Apartheid à l’école pour les enfants roms

samedi 16 mai 2009
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Après les roulottes incendiées et la chasse aux Tziganes organisées par les amis du maire postfasciste (Alliance Nationale) de Rome, après la « découverte » des « ghettos » bulgares et roumains ainsi que des multiples discriminations dont les Roms font l’objets en Tchéquie et en Hongrie notamment, sans parler des persécutions systématiques que réservent aux « gens du voyage » nombre d’élus municipaux français voici les classes réservées aux enfants roms dans un collège du nord du Portugal. Une discrimination inacceptable, une de plus qui tendrait à montrer que, sur ce sujet, l’Union Européenne a su trouver une politique commune mais indigne.

La situation, récemment révélée par les médias, d’une classe exclusivement composée de Tsiganes dans un collège public [à Barqueiros, dans le nord du pays], censée bénéficier d’une offre éducative de nature « alternative », présente pour seule nouveauté le fait que ces jeunes soient scolarisés dans une installation « spéciale » : un conteneur.

Le débat pour savoir si cette mesure doit être considérée comme de la discrimination « positive » ou « négative » a déjà eu lieu dans des situations identiques. Il s’agit purement et simplement de discrimination, voire de racisme. La question des Tziganes au Portugal n’est en rien nouvelle ni récente. Malgré un vécu commun de cinq siècles, la communauté tzigane continue à être incomprise, persécutée et victime de discrimination. Le problème des Tziganes [entre 30 000 et 50 000, vivant principalement sur le littoral et dans les régions frontalières] n’est pas dissociable de la crise des modes de vie urbanisés et des phénomènes d’inégalité croissante et d’éclatement social. Cela signifie que les problèmes avec les Tziganes ne sont pas propres aux Tziganes, ce sont aussi les nôtres.

Les communautés tziganes, avec leur manière de vivre spécifique et de penser le monde, nous interpellent, nous dérangent et gênent, en particulier, un système scolaire intrinsèquement incapable d’appréhender la diversité de façon positive. Au Portugal, comme dans d’autres pays européens, les Tziganes sont restés pendant des siècles à l’écart de l’école. Plus récemment, l’absentéisme, l’abandon et l’échec scolaire ont atteint des niveaux élevés. La quête de solutions « pédagogiques » ou « didactiques » spécifiques pour travailler avec les Tziganes (ou avec d’autres minorités) est un projet voué à l’échec. Les Tziganes apprennent de la même manière que tous les êtres humains et, comme eux, ils sont curieux et intelligents. Les « difficultés de l’enseignement » devraient être considérées à l’aune des limitations de l’institution scolaire que nous avons historiquement créée.

Une telle perspective permettrait que nous prenions conscience du regard ethnocentriste qui structure notre relation avec ceux qui sont différents et que nous voyions avec davantage de lucidité pour quelles raisons le système scolaire s’est institué comme un système culturellement différencié et contradictoire face au système culturel des communautés tsiganes. L’ethnocentrisme scolaire conduit à « lire » les « difficultés d’apprentissage » de certains groupes d’élèves comme des pathologies, ce qui induit des stratégies de nature réparatrice ou compensatoire. La création de « classes spéciales », prétendument « homogènes », avec des « enseignements alternatifs », représente tout simplement une variante plus raffinée de la façon dont l’institution scolaire actuelle a répondu au nombre et à la diversité des élèves : en traitant un groupe (la classe) comme s’il s’agissait d’un individu (la fiction du fameux « élève moyen »). La création de classes spéciales avec des cours spéciaux, en opposition avec un enseignement standard, normal, qui serait bon pour la majorité (à savoir les « normaux »), obéit à cette logique de différencier pour créer une plus grande homogénéité.

L’état des connaissances produit par la recherche empirique, tout comme le riche patrimoine d’expériences éducatives avec des enfants, mais aussi des communautés tsiganes, permet – à qui souhaite s’informer – de prévenir des situations comme celle du collège de Barqueiros ou d’y remédier.

Rui Canário 

Source Jornal de Letras 08.04.2009 (Transmis par Linsay)



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