PORT de BOUC : misère quand tu nous tiens !

lundi 6 janvier 2014
popularité : 6%

Les luttes fréquentes dans les magasins Carrefour sont toutes représentatives de l’exploitation forcénée des salariés qui se déroule au sein de cette enseigne. Carrefour n’est pas un « service public » c’est une machine à faire de l’argent, sur le dos des clients et au détriment des salarié (e) s. La moindre broutille est utilisée pour sévir contre un personnel sur-exploité et sous-payé. Nous vous proposons aujourd’hui le témoignage de notre correspondant local à Port de Bouc. Retour au 19 ème siècle, une histoire digne de Victor Hugo !

Au Carrefour de la misère

Elles se prénomment Muriel et Marie Pierre… Elles sont employées chez CARREFOUR depuis des années…Vous ne les connaissez pas, même leurs noms ne vous dirait rien, c’est pour cela que nous les tairons…

Vous ne les connaissez pas et pourtant elles nous ressemblent tellement !

Elles font partie de ces nombreuses travailleuses anonymes, femmes de l’ombre surhumaines qui réussissent à allier vie de famille et travail… et quel travail !

Du Lundi au Samedi, levées en pleine nuit pour une prise de poste avant l’aube alors que le soleil, lui, est encore couché… Elles se pressent malgré cette courte nuit, se hâtent et jettent un dernier coup d’œil en arrière avant de refermer la porte de leur logis, sur leur vie et leurs enfants qu’elles n’auront, ce matin encore, pas même le loisir d’accompagner jusqu’à l’école… qu’à cela ne tienne… une nourrice ou une voisine-amie s’en chargera, « les gens de peu » savent s’entraider et faire des concessions sur l’essentiel et de toute façon elles n’ont pas le choix… le travail est là, le patron ne tardera pas à arriver et le chef de service surveille peut être déjà la pointeuse…

C’est qu’on ne rigole pas dans la grande distribution et à Carrefour encore moins !

Tout est prétexte à remontrances, réflexions cinglantes ou remarques assassines avec pour seul et unique but de vous faire culpabiliser d’oser bénéficier de cet énorme « avantage » qu’est cet emploi et justifier le fait que vous ne gagnerez malheureusement pas plus, encore ce mois ci, qu’un misérable salaire avoisinant péniblement 1000 € nets pour un travail à temps complet…

Elles rempliront donc comme d’habitude ces immenses gondoles, ces centaines d’étagères métalliques qui composent leurs rayons de diverses boites de conserve ou autres fromage, de bouteilles de vin ou de croquettes pour animaux, tout en sachant que la lumière blafarde de ces néons qui leur usent les yeux dès 5 heures du matin ne se transformera probablement jamais en aurore boréale ou en couché de soleil sur la mer d’huile lointaine dont elles rêvent tant…

C’est qu’il y a bien longtemps qu’ils n’ont plus rien à proposer ni à donner à leurs salariés les grands pontes actionnaires de Carrefour ! Alors le « management par le stress » s’est imposé peu à peu aux yeux de ces grands prélats comme seul remède possible à l’explosion sociale qu’ils redoutent puisqu’il parait, « on » leur a assuré, qu’un salarié stressé est jusqu’à 2 fois plus productif !

Et c’est ainsi que, malgré la difficulté de la vie, malgré ces renoncements quotidiens, ces loyers de plus en plus chers, ces crédits à la consommation dont on ne voit jamais la fin, ce surendettement continuel encouragés par ceux là même qui vous exploitent, malgré cette envolée des prix historique dont parlent tous les journaux mais contre laquelle apparemment « personne ne peut rien », ce sentiment que chaque fin de mois est de plus en plus lointaine, c’est malgré tout qu’elles continuent, courageuses et fières qu’elles sont, à croire que leur salut et leur dignité passe par la satisfaction de cet employeur par ailleurs si peu reconnaissant…

Mais ce doux ronron inaudible de la misère moderne, cette mauvaise fable inintéressante à la vie de nos grands décideurs, cette petite histoire insignifiante de petites vies, ô combien anodines et contemporaines, débouchent parfois sur de bien tristes fins…

C’est le cas de Muriel et de Marie Pierre, qui, un beau matin, après avoir refermé comme à l’accoutumée la porte de chez elles, jeté un dernier coup d’œil dans leur miroir et sur leurs enfants encore endormis, assaillies de doute et de lassitude, ont cru pouvoir, un beau matin donc, commettre un crime atroce, le pire de tous…un crime de lèse majesté !

Elles ont, dans un de ces probables moments d’égarement que la société bien-pensante réprouve, volé de la nourriture sur les étalages de ce grand magasin dans lequel elles travaillent depuis tant d’années… et non, nous ne rêvons pas, il s’agit bien de simple nourriture ! Du jambon en tranches, du beefsteak et un peu de fromage… Pas de CD ou DVD, pas de rouges à lèvres ou autres produits de luxe, non, non…juste de la bouffe !

