MZWANDILE MAKWOYIBA

lundi 10 octobre 2016
par  Charles Hoareau
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Du 5 au 8 octobre, se tient à Durban le 17e congrès de la Fédération syndicale mondiale. La FSM, forte de 95 millions d’affiliés répartis dans 126 pays est en plein renouveau depuis le congrès de La Havane en 2005. Nous vous en parlons jour par jour.

Ce matin le long de la plage, sur les palmiers se courbent sous la force du vent. Le temps est gris et la température est fraiche (aux alentours de 10°). Cela n’empêche pas les africains du sud qui sont en vacances à Durban de se jeter à l’eau dès 6h (!) du matin au milieu du roulis des vagues encore plus fortes et plus hautes que d’ordinaire. Ils vont à l’eau en famille recouverts d’une serviette qui fait office de maigre couverture qui ne les réchauffe guère, se baignent malgré leurs tremblements de froid et ressortent frigorifiés mais apparemment contents. Ici le jour se lève tôt et à 6h il fait déjà bien jour mais par ce temps c’est quand même c’est assez incompréhensible pour nous. Il faut croire qu’ils aiment la mer !...

Dans le grand centre international de Durban, l’ICC où se tient le congrès, la journée démarre par la proclamation du résultat du vote de la veille pour le poste de secrétaire général. Sans surprise Georges Mavrikos est élu avec 94% des voix. Donc chants… Nous comprenons qu’à chaque intermède chanté, il s’agit d’improvisations de phrases courtes accolés à une phrase de refrain sur des airs traditionnels qui varient selon la circonstance qui motive le chant et la foule reprend le refrain en dansant.

Les interventions reprennent. Celle d’un camarade de Trinidad et Tobago : « Je suis ému et heureux d’être de retour sur la terre d’où mes ancêtres ont été déportés pour faire des Caraïbes une des régions les plus colonisées dans le monde depuis 500 ans…aujourd’hui c’est un autre combat mais il est dans le prolongement de l’autre, nous disons haut et fort que la terre n’appartient pas aux USA mais aux peuples… nous disons à celles et ceux qui veulent faire une contrerévolution en Amérique latine qu’il n’y arriveront pas le peuple va revenir à l’assaut…l’histoire nous apprend qu’on ne peut pas être libres sans luttes. »


Celui de la Guinée parle lui de la violation des droits syndicaux, puis, après l’intervention du camarade du bureau régional d’Afrique francophone, vient une intervention qui est écoutée avec beaucoup de gravité, celle du représentant de la GFTE, la fédération des syndicats de la Syrie « Mon pays est victimes des abominations des forces impérialistes qui veulent faire croire que nous en sommes les auteurs…Ce sont eux qui favorisent le terrorisme…nous devons lutter pour mettre fin à l’occupation impérialiste dans tous les pays arabes…Nous vaincrons en Syrie contre le terrorisme…aujourd’hui on a le soutien de la Chine, de l’Iran, de la Russie et de poches de résistance comme par exemple au Liban. »

Puis vient le tour d’un intervenant particulier, le représentant de l’OMS [1]. Surprise il félicite la FSM et le SACP (parti communiste sud-africain) pour leur action auprès des travailleurs ! Vous imaginez Bernard Kouchner qui rêvait d’être directeur général de cet organisme et dont la candidature fut à l’époque balayée, donc vous imaginez notre « french doctor » faire les mêmes félicitations ?!
Quoiqu’il en soit le représentant de l’OMS rappelle que l’institution travaille avec travailleurs et que « nous devons protéger les travailleurs, c’est pour cela qu’il faut renforcer les liens entre l’OMS et la FSM. »
L’intervenant du PAME de Grèce explique qu’avec l’approfondissement de la crise il y a des travailleurs qui en sont maintenant à se battre pour être payés, simplement pour être payés ! Et il rappelle cette phrase historique « sans vous aucune machine ne peut tourner mais vous pouvez faire ce que vous voulez sans les patrons ».
L’intervenant d’après, un camarade du Liban, a la gorge nouée par l’émotion quand il monte à la tribune : il vient d’apprendre la mort d’un ami à qui il rend hommage. Il s’agit d’un écrivain libanais assassiné parce qu’engagé dans la lutte contre les islamistes et les USA. Il termine en demandant à la FSM qu’elle organise une Conférence internationale sur impérialisme
Un représentant d’un syndicat d’Inde récemment affilié dit sa fierté et sa joie de se retrouver ici
Un camarade du Congo parle des guerres de la barbarie capitaliste et puis il fait référence à Frantz Fanon, autre personnalité plusieurs fois citées ici, celui qui avait dit « l’Afrique a la forme d’un révolver dont la gâchette est au Zaïre » et l’intervenant d’ajouter « aujourd’hui les canons du révolver sont en Afrique du Sud, pays qui est à l’avant-garde du mouvement. » il finit en rappelant les + de 8 millions de morts depuis 15 ans et ce sans que ne réagisse la fameuse « communauté internationale » à laquelle les médias et les gouvernants font référence quand il s’agit de s’ingérer dans les affaires d’un pays sous le prétexte des droits de l’homme.

