Nadine Morano et Valérie Rosso-Debord : des triples 0 au service de Sarko.

mercredi 25 janvier 2012
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Toutes deux élues sur les terres de Jeanne d’Arc, elles sont les dernières à donner de la voix pour le Président.

En 2007, Sarko était parti à la bataille avec deux triples A, Rachida Dati et Rama Yade, deux brunes synonymes d’ouverture des fenêtres pour une droite qui sentait le renfermé.

Cinq ans plus tard, pour porter sa bonne parole démonétisée, il n’a plus que double 0 et triple 0 :Nadine Morano et Valérie Rosso-Debord.

Hier, il recrutait des talents dans la diversité ; cette fois, il compose avec l’adversité.

Les deux filles sont de l’Est, ce qui les situe plus retraite de Russie que campagne d’Egypte, plus fin de règne que début de sacre.

Mais les deux sont vaillantes.

Quand les hommes se planquent, elles osent aller à la mitraille.

Quand les ministres restent dans leur niche, elles aboient encore, quand la Sarkozye est à l’agonie, elles perfusent toujours.

« L’UMP, c’est massacre à la tronçonneuse », dit Copé, et ce sont elles qui jouent les méchantes.

Les chaînes de télévision ont longtemps dépensé des fortunes à essayer de trouver quelqu’un d’autre que Morano pour représenter l’UMP dans des émissions de débat.

En vain.

Heureusement, aujourd’hui, elles ont un second choix :

Rosso-Debord, lointaine cousine de Guy Debord.

De son cousin, la Rosso, qui ne perd pas le nord, a retenu qu’il faut faire le spectacle.

Elle était récemment l’invitée de Thierry Ardisson pour une émission de jeu, en tandem avec l’humoriste Sophia Aram, qui trouve Morano « vulgaire » et a demandé, la semaine dernière, sa démission du gouvernement.

On comprend que Morano voie rouge quand elle croise la Rosso et rêve de virer Debord.

Il faut dire que la ministre de l’Apprentissage n’est pas toujours la femme de la situation.

Si elle ne refuse jamais de se donner en spectacle, notamment sur les parquets avec les jeunes de l’UMP, elle est loin d’être au point sur tous les dossiers.

Elle confond les usines Renault et le chanteur Renaud, nativité et natalité, taux de TVA en Allemagne et en France, Sarkozy et génie, Hollande et danger.

Elle parle plus vite qu’elle ne pense, mais, à force de courir les plateaux à perdre haleine, elle en prend plein les gencives.

Sa gouaille lui vaut d’être traîtée de « Madame Sans-Gêne » par l’Auvergnat Hortefeux, qui trouve qu’il y a problème quand elle en fait trop.

Elle n’aime pas non plus être caricaturée par les Guignols.

Elle a tort : il y a eu un Barre¨Premier ministre,un Barbu (Marcel) a aussi été cadidat à la présidentielle, et le merlan de l’Assemblée est excellent, c’est là d’ailleurs qu’elle se fait coiffer.

Morano et Rosso ne gazouillent pas de concert, elles se détestent et ne se saluent pas.

C’est normal, les deux blondes se marchent sur les pieds dans leur Lorraine à la Kaas.

La Rosso est adjointe au maire de Nancy quand la Morano est complètement à l’ouest, plus près de Toul ; la cadette doit tout à son mentor, l’ancien député centriste Claude Gaillard, quand l’aînée a hérité de haute lutte la circo du du général Bigeard ; la première jouait au foot avec les garçons quand la seconde levait la jambe avec les majorettes ; elle était centriste quand l’autre était RPR ; elle prépare déjà le coup d’après 2017 avec Copé et Fillon quand Morano est la femme d’un seul président.

Et elles ont huit ans d’écart, ce qui, à leur âge, change tout.

Surtout, la Rosso est une petite-bourgeoise quand la Morano se revendique de la branche populaire du sarkozysme, celle qui sent bien le militant.

Elle a son thuriféraire, Guy Carlier, un ancien comptable reconverti dans la rigolade, et son brevet d’ouvriérisme décerné par Alain Minc, un ancien de l’ENA qui se veut expert en bleu de chauffe.

« Je sens une odeur de mépris de classe à l’égard de Nadine Morano », dit-il.

Ceux qui tapent sur la Nadine sont des snobinards, membres de cette « gauche caviar qui déteste les ouvriers de droite ».

Elle s’assume droite cassoulet, première des fayottes autour de la petite saucisse Sarko, selon la définition du régime donnée par Anne Roumanoff.

« Ce n’est pas parce qu’on a grandi dans une cité et qu’on vient d’une famille d’ouvriers qu’on est moins classe », se défend-elle.

Mais ce n’est pas non plus parce qu’on en est issu qu’on a la classe naturelle.

D’autant que Morano est moins lutte des classes que lutte des crasses.

Elle trouvait, en 2007, que Royal n’était bonne qu’à défendre les « caissières de Mammouth », elle a fait virer une vendeuse d’un grand magasin de Nancy qui avait osé la moquer, elle a qualifié un journaliste de « l’Est républicain » de « petit machin », et une mère de famille s’est retrouvée convoquée par la police pour l’avoir traitée de « menteuse » sur Internet.

Morano aime bien s’en prendre aux petits, ce qui est souvent la tare des parvenus.

« Son identité ouvrière, elle est surjouée. Moins elle en a, plus elle l’étale », résume un élu de sa région.

Morano n’aime pas la Rosso parce qu’il ne doit y en avoir qu’une en Lorraine, c’est la Pucelle

Car la Nadine est justement née Pucelle, il y a quarante -huit ans, avant que son père change le nom de famille en Pugelle, plus facile à porter.

Elle a gardé celui de son ex-mari, à qui elle versait en 2006 un salaire de collaborateur parlementaire alors qu’il ne l’était pas, selon l’un de ses anciens assistants qui l’a laissé tomber.

La semaine dernière, Sarko est venu sur ses terres saintes rendre hommage à la Jeanne, et un peu à elle, du coup.

Comme la Pucelle, Morano attend des voix et espère en rapporter au Président.

En attendant, elle en donne sur « Twitter », qu’elle a investi depuis deux mois.

Elle est devenue une attraction du site de micromessagerie :chaque jour, elle démontre qu’il n’est pas besoin de long discours pour dire des conneries.

La Rosso ne fait pas le poids, qui a quinze fois moins de suiveurs.

Mais, soyons juste, heureusement qu’elles sont là toutes les deux pour animer la campagne.

Au moins elles mettent un peu de chair dans le camp déserté de ce président de moins en moins cher au coeur des Français.

Sous leurs aboiements, elles ont aussi leurs tendresses.

La Rosso, par exemple, apprécie le libertin Sollers, qu’elle guette au Flore à ses moments perdus, et Morano, en 4e chez les dominicains, militait avec une copine pour changer la devise de la République en :

« Liberté, Egalité, Sexualité ».

Les triples 0 ont aussi leurs histoires d’0.

Par Jean-Michel Thénard dans Le Canard enchaîné du 18/01/2012

Transmis par Linsay



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