En 1795, un hiver très froid entraîne la famille Valjean dans la disette.

« Un dimanche soir, Maubert Isabeau, boulanger sur la place de l’église, à Faverolles, se disposait à se coucher, lorsqu’il entendit un coup violent dans la devanture grillée et vitrée de sa boutique. Il arriva à temps pour voir un bras passé à travers un trou fait d’un coup de poing dans la grille et dans la vitre. Le bras saisit un pain et l’emporta. Isabeau sortit en hâte ; le voleur s’enfuyait à toutes jambes : Isabeau courut après lui et l’arrêta. Le voleur avait jeté le pain, mais il avait encore le bras ensanglanté. C’était Jean Valjean. »

VICTOR HUGO

Et là, les bras nous en tombent… tant la question posée par cet acte apparemment incompréhensible et les réponses qui nous viennent pourtant spontanément à l’esprit nous effraient…

Tant ce geste fou, ce comportement insensé a pu ou pourrait un jour s’emparer de nous, tant cette incompréhension angoissante nous laisse tout à la fois sans réaction et rempli de révolte… et si nous leur ressemblions sans oser nous l’avouer ? Et si nous partagions en secret la même misère sans oser la dévoiler, la montrer aux autres ? Si derrières nos « SBAM » [1] savamment enseignés et nos « Tu vas bien ?/Ca va bien » quelques peu contraints qui fusent en salle de pause, nous avions eu un jour à nous mettre à leur place en espérant avec tant de force que l’on ne nous juge pas ?

Faut il être à ce point miséreux ou « pris à la gorge » pour s’adonner à cette forme de renoncement de soi ?

C’est qu’il leur en a fallu du courage, de l’abnégation pour, passé le cap du stress et des battements de cœur qui s’accélèrent, oser sortir et passer devant ce portique détecteur d’alarme devant lequel trônait un agent de sécurité qui, avec regret (il faut l’espérer), s’apprêtait à faire son travail…

Il leur en a certainement fallu de cette inconscience passagère qui vous fait abandonner un instant la raison et la peur, pour pouvoir prendre sur soi même au risque de perdre votre emploi…

C’est qu’elles ont dû en connaître de ces journées de misère, de ces mois de galère qui finissent, tant ils se répètent, par passer même inaperçu à force de s’ancrer dans notre quotidien, de ces luttes harassantes passées à jongler avec les aléas coûteux de la vie, de ces angoisses récurrentes à se demander si « le crédit de trop » ne conduira pas un jour un huissier à devoir venir, lui aussi à son tour, « faire son travail »…

Alors certes, elles se sont laissées aller au « pire »… voler un peu de nourriture en magasin, à la sortie de leur travail, pour pouvoir ce mois ci au moins, faire que manger ne soit pas un sacrifice budgétaire supplémentaire !

Pour beaucoup, chaque jour un peu plus nombreux, nous en sommes là, à Carrefour comme dans d’autres enseignes… sans même oser nous l’avouer…

Des salariés, courageux et travailleurs, passent le cap de la honte et de la crainte pour tenter de s’en sortir, passent outre la peur et l’angoisse pour pouvoir joindre un temps les deux bouts…

Et pourtant… ces deux employées qui nous ressemblent devraient elles avoir honte !?

Que penser alors de ces grands dirigeants, ces symboliques « grands pontes » de Carrefour si docilement complices, si bêtement représentatifs du grand capital qui, après avoir œuvré pour satisfaire les appétits sans cesse grandissant de leurs actionnaires (ARNAUD et autres fonds d’investissement américains), s’octroient, avec le sentiment du devoir accompli, des salaires ou des indemnités de départ dont le montant vous donne soit le vertige soit la nausée tout en laissant dans le même temps s’enfoncer, chaque jour un peu plus, des dizaines de milliers de salariés dans la misère ?

Alors voilà, aujourd’hui Muriel et Marie Pierre, elles, sont bien loin de leur monde virtuel…

Elles sont mises à pied à titre conservatoire et attendent avec angoisse de recevoir par courrier cette maudite lettre qui va les convoquer à « un entretien préalable en vue de leur licenciement », comme l’a reçu il y a peu de temps, ce malheureux salarié SDF de Carrefour IVRY qui, parce que son salaire ne lui permettait pas de se loger sur la capitale avait le culot, une fois la nuit passée dans un quelconque centre social d’hébergement, de ne pas trouver de transport en commun à 3 heures du matin et se permettait d’arriver en retard ! Rendez vous compte !