Georges Mavrikos prend ensuite la parole pour annoncer sous les acclamations, 3 nouvelles affiliations à la FSM : celle d’une fédération de Russie, celle d’une organisation d’Angola jusqu’alors affiliée à la CSI et bien sûr celle du syndicat des USA. Vient ensuite l’adoption du plan d’action de la FSM pour les années 2016 – 2010 qui est adopté à l’unanimité

L’intervention du SACP

Vient ensuite un moment particulier dans ce congrès, un moment qui n’est pas pensable en France pour de multiples raisons, l’intervention de Blade Nzimande, secrétaire général du SACP le parti communiste sud-africain qui a passé une alliance avec la COSATU.
Ici les révolutionnaires sud-africains ont choisi de rassembler leur camp. Il n’y a d’ailleurs pas qu’ici dans le monde à en juger par le contenu des interventions de nombre de délégués.

Il commence par la situation internationale et cite le Brésil, l’Ukraine, la Grèce comme exemples éloquents de la crise de la démocratie multipartite.
« Les banques s’opposent à la démocratie, pour elles la voix des peuples ne compte pas c’est la voix des banques qui compte. »
Concernant l’Afrique il a ces mots clairs qui soulignent la place et le rôle du syndicalisme : « Les difficultés du continent sont dues à la faiblesse de l’organisation des travailleurs et des paysans. Il faut profiter de la tenue du 1er congrès syndical mondial en Afrique pour développer l’organisation des travailleurs et des paysans. »
Puis il en vient à l’Afrique du Sud :« Notre pays est membre des BRICS et nous avons mis en place une banque de développement en Afrique du Sud dont nous espérons qu’elle va offrir une alternative de financement à toute l’Afrique contre le FMI et la banque mondiale…Pour le SACP face aux USA et à l’offensive importante des pays capitalistes contre les BRICS il faut s’appuyer sur le mouvement syndical car sans classe ouvrière on n’aura pas les résultats escomptés…Nous devons pas seulement parler de l’impérialisme mais mettre l’accent sur nos faiblesses sur lesquelles l’impérialisme va s’appuyer. Le défi principal en Afrique du Sud depuis 94 et la montée au pouvoir de l’ANC est sa politique sociale : des progrès ont été faits, les aides sociales augmentées, il y a eu l’électrification, la généralisation de l’accès à l’eau potable (applaudissements) On va continuer avec l’ANC parce que nous pensons que c’est bon pour les pauvres mais le jour où l’ANC sera capturé par le mouvement impérialiste nous bâtirons une autre alliance (applaudissements forts appuyés). Malgré ces progrès nous n’avons pas encore changé la donne dans l’économie capitaliste : chômage et pauvreté. Nous n’avons pas pu nous lancer pleinement dans le progrès. Il y a une élite noire mais ce n’est pas le plus grand nombre. Il y a 4 banques principales, le SACP a lancé une campagne pour changer le secteur bancaire. Nous voulons des interventions pour la consommation et non pour les investissements…on a besoin de banques orientées vers le peuple et le développement… Nous avons besoin d’appuyer et de renforcer la COSATU alors que l’impérialisme voudrait créer gouffre entre SACP et COSATU. Ils ont voulu le faire en Europe ils ne le feront pas ici. Quand les forces de libération arrivent au pouvoir elles doivent faire face à de nouveaux défis. Un poste politique devient un moyen de se faire de l’argent. Tous les mouvements de libération ont eu à affronter cela. La menace la plus immédiate c’est l’émergence de la bourgeoisie parasite et qui fait qu’on n’a plus les armes contre le capitalisme qui est notre premier ennemi. Syndicats jaunes vous devrez affronter la vérité sur les évènements dans les mines. [2]…Nous devons dire toute l’importance de la FSM qui est une arme décisive pour tous les travailleurs du monde… Ici en ce moment il y a beaucoup de manifestations estudiantines. La question des frais scolaires est un problème global du manque de soutien du système capitaliste dans le monde. Le prochain cycle de crise émergera des dettes des étudiants. La lutte des étudiants d’Afrique du Sud est légitime. On doit financer les études et plus particulièrement celles des pauvres. Je le dis puisque je suis ministre de l’enseignement supérieur, je sais de quoi je parle (rires dans la délégation sud-africaine)…
Il y a aussi des intérêts contradictoires qui s’expriment dans ce conflit et les manifs estudiantines sont l’enjeu de récupération d’extrême droite et d’extrême gauche…
L’impérialisme ne peut accepter qu’un parti issu des luttes de libération soit toujours au pouvoir 20 ans après. Nous continuons à relever ce défi avec la classe ouvrière d’Afrique du Sud. »

