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Allemagne : le mauvais exemple
mardi 6 novembre 2012
Voilà une récente étude du Ministère du Travail allemand, qui va plaire à tous ceux qui en ont assez de la litanie médiatique : « prenez donc exemple sur l’Allemagne, il faut faut faire comme les Allemands, Hollande devrait se Schroederiser » (comme s’il ne s’y employait pas déjà activement !). C’est d’ailleurs sûrement la raison pour laquelle l’information est totalement passée inaperçue en France.
« L’Allemagne, un pays riche peuplé de pauvres : profits records mais bas salaires, précarité et soupe populaire pour les travailleurs », c’est sous ce titre que l’ « Avante », le journal du Parti communiste portugais en rend compte. Lui-même avait pour une large part trouvé ses informations dans la presse espagnole… Voici de larges extraits de cet article.
Cette étude très officielle reconnaît l’aggravation drastique des inégalités dans le pays au cours des trente dernières années et en particulier les vingt dernières. L’étude de 500 pages, intitulée « Richesse et pauvreté », montre que l’Allemagne est l’un des pays où le transfert de richesses du travail vers le capital a été le plus prononcé, générant des inégalités sociales d’un niveau inédit.
Ainsi, en seulement 20 ans, les actifs privés ont plus que doublé, passant de 4 600 milliards d’euros à 10 000 milliards. Comme l’observe le correspondant du journal espagnol la Vanguardia, Rafael Poch, si l’on divise ce montant colossal par les 40 millions de ménages allemands, chacun recevrait une petite fortune de 250 000 euros. Or, il n’est pas question de redistribution mais bien au contraire d’une concentration croissante. Dans le détail, les statistiques fédérales pour 2008 montrent que 53% des actifs privés étaient dans les mains de 10% des allemands les plus fortunés.
(…) Cette évolution s’est poursuivie, selon ce que révèlent les chiffres de 2011, on constate que les 10% les plus riches détiennent déjà 66% du capital. (…) La partie intermédiaire (40% de la population) a vu sa part se réduire à 32% de la richesse tandis qu’il ne reste plus que 1,2% pour l’autre moitié de la population.
Gel des salaires, explosion des profits
Pour certains hommes politiques et observateurs, cités dans ce même journal, l’aggravation des inégalités ces dix dernières années est la conséquence d’une politique de gel des salaires, au même moment où les profits des grandes entreprises ont plus que doublé.
L’intensification de l’exploitation fut, en grande partie, actée par l’ensemble de lois connues sous le nom de Hartz IV, qui défendaient une politique de bas salaires et la généralisation de la précarité du travail. Dans le même temps, les revenus les plus élevés bénéficiaient d’exonérations fiscales depuis le début du siècle.
Les entreprises, par exemple, ont vu leur taux d’imposition baisser de 51%, à l’époque du conservateur Helmut Kohl, à 29,6% (dans les faits 22%), au moment des coalitions social-démocrates/verts (1998-2005).
Le résultat est visible : si dans les années 1980 l’Allemagne était un des pays avec le pourcentage le plus faible de bas salaires (14%), aujourd’hui, le taux d’emplois précaires, toujours mal payés, s’élève à 25%, comparable aux chiffres relevés aux États-Unis.
Avec ces politiques favorables au capital, les femmes sont les premières à souffrir. Des chiffres récents issus des statistiques fédérales indiquent que, en Allemagne, les femmes gagnent en moyenne 22% de moins que les hommes, la différence étant plus forte encore dans les postes de direction, où elles gagnent un tiers moins que ce que gagnent les hommes, et moins perceptible dans les emplois administratifs non-qualifiés, où la différence est de 4%.
Les soupes populaires ne connaissent pas la crise
Les chiffres officiels indiquent l’existence en Allemagne de 13 millions de pauvres, mais cette couche de la population augmente de jour en jour, comprenant chômeurs, personnes âgées, mais aussi travailleurs précaires, dont les salaires ne permettent pas de vivre et les contraignent à avoir recours à des organisations de bienfaisance.
Une de ces organisations, Deutsche Tafel, a révélé que ses centres ont déjà aidés 200 000 personnes dans le besoin en plus cette année, par rapport à 2011. La même organisation affirme qu’au moins 1,5 million de personnes fréquentent les cantines sociales en territoire allemand.
La Deutsche Tafel a plus de 20 années d’activité, offrant gratuitement des produits alimentaires récupérés de restes de super-marchés et de boulangeries.Selon son président, Gerd Häuser, « la politique de lutte contre la pauvreté a été un échec en Allemagne ». Aujourd’hui, « avoir un travail ne signifie plus être protégé contre la pauvreté ».
Source : Avante, organe du PC Portugais
Traduction MA pour Solidarité internationale PC Overblog
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