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Bussi, le sinistre
mardi 29 novembre 2011
Domingo Bussi est mort. Une des plus sinistres figures de notre histoire. Non, on ne commet aucune exagération quand se référant à lui on dit : "Le général Bussi, le sinistre". Il suffit seulement de parcourir sa biographie pour le constater. La perfidie de ses crimes atteint l’inimaginable. Et là vient la question que nous ne nous sommes pas encore posée : où apprit Bussi son métier de tuer en toute impunité ? Au Collège Militaire, à l’Ecole Supérieure de Guerre ou lors de ses séjours au Kansas avec l’armée yankee ou au Vietnam durant sa tournée ? De toute façon, il fut un criminel de la plus grande poltronnerie et cruauté. Ses crimes vérifiés et pour cela condamnés sont tous de lèse-humanité. Son plus grand exploit comme criminel est d’avoir exhibé le cadavre congelé de Santucho [1] dans le Musée de la Répression, à Campo de Mayo. La salive lui tombait de la bouche de pur plaisir. Mais il y a eu en outre le millier de cas de tortures, de "désapparition", d’assassinats. Le même exécutait les prisonniers politiques d’un seul tir. C’est ce qu’on déclaré des témoins. Ah général ! La dégradation. L’absolue validité de la loi du plus fort.
Et cet épisode si pervers, où la bassesse n’a pas de mots pour la décrire : quand il ordonna d’arrêter les vagabonds et les mendiants de la capitale tucumane [2] et de les transporter en camions qui les jetèrent dans les montagnes catamarquègnes [3], où ils moururent de faim et de froid. Occidental et chrétien le général. Cela se passa en terres tucumanes où en 1816 le 9 juillet, se chanta notre Hymne National avec ce si sage "Voyez trôner la noble égalité, Liberté, Liberté, Liberté".
Mais chacun comme argentin, se sent encore plus honteux quand le peuple tucuman, alors en démocratie, vota pour cet abject personnage comme gouverneur de Tucuman. Qu’auraient pensé les congressistes de 1816 que sur cette même terre libertaire on avait voté à l’abjecte suprême ? Maintenant, ceux qui votèrent des quartiers biens et des quartiers qui exigent "plus de sécurité" devraient avoir le courage civil de marcher face à la Maison de Tucuman et de demander pardon pour une si grande action d’enfreindre pour toujours la démocratie.
C’est ce que devraient faire aussi les députés du radicalisme et d’autres partis conservateurs qui votèrent le "Point Final" [4] de Alfonsin [5] par lequel resta en totale liberté la meute en uniforme de la disparition comme méthode.
Le "général" Bussi. Quand on a transféré le centre clandestin de détention de Famailla à Ingenio Nueva Baviera, là il se sentit propriétaire de la vie et de la mort. Propriétaire de la gégène et le sous-marin de toute classe de tortures apprises au General Staff College de Fort Leavenworth au Kansas. Bien sûr, ils suivirent les traces de ce général Julio Argentino Roca [6] quand il ordonna d’acheter 10.000 remington, l’invention étatunienne avec laquelle avaient été éliminés les peaux rouges et les sioux. Et avec eux Roca démontra que les Argentins nous sommes les meilleurs européens et américains du nord. Videla, Menendez, Bussi...la liste est longue. Mais enfin beaucoup d’entre eux sont maintenant en prison de droit commun et photographiés pour toujours dans le dictionnaire de l’infamie.
Bussi est mort. Le spectre de l’infamie. Général de la Nation. De quelle Nation ? Pas de celle du 25 mai ni de 1813 et du 9 juillet tucuman. Non, les féroces sanguinaires sortis des casernes militaires et organismes "éducatifs" nord-américains. A son enterrement, les Argentins qui sortirent dans la rue pour crier "Où sont les disparus" "Jamais plus".
Jamais plus un général Bussi. Le sinistre.
Osvaldo Bayer
Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant
Voir en ligne : Pagina 12
Les notes sont du traducteur
[1] Ndt Révolutionnaire et guerrillero argentin (1936-1976).
[2] San Miguel de Tucuman est une ville d’Argentine de la province de Tucuman, à 1086km2 au nord-ouest de Buenos Aires.
[3] de la province de Catamarca, au nord-ouest de l’Argentine.
[4] Le "Point final" ("el Punto Final") est une loi argentine promulguée le 24 décembre 1986 qui interdisait les poursuites pénales contre les crimes commis lors de la dictature pour toute plainte dépassant le délai de prescription de 60 jours fixé à compter de la promulgation de la loi.
[5] Raul Alfonsin a été le premier président élu démocratiquement en 1983 après la dictature.
[6] Julio Antonio Roca fut président de l’Argentine à 2 reprises, à la fin du XIXe siècle et au début du Xxe siècle
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