Birmanie : Total en position d’accusé

dimanche 18 mars 2007
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Ancien leader étudiant birman, arrêté et torturé lors de la féroce répression militaire de 1988 à Rangoon, Ka Hsaw Wa est directeur d’une ONG, Earthrights International, en lutte pour le respect de l’environnement et des droits de l’homme sur les chantiers du pipe-line de Yadana construit par Total en Birmanie . Aux Etats-Unis, son organisation a porté plainte contre Unocal une compagnie américaine elle-aussi impliquée dans ce chantier. Elle a gagné son procès

Héros d’un documentaire diffusé au Festival des droits humains de Genève - Total Denial de Milena Kaneva - Ka Hsaw Wa a répondu aux questions de Libération.

L’ONG que vous dirigez associe les droits de l’homme et le respect de l’environnement ?

Pour nous, les deux sont liés.Notamment en Birmanie, avec un pouvoir militaire qui à la fois viole les ressources naturelles de mon pays et les droits de l’’homme. On ne peut pas faire de différence. C’est la même chose.La junte fait tout pour rester au pouvoir et pouvoir acheter des équipements militaires en Thailande et en Chine, donc elle vend les ressources naturelles, notamment le bois de teck. Pire que cela quand ils font des grands travaux, les militaires coupent la forêt et
laissent pourrir le bois si il n’est pas d’assez bonne qualité pour l’exportation. Ils ont aussi massacré la faune, des rhinocéros, des tigres, des léopards.C’est un gâchis total. Nous sommes l’un des pays les plus riches d’Asie du Sud-est en terme de ressources naturelles mais notre population est l’une des plus pauvres de la région. Dés que l’on dénonce ces trafics, on va en prison. En Birmanie - NDLR : rebaptisée Myanmar par les généraux - écrire un poème sur la démocratie vaut sept ans de prison.

C’est le gazoduc de Total qui a amené cette situation ?

Avant le pipe-line, l’armée n’était pas présente dans cette région. Elle a bâti des camps dans la région. Elle a obligé les villageois à couper le bois, du bambou notamment pour rien, ruinant les villages. Elle a installé des champs de mines. Elle a recours au travail forcé. Les villages ont brûlés, les villageois sont brutalisés.

Total est au courant de ces violations ?

Bien, sûr. Je veux que Total respecte et fasse respecter les droits de l’homme dans la zone où opèrent ses équipes. Ils peuvent vraiment faire une différence. J’ai parlé à beaucoup de villageois. Ils me disent : quand du personnel Total est présent, ça va mieux. Total a des moyens de pression sur la junte mais ils n’en font pas assez. La junte a besoin de Total. Sans l’investissement étranger, la junte ne peut pas tenir.Le problème c’est qu’il n’y a pas d’enquêtes indépendantes dans la
région. Seuls les gens de Total et les militaires peuvent se rendre dans la région du pipe-line.

Quand ils interviewent les villageois, ceux-ci crèvent de peur. Ils sont traumatisés. Ils ne parlent pas librement. Quand ces missions Total sont dans les villages, tout est préparé pour que les villageois disent que tout va bien. Ils ne voient que des sourires.

J’entends pour ma part tout autre chose dans ces zones. les gens me font confiance, ils n’ont pas peur. Je reconnais qu’il a eu quelques améliorations. Le pire ce fut dans les années 90 et 95 et ces petites améliorations je dois le dire c’est dû aux efforts de Total.

Total dit que ce serait bien pire si le pipe-line était exploité par des entreprises chinoises ?

La Chine est partout en Birmanie. A tous les niveaux. C’est très mauvais pour la Birmanie. Les Chinois ne se préoccupent pas du tout des droits de l’homme. On n’a pas de moyens de pression sur la Chine. On essaie mais c’est vraiment difficile.

Trouvé dans les coulisses des droits de l’Homme (Web),propos recueillis par François Sergent le 12/03/2007

Transmis par Linsay



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