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Gauche : les états-majors politiques et syndicaux doivent tenir un langage de verite
mercredi 5 novembre 2008
Une tribune de Aimé Halbeher ancien secrétaire général de la CGT de Renault Billancourt, ancien responsable de l’activité du PCF à l’entreprise.
C’est au début des années 80 que les états capitalistes, qu’ils soient gouvernés à droite ou à gauche, se sont attaqués aux protections et garanties collectives conquises par les peuples durant le 20éme siècle.
L’énorme croissance financière accumulée par la baisse des salaires, l’augmentation de l’intensité du travail par la flexibilité du travail et des revenus salariaux, a crée d’énormes empires économiques et financiers.
Ceux-ci exigent des rendements de leurs capitaux de plus en plus élevés. Ils ont appauvri les peuples concernés, jusqu’à provoquer la spirale spéculative que l’on connaît aujourd’hui
Ces féodalités et les fortunes familiales qui les entourent ne sont pas inquiétées. Certes des actifs sont provisoirement dévalorisés, mais elles comptent sur les états majors politiques pour retrouver dans un court délai une situation encore florissante.
Quant aux peuples et aux classes ouvrières, ils sont soumis à un pilonnage idéologique destiné à propager la peur pour éviter leurs interventions. Tout le monde parle de « Crise » comme si nous étions face à un phénomène fatal, cyclique sans explication sauf peut être dans l’irresponsabilité de quelques dirigeants de banques
Le rôle des états-majors de gauche et syndicaux est donc de revenir sur les causes fondamentales, sur l’origine de la perversion capitaliste et des choix politiques qui, il y a 25 ans, l’ont favorisé.
On pense au Reganisme, au Tatchèrisme, au Blairisme, à Helmuth Schmitt, bref à tous ces modèles qui ont fasciné nos « Elites » françaises jusqu’à les voir se vautrer dans une alternance droite/gauche, véritable consensus de la pensée unique désignant les coûts salariaux ennemis numéro un de la croissance pendant 25 ans.
Le rôle des états-majors de gauche et du mouvement syndical serait d’éclairer le monde du travail sur ce qui s’est passé car lorsque l’on connaît les causes du mal on est en meilleures conditions pour agir en confiance. Dire la vérité c’est travailler sans attendre pour créer les conditions à des interventions de grande envergure, plus fortes, plus exigeantes qu’en 1936 et 1968. Un risque existe en effet, qu’en l’absence de telles interventions populaires notre pays et son peuple connaissent un nouvel appauvrissement et un recul de civilisation.
La situation exige une forte remontée, en France, des dépenses de salaire de plus de 30%, des dépenses de qualification et de formation, d’éducation et d’équipements. Elle exige des pouvoirs de décisions pour les 25 millions de salariés qui sont exclus de toutes les institutions ou se décident les choix (Banques, multinationales, parlements, chambres de commerce)
J’ai bien dit « POUVOIRS DE DECISION » et non droits d’intervention, ou de contrôle, autant de gadgets avec lesquels on donne l’impression de démocratiser pour ne rien changer et obtenir ainsi le consensus du monde du travail aux choix de régression sociale.
Plus les dépenses sociales sont élevées dans les richesses crées dans une entreprise et au sein d’une nation moins il y a place pour la constitution de financements spéculatifs et mercantiles. On peut dans ces conditions envisager une croissance utile et efficace.
Or depuis le début des années 1980 jusqu’à nos jours, chaque année 180 milliards d’euros (1200 milliards de francs) ont été puisés dans les revenus du travail pour aller grossir les revenus de la propriété privée et des entreprises. C’est à peu près la somme que les salariés et les familles avaient réussi à faire basculer en leur faveur chaque année à la suite du grand mouvement social de mai 68 et des luttes qui ont suivi.
Quand la gauche est arrivée au gouvernement en 1981, elle a mis en œuvre quelques mesures sociales positives. Mais elle a nationalisé de grands groupes bancaires et industriels à la direction desquels les représentants des salariés furent ultra minoritaires et sommés d’accepter les critères de gestion capitalistes en vigueur sous peine de sanctions. Deux ans plus tard, en 1983, face aux contraintes dites « extérieures » comme le déficit des échanges commerciaux, ou l’hémorragie des capitaux le gouvernement de gauche décrète un plan de rigueur sociale au lieu d’en appeler à l’intervention populaire sous toutes ses formes pour s’attaquer aux gâchis et détournements financiers capitalistes. Ce fut le départ d’une déréglementation sociale contre les travailleurs, et d’une déréglementation financière, bancaire et fiscale pour les possesseurs de gros capitaux. Elles furent ininterrompues jusqu’à nos jours. Accentuées, aggravées par les gouvernements de droite et de gauche farouchement secondé par Bruxelles avec le traité de Maastricht et l’avènement d’un euro surévalué pour faire pression sur les « masses salariales et les dépenses sociales ».
