunes quinquas du parti (Montebourg, Moscovici, etc.), qu’il avait un temps courtisés.

De se brouiller ou de s’en éloigner.

Un isolement perceptible à l’Assemblée, où Valls déambule le plus souvent seul.

Pour tout arranger, des malveillants se plaisent à rappeler à son sujet l’itinéraire d’un petit malin,également parlementaire, qui, à son dernier congrès socialiste, ne recueillit pas plus de 1,6% des voix sur une motion « blairiste ».

Dénommé Bockel et prénommé Jean-Marie, ce laissé-pour-compte siège aujourd’hui au gouvernement.

Mais le comparer à Valls est inepte.

On le sait depuis toujours à gauche : l’histoire ne se répète jamais.

Par Patrice Lestrohan dans Le Canard enchaîné du 09/09/2009

Transmis par Linsay.


En médaillon dessin de Nalair



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vendredi 18 septembre 2009 à 08h32 - par  alain girard

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