Carrefour et ses serviteurs dirigeants zélés ne font pas de sentiment… C’est d’ailleurs même la seule chose pour laquelle ils ne soient pas payés ! Ni avec leurs clients, ni avec leurs fournisseurs et encore moins avec leurs salariés… Ils se débarrasseront donc certainement une fois de plus de ces deux « immondes voleuses » qui ont osé succomber à la tentation en dérobant, quel crime ( !) de quoi remplir un peu plus, un tout petit peu plus, leur frigo ce mois ci…

Ils appliqueront donc sans doute, sans même rougir, puisque la honte n’est pas un sentiment qui les habitent (eux) la sanction couperet du licenciement inéluctable qu’ils destinent à tous ceux, salariés indélicats, travailleurs trop lents ou trop revendicatifs, et les enverront à leur tour, d’une simple signature en bas de page, pointer au chômage comme tant d’autres !

VOILA LE MONDE DANS LEQUEL NOUS VIVONS !
Dans quel monde vivront nos enfants et petits enfants ?

Allons nous continuer à nous taire ?

Pouvons nous continuer à travailler pour ne simplement faire que surnager dans des océans de factures, de crédits et de dettes sans espoir un jour d’une vie meilleure ?

Allons nous devoir continuer à regarder partir du coin de l’œil des dizaines de Muriel et de Marie Pierre sans penser à nous unir, sans même tenter de réagir ?

Nous demandons solennellement à Carrefour de prendre en considération cette histoire avec humanité et circonspection, de réfléchir à deux fois avant de jeter aux régimes sociaux ces deux mères de famille et d’agir concrètement à l’égard de tous les salarié(e)s pour que ces histoires, tout droit issues de la misère sociale dans laquelle se débattent la plupart d’entres eux (elles), ne se reproduisent plus jamais, que jamais plus un salarié(e) ne soit obligé de voler de la nourriture pour pouvoir vivre décemment !

NON, MURIEL ET MARIE PIERRE VOUS N’ÊTES COUPABLE DE RIEN !

QUE LES VRAIS COUPABLES, DIRIGEANTS ET ACTIONNAIRES DE CARREFOUR, QUI CROULENT SOUS DES MILLIONS D’EUROS SEFIENT

LESESPOIR DE CES TRAVAILLEURS QUI LEUR REMPLISSENT LES POCHES PEUT PARFOIS ÊTRE TRÈS MOBILISATEUR

L’INJUSTICE QUOTIDIENNE OUTRANCIÈRE SUBIE PAR LES SALARIE(E)S
DEVIENT SOUVENT EXTRÊMEMENT FÉDÉRATRICE !

Notre correspondant local à Port de Bouc.


Le groupe Carrefour est reconnu comme un employeur dur sur les conditions de travail de ses employés par exemple en ce qui concerne les horaires, tels que le temps partiel des caissières ou bien les résultats tels que ceux demandés aux chefs de rayons, comme le démontre l’ouvrage de Grégoire Philonenko, ouvrage qui a eu une forte couverture médiatique en 1997. En outre, il a été reproché au groupe une surveillance trop active et parfois proche de l’espionnage de ses employés108, voire de s’en servir comme motif de licenciement.

L’enseigne Carrefour en France a été longtemps reconnue comme assurant à ses collaborateurs une meilleure rémunération que ne le faisait ses concurrents et parfois même meilleure qu’ailleurs au sein du groupe (Champion, ex-Euromarché, établissements Sogara). Afin de préserver la paix sociale, Carrefour a privilégié historiquement le syndicat Force ouvrière à la CFDT et à la CGT. Néanmoins, les magasins Carrefour connaissent des conflits sociaux (grèves) comme la journée nationale d’action dans la grande distribution du 1er février 2008 à l’appel de plusieurs syndicats. L’hypermarché Carrefour Grand Littoral à Marseille est même devenu un symbole de ces revendications essentiellement salariales. Le magasin est resté bloqué 11 jours.

En octobre 2008, le Groupe Carrefour a été condamné à une amende de 1,287 million d’euros pour avoir pendant plusieurs années payés en dessous du SMIC 400 employés de deux hypermarchés111. En novembre 2010, il a été condamné par les prud’hommes de Grenoble à payer près de 400 000 euros d’arriérés de salaires à plus d’une centaine de salariés d’un hypermarché Carrefour en Isère pour la même raison112.

Source :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Carrefour#Conseil_d.27administration_actuel


[1Bien connu dans la Grande Distribution, encore trop souvent réservé aux seuls clients, le SBAM est le minimum indispensable pour introduire et entretenir une communication agréable. Ce chapitre se doit d’être minimaliste pour un rappel plus percutant autant qu’évident !
Sourire, Bonjour, Au revoir, Merci



Commentaires

Sites favoris


20 sites référencés dans ce secteur