Au moment ou des congrès se préparent à gauche et dans le mouvement syndical, ou des débats ont lieu sur des alliances possibles, sur des propositions de toutes natures, ne serait il pas judicieux de s’adresser au peuple français en lui disant ceci :
« Nous sommes coupables des renoncements dans cette époque et voilà ce que nous entendons faire pour qu’il ne se reproduisent plus et pour qu’en toutes circonstances le peuple et les salariés aient leur mot à dire, y compris le droit de démettre de leurs fonctions les dirigeants politiques et économiques en place »
Voilà un langage de vérité que beaucoup de femmes et d’hommes de gauche attendent. Dans cette situation de turbulences financières et d’inquiétudes sur l’avenir il serait grave de spéculer sur « la mémoire courte » des français afin de leur repasser un plat qu’ils n’ont pas digéré. Ils se souviennent de la désindexation des salaires, de l’évolution des prix (Acquise dans les années 68) qui ouvrit la porte à la longue dégringolade du pouvoir d’achat.
Ils se souviennent des atteintes au code du travail qui permirent par exemple la réalisation d’accords d’entreprises se situant en dessous de la législation, parce que signés par des syndicats minoritaires et imposés à la majorité.
Ils se souviennent de la libéralisation des prix, de la levée du contrôle des changes et du refus des banques nationalisées de soutenir des industries comme la machine outil, le textile, les chantiers navals ou la sidérurgie.
Enfin la « Modération » salariale de la loi Aubry qui s’est traduite dans des milliers d’entreprises faiblement organisées par une baisse des salaires et du paiement des heures supplémentaires et par une intensité plus forte du travail faute d’embauches nouvelles, qui ne s’en souvient pas ?
Préparer des mouvements de grandes envergures tout au long desquels on favorisera le débat sur les perspectives, sur les solutions radicales, révolutionnaires, à mettre en œuvre, voilà la tâche de l’heure.
Elle n’est pas à penser, à décider à la place des intéressés. C’est dans la résistance que se construira la perspective et non dans l’élaboration de construction bureaucratique du type « pôle financier bancaire » ou de règles plus « Morales » mieux « régularisées » à cent lieues de la compréhension et de l’intervention populaire et emprisonnées dans la logique d’exploitation de l’homme par l’homme. Ceci on connaît, et on a déjà donné.
Aimé Halbeher
Rouge Midi
Messages
9 novembre 2008, 11:21, par gilles mercier
Je ne vois pas en quoi ce texte est digne d’intérêt. Il n’y a aucune analyse sur le pourquoi de ces choix politiques. Tout le texte est structuré autour de cette notion de gauche jamais discuté dans le PCF. Pour l’auteur, il n’y a pas de différence entre le mouvement révolutionnaire et le réformisme. La gauche c’est mieux que la gomme, elle efface tout. Même le syndicalisme est uniformisé, celui de lutte se trouve amalgamé au syndicalisme réformisme. Visiblement l’auteur a quelques difficultés à comprendre le temps présent ; « Quant aux peuples et aux classes ouvrières, ils sont soumis à un pilonnage idéologique destiné à propager la peur pour éviter leurs interventions » écrit il. Mais si 95 % des actifs sont des salariés, la classe ouvrière c’est-à-dire les salariés producteurs de bien matériels n’en représentent qu’un peu plus de 25%. Les 75 % restants sont des salariés des services qui subissent l’exploitation du travail (sous rémunération, déqualification, autoritarisme, harcèlement moral, licenciement pour ceux du secteur privé). Ils ont autant intérêt que la classe ouvrière à combattre cette société. Oui mais le mouvement révolutionnaire ne les a jamais considérés comme révolutionnaires mais fondamentalement réformistes parce que ne faisant pas partie de la classe ouvrière. La crise du mouvement révolutionnaire est celle d’une conception hégémonique de la classe ouvrière. La stratégie du primat de l’alliance sous couvert d’union de la gauche qui a amené le PCF là ou il est n’est que la traduction de cette conception. Le PCF parti de la classe ouvrière, s’allie avec le PS (version SFIO ou relooké nouveau PS) parti des autres couches salariales et sociales. Mais quand le salariat se transforme et que l’on ne veut pas le voir et en tirer les conclusions stratégiques qui s’imposent on se retrouve sur une assise électorale de plus en plus étroite et qui joue un rôle de plus en plus mineur dans la création de la valeur. Tout ce nouveau salariat nous l’avons laissé à la social démocratie. Coupé du salariat, le PCF ne devait plus son existence qu’à ses élus réélus grâce aux accords passé avec le PS !! de la lutte des classes nous sommes passés à la lutte des places devenant un satellite du PS et de la social démocratie de façon plus générale. D’où le rappel incessant à la gauche qui justifie cette stratégie d’accords au sommet.