Et, il fallait s’y attendre, il finit son discours en chantant et, pendant qu’une partie de la salle se lève pour applaudir, l’autre se lève pour chanter et danser dans une nouvelle manifestation spontanée qui va jusqu’à la tribune.

Pêle-mêle viennent ensuite les interventions de
- l’Angola : qui aborde la question de l’eau potable et de la non reconnaissance du droit de grève
- la Suisse : où le représentant des amis de la FSM dénonce les syndicats suisses qui font tout pour couper l’élan du mouvement populaire.
- le Burkina Faso : qui parle de la lutte pour le maintien des acquis de l’insurrection politique de 30 et 31 octobre 2014 et de l’unité d’action qui a permis d’avancer.
- la Turquie qui parle de moments très difficiles basés sur l’exploitation des sentiments religieux, des attaques contre les droits des travailleurs et la presse alors que les injustices s’accroissent
- l’Italie dont la représentante de l’USB parle d’UE en pleine restructuration, des 2 blocs UE et USA qui sont à l’offensive sur le commerce mondial avec comme conséquences les recommandations de l’UE pour couper les pensions, faire la guerre des salaires et refondre le code du travail. Elle dénonce aussi les clôtures contre les migrants en Europe.
- la représentante de la Bulgarie aura ce mot savoureux : « avant nous étions dans le monde socialiste maintenant depuis 25 ans nous sommes dans une démocratie et nous rencontrons les mêmes difficultés que vous. »

Vient le moment de l’élection du président de la FSM. En quelque sorte le porte-parole officiel mondial. Quand Georges Mavrikos annonce qu’est proposé comme président de la FSM Michael MZWANDILE MAKWOYIBA [3] la surprise est totale. Le vote est unanime et, comme tétanisés, pour la 1re fois les zoulous ne se lèvent pas sauf quelques-uns qui osent timidement entonner un chant. Et pour une fois c’est le secrétaire général qui doit les encourager ! Ils ne se font alors bien sûr pas prier et immédiatement les chants accompagnent les manifestations dansantes qui convergent vers la scène pour aller féliciter le nouvel élu.

Le congrès se termine, le lendemain une manifestation où chaque pays fera entendre ses revendications ira jusqu’au stade où sera inauguré un monument de la COSATU.


[1Organisation Mondiale de la Santé, une émanation de l’ONU

[2La grève des mineurs à Marikana en 2012 pour le triplement de leur salaire, grève au cours de laquelle il y a eu 44 morts, dont la 34 lors d’affrontements avec le police et 10 lors d’affrontements entre mineurs. Suite à ce drame une commission d’enquête nationale a été nommée pour faire la vérité sur qui porte la responsabilité des évènements

[3orthographe vérifiée avec soin et l’aide de délégués sud-africains (merci Tando)



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